Je me souviens

Je me souviens. Printemps 2008. Samedi matin. Je suis en terrasse. Je sirote un café. Le soleil est haut, éblouissant. Je suis seule et je suis bien. Je viens d’acheter, au bureau de tabac juste à côté, un journal qui titre « Panique bancaire, croissance en berne. Quand la crise menace… ».

C’est à peine si je me souviens de ce que je faisais l’an dernier à la même date, mais ce samedi du printemps 2008, je ne l’ai jamais oublié. Il faisait beau et chaud. Il était tout juste dix heures du matin. Le marché Saint Pierre battait son plein. Les ménagères se bousculaient passant des étals de poissons aux vitrines des fromagers. Les pas dans la rue étaient rapides comme une colonie de fourmis. Je les voyais tous s’activer, sortant de chez le boulanger pour entrer chez le boucher. Les gamins rechignaient à donner la main à des parents pressés. Le pavé grouillait de cette civilisation post-industrielle qui achète ses bouquins sur internet et va chercher de l’authentique dans les allées des marchés le samedi matin, entre un petit jaune au bistrot et un burger à la sandwicherie du coin. Et j’étais là, au milieu de la fourmilière. Et j’étais des leurs.

Je me souviens encore des inconnus qui m’entouraient alors sur cette terrasse de café. Une femme brune avec une petite fille de cinq ou six ans tout aussi brune. La femme avait demandé un café pour elle et un diabolo fraise pour l’enfant. Un homme, d’un âge déjà avancé, du moins relativement comparé au mien. Soixante ans.  Soixante-cinq peut-être. Le sosie de Robert Redfort au même âge, le même regard bleu, la même peau burinée, la même blondeur. Une allure athlétique. Sous sa chemise entrouverte je percevais le mouvement de ses muscles à chaque respiration. Plongé dans son quotidien, il ne me voyait pas tandis que je l’observais avec minutie. Du bout de ses longs doigts qui agrippaient les pages de son journal, jusqu’à la chair que je pouvais deviner à travers le coton léger de son vêtement. J’étais hypnotisée… Et puis rapidement je vis une belle et grande quinquagénaire le rejoindre, s’asseoir à ses côtés et l’embrasser tendrement. Alors je repris la lecture de mon magazine. Nous étions à moins de six mois de la chute de Lehman Brothers.

Vers dix heures trente, mon petit noir avalé, la panique bancaire oubliée, je laissai un euro dix dans la coupelle et je rejoignis la fourmilière. Moi aussi je passai par la boulangerie, puis la boucherie. Je m’arrêtai dans le petit salon de thé qui faisait l’angle de ma rue. J’y achetai ce mélange de thé noir à la bergamote que j’aimais boire les dimanches après-midi, sur ma terrasse quand le soleil était au zénith, ou bien lovée dans le canapé par les journées froides et pluvieuses. Et puis je rentrai.

C’était comme une routine qui ne disait pas son nom, un quotidien réglé semblable à tant d’autres. Rien ne me distinguait de mes congénères. Du lundi au vendredi l’essentiel de mon temps était pris par une activité professionnelle qui m’offrait tout à la fois un salaire, une utilité sociale autant qu’un statut, des relations humaines et, cerise sur le gâteau, la satisfaction de travailler une matière qui attisait mon intérêt, stimulait ma curiosité. Je ne réalisais alors absolument rien de ce qu’était ma vie. Tout m’était extraordinairement ordinaire. Je travaillais. Je payais mon loyer et mes impôts. J’avais même contracté un prêt pour m’acheter une voiture. J’étais au comble de la conformité, en phase avec mon époque, avec ce qu’elle attendait de ses sujets.

Je regardais les infos du soir et même si je me révoltais souvent devant l’injustice qu’on me servait sous cellophane entre le plat et le dessert, j’étais une enfant sage qui s’en retournait bien vite à son quotidien une fois le poste de télé éteint. Je n’étais pas résignée, non. Pour être résignée encore aurait-il fallu qu’un jour seulement j’aie été réellement, concrètement, cruellement atteinte dans mon être, dans ma chair, dans mon intégrité. Or jusqu’ici la vie, même si elle m’avait donné quelques coups, s’était montrée plutôt douce et généreuse à mon endroit.

Je coulais des jours paisibles. Pas forcément heureux, mais paisibles. C’était le calme des jours éteints, l’indifférence tranquille qui habille les mois et les semaines. C’était l’insouciance de l’être qui ne se préoccupe pas du lendemain, qui ne craint pas plus l’avenir qu’il ne l’espère. J’étais ainsi. Une âme au milieu de tant d’autres qui avance dans la vie avec toute la crédulité qu’elle tient de la normalité de son statut, de son état, de son quotidien semblable à mille autres.

Je me souviens. Printemps 2008. Samedi matin. Nous étions à moins de six mois de la chute de Lehman Brothers. A moins de dix-huit mois de mon licenciement.

Ce matin d’août 2019 la presse titrait « La crise est-elle pour demain ? Va-t-on vers une nouvelle crise économique et financière majeure ? »

 

© Tous droits réservés

Deuxième lettre d’un rat des champs à un ami rat des villes

En effet où étaient-ils tous ces beaufs dépolitisés et désinformés quand le gouvernement de Valls saccageait le Code du travail avec la loi El Khomri, quand Macron finissait le boulot avec ses ordonnances ? Où étaient-ils quand les cheminots défendaient la SNCF ?

J’enrageais moi-même hier en entendant un « gilet jaune » demander à une syndicaliste de la CGT ce que faisaient les syndicats pour défendre les gens contre le recul de leurs droits. Elle aurait pu s’agacer et lui demander où ils étaient tous ces « gilets jaunes » quand les syndicats et notamment la CGT appelaient à manifester contre la loi travail, contre les ordonnances Macron, contre la réforme de la SNCF. Elle aurait pu, comme toi, leur renvoyer à la gueule leur désinvolture, leur absence de combat à tous ces inconséquents qui viennent chialer aujourd’hui pour sept centimes de plus sur leur litre de gazole.

Au passage, quand ce « gilet jaune » parlait des syndicats son propos était certes trop englobant, mais il faut bien reconnaître que certains, la CFDT et FO en tête n’ont pas été très offensifs contre la loi El Khomri et contre les ordonnances Macron. Berger de la CFDT a négocié la longueur de la corde avec le gouvernement Valls pour la loi El Khomri et Mailly de FO s’est lamentablement couché au moment des ordonnances Macron.

Mais revenons donc à cette syndicaliste de la CGT qui se trouvait en plateau face à un « gilet jaune » qui, lui, était à côté de son rond-point. Elle ne l’a pas renvoyé dans ses vingt-deux. Elle lui a fait remarquer, à juste titre, que la mobilisation contre la loi travail et les ordonnances Macron n’avait pas rassemblé suffisamment de monde. Mais elle ne lui en a pas fait le reproche de, peut-être, ne pas avoir été des manifs syndicales –  parce que même si c’est rageant, et si je suis la première à  être ulcérée quand j’entends des salariés cracher sur les syndicats ou les grévistes qui prennent la France en otage –  elle sait qu’en effet ces gens sont souvent peu politisés, peu syndiqués, pas assez informés, et donc difficiles à mobiliser.

Tu as la chance tout comme moi d’avoir un capital culturel qui te permet d’avoir accès à l’information et à la compréhension de ton environnement politique et économique, de textes législatifs telle la loi travail. Et encore, même pour les « initiés » c’est loin d’être simple. Je me souviens d’avoir entendu des syndicalistes dire combien ça allait vite, combien il allait falloir mettre les bouchées doubles pour décrypter la loi El Khomri et arriver à porter à la connaissance des travailleurs ce que ce texte voulait dire pour eux, pour leur quotidien. Beaucoup de ces gens qui portent aujourd’hui un gilet jaune ont souvent une faible conscience politique c’est vrai, ils ne veulent même plus entendre parler de politique (alors qu’ils recommencent à en faire en se mobilisant), ils connaissent mal l’histoire politique et sociale de la France, l’histoire politique des idées, ils ne savent pas bien comment fonctionnent les institutions, l’économie, le système financier, l’euro, l’UE… Ils n’ont pas lu Piketty et pour certains même s’ils le lisaient ils n’en comprendraient sans doute pas grand-chose malheureusement, et ce n’est pas leur faire injure que de le dire, c’est simplement poser le constat que l’instruction et la connaissance sont les choses les plus mal partagées (avec les euros). Va dire à une auxiliaire de vie, à un ouvrier de chantier, à une aide-soignante de bouquiner du Piketty le soir après sa journée de labeur, après avoir fait les courses, le repas, baigner les enfants, les avoir fait dîner. Mon conjoint, quand il rentre de sa journée de 10h (parfois 11…parfois 12h…tiens tout à l’heure il me parlait d’un de ses collègues chauffeur routier qui a enquillé 12h45 dans sa journée) à courir (et ce n’est pas une image, il parcourt des kilomètres chaque jour) à droite à gauche, il est lessivé, physiquement lessivé, il n’a qu’une envie : se poser sur le canapé et se RE-PO-SER. Il n’a pas la tête à se lancer dans la lecture passionnante de Piketty, de Todd ou de Lordon ! Alors oui, beaucoup de « gilets jaunes » n’ont pas lu Piketty et tous les auteurs de la pensée libérale, néo-libérale, keynésienne ou néo-keynésienne. Ils ne savent pas qui est Ricardo, Adam Smith, Milton Friedman ou Ayn Rand. En revanche ils savent parfaitement, parce qu’ils l’expérimentent tous les jours et cela depuis des années, que le modèle économique dans lequel ils sont plongés les appauvrit, les asservit. Leur problème ce n’est pas qu’il existe une élite (du moins ça n’était pas leur problème originel)  c’est que cette élite ait fait sécession, qu’elle ne soit plus à leur service, qu’elle ne défende plus les intérêts du plus grand nombre qui est essentiellement constitué des plus faibles.

Ils ont voté à droite, à gauche, puis encore à droite, et encore à gauche et même à l’extrême centre (j’aime beaucoup cette expression popularisée par le philosophe québécois Alain Deneault) en 2017 pour barrer la route au fascisme, au nazisme, à la peste brune, bref aux représentants du mal absolu et interplanétaire ; notamment parce que l’ensemble de la presse leur a expliqué « faites ce que vous voulez, mais votez Macron » (1), que le même Macron a fait toutes les commémorations possibles pour bien rappeler à tous qu’avec Marine Le Pen les heures les plus sombres de l’histoire étaient de nouveau à nos portes. C’est bien simple, en 2017, face à Marine Le Pen une chèvre aurait gagné l’élection !

Alors oui, les gens ont mal voté, une fois encore. Le gentil Benoît Hamon – issu des rangs du PS, comme le Président Hollande, dont le quinquennat a été si glorieux qu’il n’a pas pu se représenter –  et son revenu universel n’ont pas trouvé grâce aux yeux des français. C’est que,  à tort ou à raison (je n’ai pas d’avis arrêté sur le revenu universel ou revenu du base) beaucoup de français ne semblent pas emballer par l’idée. Ils ne demandent pas la charité, et c’est souvent ainsi qu’ils ressentent le concept de « revenu universel ». Ils veulent du travail. Ils ne veulent pas rester chez eux et toucher des subsides, ils veulent travailler, être partie prenante de la société, et à ce titre, recevoir une rémunération juste et décente qui leur permette de vivre normalement. Alors il y aurait beaucoup à dire sur le travail, le sens qu’on donne au travail dans la société, sur la question de la formation de la valeur et de sa répartition… et le revenu universel est une question qui mérite d’être posée. Mais je ne me lancerai pas dans un débat sur le sujet ici et maintenant.

Donc les gens ont mal voté. En gros 20% de fascistes-nazis ont voté Le Pen, 20% de staliniens-chavistes ont voté Mélenchon, 20% de bourgeois conservateur ont voté Fillon et 20% de bourgeois bohème ont voté Macron. Je te le fais à la louche et avec autant de subtilité que la société du spectacle de nos chaînes infos. En attendant, tu remarqueras que 40% des électeurs ont voté pour des partis très critiques envers l’UE, sa technostructure, ses normes, son fonctionnement…  Sont-ce les mêmes qui ont voté NON en 2005…?

Mais revenons en novembre 2018…

Oui le propos des « gilets jaunes » est brouillon, leurs revendications disparates, mais c’est justement le rôle du politique de démêler tout cela, de faire un peu de maïeutique pour que de cette confusion jaillisse l’essentiel. Et quel est l’essentiel du message ? L’essentiel, c’est : on bosse et on ne vit plus de nos salaires, on survit. On a déjà supprimé tous les petits extras, on bosse pour payer nos factures et même ça on n’y arrive plus. On paie des taxes, des impôts et on n’en voit plus la couleur ; on est obligé de faire 50 bornes pour se soigner, pour accoucher parce qu’on nous a fermé l’hôpital, la maternité et EN MEME TEMPS on nous explique qu’il faut laisser la voiture au garage (ou en changer alors qu’on n’en a pas les moyens) parce que ça pollue. On nous taxe nous les petits, les sans grade, nous qui n’avons que nos maigres salaires pour subvenir à nos besoins mais on supprime l’ISF. Ce que veulent ces gens c’est la justice. C’est aussi simple que ça. Ils ne supportent plus de se débattre avec leurs 1000 ou 1200 € par mois quand d’autres s’empiffrent et gagnent en une journée ce qu’ils ne gagneront jamais dans toute une vie. Ils veulent que les plus riches paient leur juste part d’impôt comme leurs ancêtres de 1789 voulaient que la noblesse et le clergé paient leur contribution.

C’est pourtant extraordinairement simple ce qui ne te saute pas aux yeux : ce sont des gens qui se taisent depuis des années, des décennies parfois, des gens qui en effet ne participent pas aux manifs habituellement, qui sont peu politisés, qui pour une partie d’entre eux ne votent même plus ; et là il y a eu une étincelle – car j’espère que tu as bien saisi que la hausse des prix du carburant (qui ont déjà été à un niveau aussi élevé, tous les journalistes l’ont rappelé) n’était QUE l’élément déclencheur d’une colère qui couve depuis des décennies.

Alors oui, Macron n’est pas responsable de toute la misère française qui sévit depuis tant d’années et résultent notamment de quarante ans de décisions politiques inspirées, ou plus certainement mal inspirées, de la révolution conservatrice (comme dirait Stiegler) ou de l’école néo-libérale des Chicago boys comme dirait Lordon, pour faire court, parce que je n’ai ni la soirée ni la science de Stiegler, Lordon, Todd, Piketty, Porcher, Supiot et bien d’autres, pour développer. Il n’est là que depuis mai 2017 (il était déjà là sous la présidence Hollande soit dit en passant) oui et contrairement au titre de son livre prémonitoire « Révolution » (pas sûre que ça lui porte chance) il ne va pas révolutionner la France en dix-huit mois, ni en trente-six, pas même en cinq ans. Pire, il n’y aura aucune réponse apportée à ces gens parce qu’en effet on ne fait pas dévier de trajectoire un paquebot qui navigue depuis quarante ans dans la mauvaise direction au milieu des icebergs, comme ça, en claquant des doigts.

Oui, c’est compliqué. Oui dans un monde où l’économie est globalisée, où les puissances d’argent comme dirait le père Mélenchon sont extrêmement puissantes, où prendre une décision là a des incidences souvent imprévues ailleurs, où les systèmes complexes rendent tout changement extraordinairement difficile, où la disruption (comme dirait l’ami Stiegler) imposée par l’économie et les nouvelles technologies ré-organise le système en permanence posant des problèmes infinis à un législateur qui a toujours trois wagons de retard, à des structures sociales et humaines qui demandent de la persistance, de la durabilité, où le temps de la démocratie est court-circuité  en permanence par la volatilité et l’insaisissabilité de l’économie notamment numérique, où les plus riches font du tourisme fiscal et législatif, où règne la gouvernance par les nombres, oui dans ce monde là trouver des solutions relève des 12 travaux d’Hercule.

Mais est-ce que tu peux entendre que des gens qui tirent le diable par la queue depuis des années, des décennies, toute une vie parfois ne sont pas en mesure d’entendre ça, d’entendre que la complexité du monde rend la tâche de Macron ou d’un autre extraordinairement difficile ?  Est-ce que tu peux entendre que ce que ces gens retiennent c’est : la baisse des APL de 5 € et EN MEME TEMPS la suppression de l’ISF (plus exactement sa transformation en IFI). Ce que ces gens retiennent c’est que les revenus des plus fortunés ne cessent d’augmenter tandis que les leurs stagnent alors que leurs dépenses contraintes (d’énergie, de logement, d’assurance…) augmentent. Ce que ces gens retiennent de Macron ce sont ses petites phrases à la con : « les gens qui ne sont rien », « les fainéants », « ceux qui feraient bien d’aller chercher du boulot ailleurs plutôt que de foutre le bordel » (aux ouvriers de GM&S) ou de traverser la rue (à cet horticulteur)… Macron aurait sans doute pu continuer sur sa lancée sa politique s’il n’avait pas ajouté à l’injustice de ses mesures le mépris. Trimer comme un con pour ne pas s’en sortir et bouffer des patates 30 jours par mois c’est une chose, mais être méprisé en prime, ça c’est insupportable pour n’importe quel être humain normalement constitué.

Alors oui, ce mouvement, cet ovni social comme se plaisent à le nommer les journalistes, est difficile à appréhender et plus encore à contenter. Oui ça part dans tous les sens et parfois en cacahuète. Oui il y a tout et parfois son contraire. Oui il y a le pire et le meilleur comme dit Ruffin. Mais quand tu soulèves le couvercle d’une cocotte-minute qu’on a laissé sur le feu pendant dans années tu as toutes les chances d’y trouver un magma aussi inédit que bouillant.

Ce mouvement est protéiforme. Il y a de tout parmi ces « gilets jaunes » parce que justement ce mouvement est très large. Il y a Jacline qui n’a semble-t-il pas trop de soucis de fin de mois et qui roule en 4×4, mais qui visiblement se sent solidaire (est-elle sincère ? je n’en sais rien, je ne sonde pas les cœurs et les reins) de ceux qui passent aux patates à tous les repas à partir du 15 du mois, qui roulent avec des vieux diesel et n’ont absolument pas les moyens de s’acheter un autre véhicule même si l’Etat leur file 4000 € de prime.

Dans ce mouvement tu as des gens qui votent (pour ceux qui le font encore) pour Le Pen, d’autres pour Mélenchon, d’autres encore qui ont voté pour Macron, pour Dupont-Aignan, qui ont voté blanc. Tu as des ouvriers et des employés (beaucoup d’ouvriers et d’employés), des indépendants (petits artisans, VTC, auto-entrepreneurs…), des femmes (beaucoup de femmes. C’est assez frappant… enfin moi ça m’a interpelé. Mais c’est logique quand on les écoute. Beaucoup sont des femmes seules qui élèvent des enfants, qui ont des revenus faibles, des auxiliaires de vie à 800 € par mois par exemple, des employés qui touchent 1200 €/mois…), des retraités aussi (beaucoup de retraités, et cela aussi c’est frappant… et logique, parce que l’augmentation de la CSG quand tu perçois 3000 € de retraite, ça te laisse encore de quoi vivre, mais quand tu as 1250 € seul ou 1800 € à deux, ça a un tout autre impact). Il y a aussi mes parents qui appartiennent à ces classes laborieuses comme dit Macron (c’est marrant de l’entendre utiliser la sémantique marxiste… mais comme le dit Lordon les néolibéraux sont de grands marxistes en vérité), qui reçoivent 2000 € de retraite à eux deux (mon père a commencé à travailler à 14 ans, ma mère à 17 ans), qui ne remplissent plus leur cuve à fioul car ils ne peuvent tout simplement plus le faire (autant te dire qu’ils ont adoré quand Edouard Philippe leur a expliqué qu’il fallait qu’ils changent de chaudière), il y a une collègue que je vois tous les jours, employé de bureau, qui fait 40 km A/R pour venir travailler avec sa vieille bagnole sans doute pas très écolo, tout ça pour gagner son smic, il y a mon compagnon et ses collègues ouvriers qui doivent bosser comme des cons et faire des heures sup’ et encore des heures sup’, pas pour gagner des fortunes, non non, juste pour avoir des salaires décents. Et tu sais ce que leur répond le patron quand ils ont l’audace de se plaindre : « eh les gars, vous êtes bien ici, vous pouvez faire des heures sup’ ». Ben c’est vrai ça, de quoi se plaignent-ils ces ingrats ? On leur offre cet immense privilège de faire des heures sup’ et en plus elles sont rémunérées ! Merci Patron !

Et puis il y a moi aussi qui ai la chance de ne pas rencontrer de difficultés financières particulières mais qui me sens totalement solidaire de cette France populaire parce que j’en viens de cette France là, ça fait partie de mon ADN, je suis la fille d’un paysan et d’une employée de bureau, je sais d’où je viens et je refuse de l’oublier. J’ai toujours pris la défense des petits – c’est viscéral chez moi –  et je continuerai. Même s’ils s’y prennent parfois comme des manches pour faire entendre leur voix, même s’ils parlent pas très bien dans le poste de télévision (ce qui amuse beaucoup certains journalistes et commentateurs), même s’ils n’ont pas lu Piketty, même s’ils utilisent parfois les mêmes armes contestables que l’ennemi, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’ils disent et font et que je critique et continuerai à critiquer ce qui me semble devoir l’être, mais je tâcherais de toutes mes forces de le faire avec bienveillance parce qu’ils bénéficient de larges circonstances atténuantes. A la différence de toi, qui depuis le début de ce mouvement – que tu as pris en grippe parce que tu as besoin de te déplacer (comme nous tous… comme moi… comme eux aussi) et que ces manifestants te prennent en otage en bloquant les ronds-points – passe beaucoup plus de temps à traquer le débordement, le faux « gilet jaune », la fausse nouvelle, le mauvais argument, bref à jouer aux décodeurs de l’infos, sans jamais ou presque relever la souffrance qui s’exprime, je préfère, moi, passer du temps à écouter ce que disent ces gens, à comprendre comment et pourquoi ils en arrivent là, comment et pourquoi certains se retrouvent sur des ronds-points jour et nuit en plein mois de novembre, comment et pourquoi des ouvriers après leur journée de 8h rejoignent un point de rassemblement ici ou là.

Oui dans ce mouvement tu as aussi des blaireaux, des racistes, des abrutis, des homophobes comme tu en as dans l’ensemble de la population française. Mais réduire ce mouvement à ces marges là, c’est particulièrement malhonnête. Ce sont souvent les mêmes – journalistes, éditorialistes, hommes et femmes politiques, commentateurs – qui n’avaient pas de mots assez forts pour nous expliquer, à juste titre d’ailleurs, qu’il ne fallait pas faire d’amalgame entre terrorisme et islam, entre terroristes et musulmans et qui aujourd’hui braquent la lumière sur les dérives et les débordements de ces « gilets jaunes » pour mieux faire oublier les raisons de la colère et invalider la légitimité de cette colère. Les mêmes qui se gargarisent de la République, celle qui est sortie de la Convention en 1792, mais aussi de la prise de la bastille, des massacres de septembre, de la guerre de Vendée, s’horrifient aujourd’hui parce que la populace prend les ronds-points, défile là où elle n’est pas autorisée à défiler, fait preuve de véhémence et même parfois de violence, parce qu’elle déborde, parce qu’elle a la colère trop bruyante. Mais dis-moi, quand dans l’histoire les révoltes et les révolutions ont-elles été de gentilles garden party ?

Tu trouves délirantes des revendications telles que la destitution de Macron ou la dissolution de l’Assemblée nationale. Ce que tu ne sembles pas vouloir comprendre c’est qu’on est entré dans une crise telle que la personne même de Macron cristallise toutes les détestations. Louis XVI a payé de sa vie ses erreurs mais aussi celles de ses prédécesseurs. Macron n’est certes pas responsables de tous les maux de ce pays mais c’est lui qui est en place à cette heure, c’est donc sa tête (au sens figuré) qui est demandée. Quant à la dissolution, ça s’entend, même si en effet dans le contexte ça pourrait ouvrir sur un beau bordel. Mais redonner la voix au peuple souverain quand la légitimité du pouvoir est à ce point remise en cause, n’est-ce pas aussi cela la démocratie ? Et si l’Assemblée nationale qui sortait de ces élections était aussi jaune (2) que celle qui est sortie des urnes en juin 2017 et que les gilets de novembre 2018 (ironie de l’histoire), alors tous les mécontents n’auraient plus qu’à rentrer chez eux. Regarde les législatives partielles à Evry. C’est un député LREM qui a été élu. Ah ! Il est vrai 82% des électeurs ne sont pas allés voter. Eh oui, la crise sociale (et écologique… car nous n’avons pas parlé d’énergie, de ressources, mais là aussi les perspectives d’emmerdements inextricables sont immenses) éclate sur fond de crise institutionnelle, crise de la représentativité,  défiance à l’égard de ceux qui gouvernent.

Le chantier est immense et ce texte déjà trop long.

 

© Tous droits réservés

 

(1) https://boutique.liberation.fr/products/samedi-06-et-07-mai-2017

(2) https://www.linternaute.com/actualite/politique/1274309-legislatives-2017-les-resultats-qui-sera-president-de-l-assemblee/

 

La femme abimée

J’avais publié ce texte en 2011 après avoir croisé le visage désespérément vide d’une jeune femme accompagnée de ses deux jeunes enfants. La crise des subprimes avait frappé quatre ans plus tôt aux Etats-Unis puis s’était propagée en Europe. Ce visage il m’a semblé le voir à nouveau ces derniers jours dans les rassemblements qui occupent ici un rond-point, là un péage d’autoroute. Mais cette fois le visage n’était plus vide. Au contraire, il était empli de mille expressions se succédant dans ce désordre propre à celui qui sent qu’il n’a plus rien à perdre ; expression de colère, de chaleur, de fierté, de désarroi, de force, d’espoir…en somme un visage vivant.

 

Je l’ai croisée dans cette file d’attente au supermarché. Elle avait le visage creux, les yeux cernés. Ce visage abîmé par une vie d’épuisement qu’il me semble voir si souvent. Elle remplissait son caddie, machinalement, tel un robot que plus rien n’atteint. Elle avait le regard vide, tellement vide ! Ce regard qui a tant pleuré qu’il n’est plus qu’un désert. Un désert bleu délavé. Délavé par le manque de sommeil. Par les heures d’angoisse. Délavé par cette douleur qui ronge l’âme et finit par détruire le corps quand la vie n’est plus qu’un combat sans pause ni espoir.

J’avais mal de la voir ainsi. Elle, si belle, si jeune, si frêle, avec ses quelques 30 années en bandoulière, déjà abîmée par la vie. Ses mèches blondes et courtes, éparpillées, lui faisaient un casque de soldat qu’on a envoyé au front, alors qu’il voulait juste vivre sa vie. Sa mine défaite. Son sourire envolé. Elle était encore belle, la femme abîmée.

Près d’elle, s’accrochant à ses jambes, deux enfants de 5 et 3 ans. Bambins aux prunelles d’eau claire, leurs sourires déchirent la souffrance d’une mère. Ils rient. Ils crient, insouciants, inconscients de l’impasse financière qui étrangle déjà leur avenir. Ils n’apprendront pas la musique. Ils n’iront pas au théâtre. Leur maison, leur jardin, leur chambre où trônent ours et camions électriques ne seront peut-être plus à eux demain. La crise est passée par là. Papa n’a plus d’emploi depuis un an, et maman est sur le point de perdre le sien.

(A cette inconnue que j’ai croisée un jour d’octobre 2011)

 

© Tous droits réservés

Esclave…ou chômeur

 » Christophe, vous vouliez me voir. Entrez, entrez, je vous en prie. Asseyez-vous.

— Merci Monsieur de Bazan.

— Alors Christophe, de quoi vouliez-vous me parler ? Ah ! tant que j’y pense. Monsieur et Madame Legrand doivent passer ce soir pour signer leur contrat vers 19h-19h30. Je ne peux pas être là j’ai un rendez-vous très important avec Monsieur Dupipo. Pourrez-vous les recevoir à ma place ?

— Bien sûr Monsieur de Bazan ! répond Christophe sans être dupe.

« c’est ça oui un rendez-vous important avec Monsieur Dupipo, le directeur du Crédit Général. Prends moi pour un con ! On est mardi tu vas au squash ouais comme tous les mardis ! »

— Oui, alors, Christophe, vous vouliez… Ah ! Je voulais vous dire aussi, il faudra me préparer le dossier de Madame Delattre en urgence. Elle est de passage ce week-end. Elle repart pour Bâle dès lundi.

— Je ferai le nécessaire Monsieur de Bazan ! acquiesce l’employé en se mordant la lèvre supérieure pour ne pas ajouter :

« Je vous rappelle que depuis un an je fais le boulot de deux personnes, que je finis presque tous les soirs à 20h quand l’heure de débauche sur mon contrat de travail c’est 18h, mais oui, oui je vais m’occuper du dossier de la vieille grippe-sous, y’a pas de souci ! Un peu plus, un peu moins au point où j’en suis ! »

— Où en étions-nous déjà ? Oui, vous aviez quelque chose à me demander je crois. Je vous écoute Christophe.

— Eh bien voilà, Monsieur de Bazan. Cela fait maintenant 5 ans que je travaille ici. Je crois que vous êtes satisfait de moi. Vous m’avez d’ailleurs accordé votre confiance à plusieurs reprises en me laissant gérer seul des dossiers et des clients importants.

« oui, tu sais, tes VIP qui ont tellement de pognon qu’ils ne savent même plus quoi en faire et devant qui il faut se transformer en serpillière » enrage Christophe en silence.

— Oui, Christophe, bien sûr je n’ai rien à redire sur votre travail. C’est vrai. Mais… Je vois bien où vous voulez en venir. Ce n’est pas que je ne veux pas. C’est que je ne peux pas vous augmenter, Christophe. Vous savez bien qu’en ce moment les temps sont durs. C’est la crise tout de même. Nous résistons assez bien pour le moment, il est vrai. Mais j’ignore de quoi demain sera fait.

« Oui, toi c’est clair que tu résistes plutôt bien pense Christophe. D’ailleurs c’était sympa tes vacances en Polynésie le mois dernier ? » mais au lieu de cela :

— Je comprends bien Monsieur de Bazan. Mais alors, si vous ne pouvez pas m’augmenter, peut-être pourriez-vous déjà me payer mes heures supplémentaires… ose Christophe du bout des lèvres.

— Christophe, on est une équipe, presque une famille. On se serre les coudes. Je sais que c’est difficile. Mais c’est difficile pour tout le monde. On travaille tous très dur pour faire tourner la boutique. Vous devez comprendre que si je pouvais le faire, je le ferais c’est évident. Mais c’est la crise, Christophe. Si nous voulons maintenir notre position sur le marché, nous n’avons pas d’autre choix que de donner le meilleur de nous-mêmes.

— Mais… peut-être pourrais-je alors récupérer mes heures ? hésite Christophe.

« Si je peux pas payer des vacances à mes gosses, je pourrais au moins passer un peu de temps avec eux » se dit-il en silence.

— Christophe j’aimerais pouvoir vous dire oui. Mais en ce moment on a vraiment besoin de tout le monde. Il y a beaucoup de travail vous le savez.

— Si je puis me permettre Monsieur de Bazan, s’il y a beaucoup de travail, cela veut aussi dire que nous faisons un bon chiffre d’affaires alors… J’avoue que je ne comprends pas bien.

— Christophe… Christophe, vous vous doutez bien que les choses ne sont pas aussi simples que cela.

« Pourtant ça m’a semblé très simple quand t’as changé de bagnole pour t’offrir ton bolide qui représente à peu près trois ans de mon salaire ! » crève d’envie de lui répondre le salarié.

— Christophe, laissons passer l’orage, et nous en reparlerons quand la conjoncture sera plus favorable. Pour l’heure je ne peux rien faire.

— Bien, Monsieur de Bazan, lâche le salarié plein de dépit.

Alors Christophe se lève, se dirige vers la porte, pose la main sur la poignée, et avant de sortir, dans un dernier sursaut de dignité et de colère mêlées, il se retourne vers Monsieur de Bazan et déclare :

— Monsieur, une dernière chose. Compte tenu de la conjoncture, très défavorable comme vous avez pu le constater, je ne serai plus en mesure, à compter du mois prochain, de payer les 750 euros de loyer mensuel pour le clapier que vous nous louez à ma famille et moi. »

 

© Tous droits réservés – Reproduction commerciale interdite sans l’autorisation de l’auteur.

 

Cette misère là

C’est une tristesse sans pareil que l’on ressent quand on croise la pauvreté. La vraie pauvreté. Celle qui ne se plaint pas. Celle qui baisse la tête quand au supermarché elle donne les 10 euros que lui demande la caissière pour payer six tranches de jambon blanc premier prix, deux litres de lait pas cher, une boîte de céréales chocolatées sans marque, un pack de 12 yaourts remisé parce que la date de péremption est proche.

Cette misère là, elle ne bouge pas. Elle est silencieuse, comme résignée parce que ça fait si longtemps qu’on ne la regarde plus en face, de peur de l’attraper. Cette misère là elle ne crie pas au ras le bol fiscal, parce qu’ hormis la TVA, elle ne paie pas d’impôt sur le revenu depuis qu’elle n’a plus que quelques miettes pour survivre. Parfois même elle n’a jamais payé cet impôt tant décrié ces derniers mois, parce qu’elle n’a connu que le chômage, les petits boulots, la précarité, l’incertitude du lendemain.

Cette misère là, elle est souvent malade parce qu’elle mange mal, parce qu’elle se soigne mal, parce qu’elle se chauffe mal. Cette misère là, elle est souvent dépressive parce qu’elle ne travaille pas, ou parce qu’elle travaille mal, le jour, la nuit, en horaire décalé, parce qu’elle effectue tous ces petits boulots mal payés et mal considérés dont personne ne veut. Et comme on comprend que personne n’en veuille de ces boulots là !

Cette misère là, elle pointe à pôle emploi pour pouvoir toucher son RSA ou son chômage entre deux CDD, entre deux intérim. Cette misère là, elle accepte toutes les petites humiliations en serrant les dents, parce qu’elle sait qu’au moindre faux pas on peut lui retirer ses allocations. Oh ! C’est pas qu’on fait vivre une famille avec 900 euros par mois*, mais c’est indispensable pour continuer à survivre.

Cette misère là, elle ne part jamais en vacances. Elle fréquente les jardins publics et les piscines municipales les mercredis de juillet. Parfois elle n’a jamais vu la mer, ni la montagne ailleurs que dans son petit écran.

Cette misère là, elle a honte alors elle se cache. Elle ne crie pas sur les toits combien sa souffrance est immense. Elle se sent tellement humiliée. Elle se sent aussi tellement fatiguée…cette misère là qui regarde passer les jours sans plus y croire.

 
© Tous droits réservés – Reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur.

*http://www.rsa-revenu-de-solidarite-active.com/rsa-2014.html

L’avenir est à nous

C’est la crise et je m’en fous

Mon univers c’est pas Wall Street

Qui le fabrique !

C’est la crise et je m’en fous

Ici la vie a le goût simple des heures séculaires

Des gens qui font le monde populaire.

 

De triple A en CAC 40

Ils ont beau faire les lois, les présidents

Ma part d’âme ils n’auront pas

Et si les chaînes sont à vendre

Ma liberté, elle, n’est pas à prendre.

 

C’est la crise et je m’en fous

Ils peuvent bien faire l’hiver en plein été

Il ne tient qu’à nous de décider

Ils ne sont rien, nous sommes tout !

 

De licenciements en délocalisations

Ils peuvent bien faire la pluie et le beau temps

Les forces vives de la Nation

C’est toi, c’est moi,

C’est nous depuis la nuit des temps.

 

C’est la crise et je m’en fous

Mon univers c’est pas Wall Street

Qui le fabrique !

C’est la crise et je m’en fous

Ils peuvent bien entasser les millions,

Le savoir-faire et le talent

Des Hommes qui bâtissent nos maisons

Qui font pousser le blé dans nos champs

Soignent nos malades et leurs présidents

Qui font l’école à nos enfants

Ce savoir-faire et ce talent

Ils sont à toi, à moi, à nous

Les forces vives de la Nation.

Ils ne sont rien, nous sommes tout

Alors désobéissons maintenant

Et reprenons tout

… tout ce qui a toujours été à nous.

 

© Tous droits réservés – Reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur.

Le Monde, mass media, abrutissement et décadence

Je me suis lancée, sans réel a priori, dans la lecture de cet article du journal Le Monde en date du 27 juin 2012 et intitulé « Le pouvoir d’achat va baisser fortement en 2012 » (http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/06/27/le-pouvoir-d-achat-va-baisser-fortement-en-2012_1725109_823448.html)

Les premières lignes se faisant le relais d’informations factuelles (point de croissance en 2012 puisque justement l’année en cours n’a pas accroché le point de croissance, celle-ci restant à + 0,1% au premier trimestre, + 0,2 % au second) et pronostics peu enthousiasmant pour les mois à venir qui verraient (mais qui en doutait encore ?) se poursuivre l’augmentation du chômage et la baisse du pouvoir d’achat. Tout en trouvant utile de nous rappeler le pourquoi du comment pour ceux qui reviendraient d’un long voyage sur Vénus ou Uranus : « La France souffrira de la contraction de la demande intérieure de ses partenaires de la zone euro, ce qui handicape les exportations, et son propre effort de consolidation des finances publiques ». En clair et sans ambages : nos partenaires européens sont dans la merde, notre tour arrive ! Avertissement pour ceux qui pensaient encore pouvoir échapper à l’effondrement du château de cartes, conséquence logique de notre modèle économique intégré qui crée une interdépendance suicidaire entre les pays, et sans la moindre précaution régulatrice, car telle est la religion ultra-libérale.

 Puis vient l’heure politique…

 « On s’achemine même vers la plus forte baisse (du pouvoir d’achat) depuis vingt-huit ans (…) Si cette prévision se vérifie, ce sera du jamais-vu depuis 1984, première année après le tournant de la rigueur pris par le gouvernement socialiste de Pierre Mauroy. »

Traduction : salauds de socialistes qui vont nous refaire le coup de la rigueur de 84 ! On vous l’avez pourtant bien dit.

Oui, enfin en même temps nous n’étions pas dupes non plus. Nous savions pertinemment que nous ne votions pas POUR Hollande le 6 mai dernier, mais CONTRE Sarkozy. Nous savons également que si le PS était un parti politique contestataire du modèle économique dominant, 1. Ça se saurait, et 2. Il n’aurait jamais vu son candidat présent au second tour de l’élection présidentielle. Enfin, si l’UMP et le PS étaient des antithèses l’un de l’autre, ça aussi ça se saurait. Ce qui se sait désormais, et en cela on peut remercier l’alternance hygiénique qui a cours depuis quelques décennies, c’est que ces deux formations politiques sont les deux faces d’une même pièce de monnaie qu’on pourrait symboliser par l’Euro en ces heures où le fiasco de la monnaie unique fait de moins en moins débat.

Mais aussi l’heure des révélations…

« A Bercy, on ne se précipite pas pour  commenter  officiellement ce nouvel indicateur à la baisse, et on prend son temps pour construire  un argumentaire d’ensemble. Toutefois, sous couvert d’anonymat, les responsables s’expriment. « La conjoncture est catastrophique. Tous les indicateurs sont dans le rouge : croissance, emploi, pouvoir d’achat, déficits, sans compter  les plans sociaux, qui ont été retardés et que les entreprises vont pouvoir ressortir, estime un membre d’un cabinet. Le pays est dans une situation vraiment difficile, il y a un réglage économique très délicat. »

Ah bon ? La situation est si désespérée ? Alors ça pour une nouvelle c’est une sacrée nouvelle !

Et tout l’article est de la même facture.

Le Monde n’est donc plus là pour analyser, fournir un argumentaire construit, ciselé, pertinent qui titille les neurones et l’esprit critique ? Eh bien non ! Désolés braves gens, mais ce journal est là désormais pour nous donner à manger de l’information en barquette et sous cellophane à l’image de la merde avec laquelle les supermarchés prétendent nourrir les corps ! Et dire qu’ils s’y sont mis à deux pour écrire ce papier qui ne dit rien !

© Tous droits réservés – Reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur.