L’amant des Batignolles (1)

22 h 30. Je tournais en rond dans l’appartement. Paris était certes une ville sublime, et c’était sans doute un privilège de vivre dans ses murs. Mais comme la solitude pesait ! A dire vrai elle ne pesait ici pas plus qu’ailleurs. Elle avait aussi l’avantage de l’invisible. Dans les petites villes de province où tout le monde se connaît, du moins à l’échelle d’un quartier, la solitude, comme la débauche font des gorges chaudes le samedi matin entre les étals au marché. A Paris, rien de tout cela puisque vous n’êtes qu’un anonyme parmi les anonymes et que vous le restez. D’ailleurs, je ne connaissais pas un seul de mes voisins. Depuis six mois que j’habitais ce petit immeuble du 17ème arrondissement entre la porte de Saint Ouen et la Place Clichy, j’avais croisé deux ou trois fois ma voisine du dessus. Nous avions échangé des salutations très polies et en étions restées là. C’est bien simple, tous les matins je prenais mon métro à 8 h 20 pour me rendre au bureau à Neuilly-Sur-Seine. Je passais ma journée là-bas, et tous les soirs le même métro me déposait à 100 mètres de ma porte entre 18 h 45 et 19 h. Le reste du temps je naviguais un peu dans le quartier pour m’approvisionner et remplir le réfrigérateur. J’avais bien sûr fait les visites incontournables de la capitale depuis mon installation : la Tour Eiffel, Montmartre, le jardin des Tuileries, celui du Luxembourg, Bastille, l’île de la Cité. Il n’empêche, la solitude restait ma plus fidèle compagne, et j’en avais vraiment assez. J’avais envie de sortir, de découvrir Paris autrement, au bras d’un bellâtre, qui en plus de m’emmener en ballade dans la ville lumière m’aurait entourée de toute son attention et de tout son désir aussi. Oui, solitude et abstinence étaient particulièrement complices et j’étais bien décidée à briser leur ménage !

Ce soir là, je décidai donc de m’aider des nouvelles technologies et d’avoir recours à ce qui semblait être très en vogue : la rencontre virtuelle. Une connexion, quelques clics, une inscription et voilà j’étais Douce75017 pour le meilleur et pour le pire du numérique. Je fis défiler les profils de tout ce que Paris comptait d’hommes célibataires, ou du moins qui prétendaient l’être, et qui affichaient entre 30 et 40 printemps. Une fois éliminés les pervers clairement détectés et les hommes mariés presque aussi aisément soupçonnés, je tombai sur François33du75. Certes, il n’avait pas fait preuve d’une folle originalité quant au choix de son pseudonyme, mais finalement je trouvais cela plutôt rassurant après les quelques dialogues déjantés que j’avais pu avoir. François, donc, puisque tel était son prénom affirmait-il, avait 33 ans et vivait à Paris. Comble de chance, il habitait aussi dans le 17ème , quelque part entre l’Etoile et les Batignolles. Environ deux heures de conversation plus loin, nous convenions de nous donner rendez-vous le lendemain soir pour un dîner, et peut-être plus si affinités…

…à suivre…

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L’aquarelliste

Sa main vole, glisse sur le papier,
Plume tourbillonnant dans le vent.
A bout de pinceau, avec la précision d'un archet
Il caresse la toile de ses gestes élégants.
De ses doigts enroulés, tentacules serrés, 
Il ballade l'instrument sur les courbes du temps.
Dans une danse rapide et si bien maîtrisée
Il invente des visions, des ailleurs éclatants.
Le regard toujours plein de ses rêves colorés
Il n'a d'yeux que pour elle. Ah ! Maudite aquarelle ! 
J'ai beau me presser, lascive à son côté, 
Je suis bien peu de choses, la rival est trop belle.
De nuits lourdes d'insomnie en matins endormis, 
Le ballet de ses mains lui concède mille caresses. 
Et jusque dans mes rêves où là aussi il m'oublie
Je croise le fer avec son insolente maîtresse.

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Les amours débutantes

Les amours débutantes

Ont le goût du lait juste tiré

Elles sont chaudes et nacrées

Elles piquent un peu le bout de la langue

Les amours débutantes

Ont des langueurs inexpliquées

Elles sont des courses lentes

Elles se maquillent trop ou pas assez

Les amours débutantes

Ont des vapeurs de cannelle

Elles caressent le palais

Elles se cachent derrière les dentelles

Les amours débutantes

Ont des envies d’éternité

Elles bravent la raison

Psalmodient de folles oraisons

Les amours débutantes

Ont des éclats de cœur brisés

Elles suintent quelques douleurs passées

Elles rêvent d’autrement…

Les amours débutantes.

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Seule avec toi

La solitude c’est entendre le crissement des fourchettes

Dans nos assiettes.

La solitude c’est quand tu parles avec la journaliste qui débite les informations

Dans le petit écran alors que je suis là, devant toi.

La solitude c’est ton regard qui évite le mien,

C’est ta main qui ne serre plus jamais la mienne.

La solitude c’est ton pull que j’approche de ma joue

Pour me souvenir de ton odeur.

La solitude c’est ce lit froid dans lequel je me glisse sans toi,

Parce que la télévision est une compagne plus divertissante.

La solitude c’est quand tu me rejoins à 2 heures du matin dans les draps,

Et que plus jamais tu ne me réveilles d’un baiser, d’une caresse.

La solitude c’est quand j’étouffe mes sanglots dans les oreillers

Pour ne pas troubler ton sommeil.

La solitude c’est quand je ne sais pas comment te dire,

Que mon médecin a trouvé une grosseur sur mon sein droit.

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