Quand tu chantais

Il y a ces voix qui se mêlent,

Il y a ta voix surtout,

Ta voix qui résonne encore

Reprend les moulins de mon coeur.

Il y a tes bras aussi

Tes bras qui sont si loin déjà

Et il y a mon coeur

Qui tourne en rond

Qui réclame et s’affole.

Mon coeur comme un tournesol dans sa fleur

Et tu chantes, tu chantes encore

Comme tu chantais autrefois

Pour bercer mes soirées

Pour accompagner d’un filet de voix

Le sommeil qui ne viendrait pas.


 

 

 

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Ce jour…ou un autre

Je ne suis pas femme à chiffres.
Ces inconnus de passage
Dans les registres et les cahiers,
Dans les courriers et les contrats.
Partout sur mes papiers
Ils sont de parfaits étrangers.
Je les vois sans les regarder,
Leur langage n’est qu’une bouillie
A mon palais
De jouisseur, de fin gourmet.

Je ne suis pas femme à chiffres.
Je ne compte ni les jours ni les semaines
Je laisse les mois comme les années
Dévaler les pentes de l’éternité.

Mes artères et mes viscères ont 40 ans aujourd’hui.
Vous êtes sûr Docteur ?
Et mon âme ? Et mon coeur ?
Je les sens si plein de la même fraîcheur
Qui emplissait hier, le printemps de mes 20 ans.
Oui, bien sûr…bien sûr je vous crois
Une carte d’identité ça ne ment pas
Et puis ma mère est encore là
Pour me dire quel bébé rose et joufflu
Elle tenait dans ses bras
En ce jour d’avril 1976
Dans cette maternité aux vitres étouffantes.

Mais je ne suis pas femme à chiffres
Décidemment non !
Je ne comprends rien à ces signes
Qui s’alignent.

40 ans aujourd’hui…
Vraiment ça n’a pas de sens
Pas de signification
Si ce n’est pour le monde autour de moi
Qui voit dans ces chiffres
Un cap, un seuil, un moment critique,
Un stade ultime
Où l’être bascule vers d’autres abîmes.
Je n’objecte pas, je ne renie rien,
Je ne comprends tout simplement pas.

Je ne suis pas femme à chiffres.
Femme à mots, femme à livres,
Femme à hommes, femme à vivre,
Femme à badinerie, femme à rire,
Femme à colère, femme à folies,
Femme à rêves, femme à désir,
Femme à cris, femme à dire.
Non, décidemment je ne comprends pas
Ces chiffres affichés
Qui devraient me raconter,
Dresser un portrait
Validé, certifié, homologué par des usages
Qui entérinent mon âge.

Mais comment vous dire alors
Que c’est le même pouls
Qui tambourine sous la peau,
Le même bouillon
Qui crapahute dans les veines ?
Comment vous dire encore
Que c’est le même éblouissement qui cogne
Face à une mer d’étoiles dans un ciel de juillet,
La même lave qui bat
Sous les paupières assiégées
Par le spectacle du monde animal et végétal,
Que le ballet des oiseaux est toujours le premier,
Que le soleil de mai est chaque fois nouveau ?
Comme vous dire aussi
Que les révoltes sont intactes,
Les exaspérations toujours vivaces,
Et les envies de chambardement évidemment tenaces ?

Je ne suis pas femme à chiffres
Décidemment !
Mais fêtons ensemble mes 40 ans
Puisque tel est votre plaisir.
Et que le vin coule à flot,
Et que les fruits gros et juteux éclaboussent nos jeux,
Et que l’insolence soit notre maître mot,
Et que la passion soit notre seul flambeau
Comme au jour de nos 10, de nos 20, de nos 30…
Comme à chaque jour nouveau
Sur la vie ensommeillée de rêves
Qui se lève.

© Tous droits réservés – Reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur.

L’amant des Batignolles (5)

La nuit me sembla plus courte mais aussi vive qu’un éclair dans un ciel d’orage. Ivresse, ardeur, fureur même. Il n’y eut en moi aucune hésitation, aucune fausse pudeur, aucune pudeur tout simplement. Je m’étais livrée, le corps à l’abandon, à ses caresses savantes, à ses baisers indécents. Au petit matin, à l’heure où Paris n’est encore qu’une rumeur naissante, je m’éveillais nue contre sa peau, le visage enfoui dans son épaule. Je n’osais bouger de peur de le voir ouvrir les yeux et s’en aller. Je restai donc ainsi, un long moment, la respiration lente et silencieuse, pour le garder encore. Au bout de quelques minutes il finit par se réveiller avec un sourire heureux. Il baissa le regard vers ma bouche et s’en empara avec cette insolence qui me devenait presque coutumière maintenant.

« Quelle heure est-il ? demanda t-il

-A peine 7 h répondis-je en priant pour qu’il trouve l’heure si précoce qu’il décide de rester dans mes draps.

-Il faut que je me dépêche.

-Mais pourquoi ? Il est si tôt. Reste encore un peu. J’ai envie que tu restes. François. S’il te plait.

-Ce n’est pas que je ne veux pas Léa, c’est que je ne peux pas déclara t-il sur un ton ferme.

-C’est samedi. Tu m’as dit que tu ne travaillais pas le samedi.

-Léa… soupira t-il »

L’intonation avec laquelle il venait de prononcer mon prénom avait déjà des airs de confession. Je me mis tout à coup à être envahie par le sentiment désagréable qui passe dans l’épine dorsale quand on sent qu’on a été trompé. M’aurait-il donc menti ? Mais pourquoi ? Immédiatement, une seule idée colonisa tout mon esprit. Il était marié. Une femme, des enfants l’attendaient. Il m’avait menti. Il avait une femme !

« François ! m’exclamai-je. Explique-toi ! Pourquoi dois-tu partir comme ça, si vite ? Tu m’as menti, c’est ça hein ? Tu m’as menti ! Tu es marié ! Réponds ! ordonnai-je violemment.

-Oui, oui je t’ai menti. Je suis désolé. Léa, je t’en prie ne pleure pas dit-il en essuyant les larmes qui couvraient déjà mon visage.

-Je te déteste ! Et moi qui pensais que tu étais différent. Mais quelle idiote je suis !

-Je t’ai menti, c’est vrai. Mais…

-Mais quoi ? criai-je encore. Quoi ? Quelle excuse ridicule et pathétique vas-tu trouver ?

-Léa, en fait oui, je suis différent. Malheureusement je suis différent. Léa… je suis prêtre lâcha t-il, et je dois partir parce que tout à l’heure je dois célébrer un mariage »

L’aveu m’apparut si brutal, si incongru et si inconcevable que je redoublai de sanglots tout en le frappant à la poitrine. Comment ? Comment avait-il osé ? Comment avait-il pu me faire l’amour à deux reprises avec autant de fougue alors que tout ce qu’il était le lui interdisait ? Et comment allais-je faire maintenant ? Maintenant que je n’avais plus qu’une envie, qu’un seul désir, prêtre ou pas prêtre il n’était pour moi qu’un homme ; et j’avais le désir de l’avoir près de moi encore, et toutes les nuits.

FIN

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L’amant des Batignolles (4)

J’avais toujours une bouteille de vin au cas où. Et bien sûr, il y avait du thé, du café, et même des infusions de tilleul et de menthe, de verveine et d’agrumes. Mais à tout avouer, je n’avais guère en tête l’idée de boissons apaisantes. Tout à l’inverse, c’est bien de breuvages enivrants dont je rêvais. C’est alors que je me perdais dans l’inventaire de mon appartement, que François me saisit par la main pour m’entraîner dans une ruelle perpendiculaire à la rue Legendre. Et là sans le moindre préavis, sans la plus petite demande d’autorisation il m’embrassa avec gourmandise. Sa bouche avait la saveur sucrée du pain d’épice. Quand il desserra enfin son étreinte, il me fixa droit dans les yeux et avec une assurance pleine d’insolence me dit :

« Voilà bien deux heures que je crevais d’envie de faire ça ! »

Je le regardais l’air hébété, les lèvres encore frémissantes. Pourtant mes yeux parvenaient enfin à plonger dans les siens sans s’y perdre. Je me saoulais dans ces vagues aux reflets d’or et de terre brune. Semblant décidé à ne me laisser aucun répit, il se pencha de nouveau vers moi pour m’embrasser encore, avant de laisser filer dans un soupir :

« On est loin de chez toi ?

-Non, laissais-je glisser en reprenant mon souffle ».

Nous étions en effet à 300 mètres à peine de ma rue. Nous pressâmes le pas. Finie la flânerie du soir d’été qui s’éternise. Nous voulions l’intimité d’une alcôve. La fièvre des amants qui se découvrent. L’excitation de la première fois, celle qu’on ne retrouve jamais plus. Une fois la porte de mon immeuble claquée derrière nous, il m’attira à lui comme il l’avait fait quelques minutes plus tôt dans la ruelle. Je trébuchai. Il me rattrapa en fléchissant les jambes et c’est finalement à genoux au pied de l’escalier que nous laissâmes nos bouches seules maîtresses de l’instant.

Le jasmin avait en effet laissé ses vapeurs odorantes dans le salon. Je proposai à François de s’asseoir, et obéissant aux règles les plus fades de la bienséance je lui demandai ce qu’il voulait boire. Thé, café, vin.

« Je n’ai pas soif. C’est toi que je veux, dit-il avec cette assurance qui le caractérisait. »

Je ne cherchai même pas à répliquer. J’attrapai la main qu’il me tendait et me réfugiai dans ses bras. D’ailleurs il était maintenant minuit. N’était-ce pas l’heure permise pour tous les crimes ?

à suivre…

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L’amant des Batignolles (1)

22 h 30. Je tournais en rond dans l’appartement. Paris était certes une ville sublime, et c’était sans doute un privilège de vivre dans ses murs. Mais comme la solitude pesait ! A dire vrai elle ne pesait ici pas plus qu’ailleurs. Elle avait aussi l’avantage de l’invisible. Dans les petites villes de province où tout le monde se connaît, du moins à l’échelle d’un quartier, la solitude, comme la débauche font des gorges chaudes le samedi matin entre les étals au marché. A Paris, rien de tout cela puisque vous n’êtes qu’un anonyme parmi les anonymes et que vous le restez. D’ailleurs, je ne connaissais pas un seul de mes voisins. Depuis six mois que j’habitais ce petit immeuble du 17ème arrondissement entre la porte de Saint Ouen et la Place Clichy, j’avais croisé deux ou trois fois ma voisine du dessus. Nous avions échangé des salutations très polies et en étions restées là. C’est bien simple, tous les matins je prenais mon métro à 8 h 20 pour me rendre au bureau à Neuilly-Sur-Seine. Je passais ma journée là-bas, et tous les soirs le même métro me déposait à 100 mètres de ma porte entre 18 h 45 et 19 h. Le reste du temps je naviguais un peu dans le quartier pour m’approvisionner et remplir le réfrigérateur. J’avais bien sûr fait les visites incontournables de la capitale depuis mon installation : la Tour Eiffel, Montmartre, le jardin des Tuileries, celui du Luxembourg, Bastille, l’île de la Cité. Il n’empêche, la solitude restait ma plus fidèle compagne, et j’en avais vraiment assez. J’avais envie de sortir, de découvrir Paris autrement, au bras d’un bellâtre, qui en plus de m’emmener en ballade dans la ville lumière m’aurait entourée de toute son attention et de tout son désir aussi. Oui, solitude et abstinence étaient particulièrement complices et j’étais bien décidée à briser leur ménage !

Ce soir là, je décidai donc de m’aider des nouvelles technologies et d’avoir recours à ce qui semblait être très en vogue : la rencontre virtuelle. Une connexion, quelques clics, une inscription et voilà j’étais Douce75017 pour le meilleur et pour le pire du numérique. Je fis défiler les profils de tout ce que Paris comptait d’hommes célibataires, ou du moins qui prétendaient l’être, et qui affichaient entre 30 et 40 printemps. Une fois éliminés les pervers clairement détectés et les hommes mariés presque aussi aisément soupçonnés, je tombai sur François33du75. Certes, il n’avait pas fait preuve d’une folle originalité quant au choix de son pseudonyme, mais finalement je trouvais cela plutôt rassurant après les quelques dialogues déjantés que j’avais pu avoir. François, donc, puisque tel était son prénom affirmait-il, avait 33 ans et vivait à Paris. Comble de chance, il habitait aussi dans le 17ème , quelque part entre l’Etoile et les Batignolles. Environ deux heures de conversation plus loin, nous convenions de nous donner rendez-vous le lendemain soir pour un dîner, et peut-être plus si affinités…

…à suivre…

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Fragile

C’est un morceau de dentelle

Ciselé, si fragile,

Un pétale sans sa corolle,

Une aile

Sans son oiseau

Là-Haut qui vole.

 

C’est un morceau de guipure

Délicat sur la pulpe du doigt,

Un violon sans archet,

Un petit rat sans opéra ;

C’est mon cœur fébrile

Qui fait des entrechats

Quand tu n’es pas là.

 

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Les amours débutantes

Les amours débutantes

Ont le goût du lait juste tiré

Elles sont chaudes et nacrées

Elles piquent un peu le bout de la langue

Les amours débutantes

Ont des langueurs inexpliquées

Elles sont des courses lentes

Elles se maquillent trop ou pas assez

Les amours débutantes

Ont des vapeurs de cannelle

Elles caressent le palais

Elles se cachent derrière les dentelles

Les amours débutantes

Ont des envies d’éternité

Elles bravent l’impossible et la raison

Elles plantent leurs vœux sur l’horizon

Les amours débutantes

Ont des éclats de cœur brisés

Elles suintent quelques douleurs passées

Elles rêvent d’autrement

…les amours débutantes.

 

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