Je suis au monde

Je suis au monde étrangère au monde.

Je suis au milieu des Hommes et des arbres. Je suis la musique à leurs voix qui se mêlent. Je suis endormie dans les herbes hautes à attendre le soleil. Je suis le rayon sur ma joue qui s’éveille. Je suis l’oubli au creux du sommeil. Je suis le rêve qui éclaire le réel. Je suis le vent qui se brise sur les vitres sales de mon âme livide. Je suis sur le lit de l’amour qui attend qu’on le serve.

Je suis au monde étrangère au monde.

Je suis un morceau de chair, un bout de matière arraché à l’univers. Je suis un composite, un copeau de bois, une larme de nuage, un amas de glaise et de poussière. Je suis le patient sans espoir, l’assoiffé qui refuse de boire. Je suis au bord de la vie, sur le quai des soupirs et j’attends des trains qui passent au loin. Je suis l’élan de la vie et le souffle de la mort. Je suis dans le lit de l’envie et je l’écoute qui dort.

Je suis au monde étrangère au monde.

 

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Aphorismes et autres sentences (4)

Ce qui ronge, ce n’est pas la désespérance,

Ce sont ces infimes lueurs d’espoir qui percent à travers l’épaisse nuit du désespoir.

***

Mes désespérances ne sont plus vaines

Depuis ce jour où elles ont brisé mes chaînes.

***

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Indifférence…

Indifférence…

Toi, ma si parfaite, ma si complète indifférence.

Toi, mon étrange amie, tu me donnes la main

Assassines mes matins et rends grâce à la nuit.

Indifférence…

Toi, ma si belle, ma si fraternelle indifférence.

Toi qui habilles de tes oripeaux de glace

Ma trop sensible peau, ma pauvre carcasse.

Indifférence…

Toi, ma fidèle, ma lune de fiel, mon éternelle,

Mon indifférence,

Je remercie le ciel de ta présence.

Hier je luttais à grand feu, à bruit d’espérance.

Mais le monde m’est devenu cette bouillie rance

Cette cour des miracles où la peste et les rats

Dînent à la table des rentiers et des notables.

Désormais, te voilà avec moi,

Et je glisse ma tête fatiguée dans tes bras.

Indifférence…

Ton manteau râpé, troué, aux manches élimées,

Tu m’enveloppes de ta bienheureuse bienveillance

Mon indifférence…

Tout glisse, et c’est vidée,

Le cœur battant par réflexe sans autre tentative

Sans plus de sensation, que là je dérive

Sur les eaux sales et puantes de ton indifférence.

 

Je ne sens plus rien.

Le sang coule

Les poumons se déploient

Les membres se délient

Mais je ne sens plus rien.

Le visage ne dit plus rien.

La bouche s’immobilise

Plus aucun son

Plus de rire

Ni même un sourire.

Je ne sens plus rien.

J’ai le cœur qui bat

Mais plus jamais il ne se débat.

J’ai le ventricule gauche contre le ventricule droit

Mais ce n’est que  flux et reflux

Qui passent… indifférents

Et tout mon être d’hier trépasse.

Je ne sens plus rien.

La douleur est morte

Comme l’amour, comme la haine

Comme la peur, comme la peine.

Je ne sens plus rien.

Je suis délivrée… enfin !

 

 

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