Sortir de la cage

Je bous à l’intérieur. Je hurle à l’intérieur. Je frappe. Je déchire. Je cogne. Je boxe à l’intérieur. Je ravale mes larmes. Ce ne sont pas des larmes de tristesse. J’ai rangé la tristesse sur l’étagère des inutilités il y a longtemps déjà. La tristesse n’est que du carburant pour la défaite. Je lui préfère, et de loin, la colère. Ce sont donc des larmes au goût de colère, de frustration, d’exaspération et d’impuissance mélangées. Je m’enferme dans la salle de bains pour pleurer ces larmes de fiel. Je ne suis pas vide à l’intérieur comme pourrait l’être un dépressif. C’est tout le contraire. Je suis remplie d’un magma ardent et c’est ce trop-plein qui ne trouve plus où se déverser qui m’asphyxie littéralement.

Il est interdit de se plaindre. Vous comprenez, il y a des morts ! C’est autrement plus grave que vos états d’âme. Il est interdit de penser en dehors des clous. C’est faire le jeu des illuminés. Et puis il y a tous ces morts vous comprenez ! Environ 300 chaque jour. Les morts emportent tout. Devant eux vous devez faire silence. Vous devez cesser d’éprouver, de penser, de contester, de respirer, de vivre. Paradoxalement la mort est tout et la vie plus rien. Mais alors si la mort a forcément le dernier mot… peut-être est-ce elle la solution. Faut-il donc mourir pour que vous m’entendiez ? Comme cet étudiant qui s’est défenestré en se jetant du cinquième étage de sa résidence universitaire. Cette chambre qui était tout à la fois son lieu d’études, de loisirs, de repas, de repos. Cette chambre qui était devenue son lieu d’incarcération.

Mais outre cet enfermement dans l’espace il y a cet enfermement dans le temps, dans un présent qui devient de plus en plus oppressant à mesure qu’il prend des allures d’éternité. Car il ne s’agit pas d’un présent philosophique qui pourrait ouvrir sur des perspectives réjouissantes. Un présent du vivre maintenant pour profiter de l’instant, de ses offrandes, de ses plaisirs, avec insouciance et légèreté.  Non ! En 2021 ce présent est un présent en cage, loin de toute socialité, loin de toute convivialité, de toute frivolité, de tout émerveillement. C’est un présent lourd, fait d’interdits et de menaces, de surveillance, d’injonctions mouvantes, de réorganisations permanentes et de divisions. Un présent qui bouge sans cesse, un présent semé d’embuches et de contraintes, conduisant à toutes les contorsions. Ce présent-là, bien loin d’être un vaste espace ouvert à tous les vents sur l’avenir et ses possibles multiples, est un tunnel sombre et froid au long duquel les portes de secours sont fermées à double tour. Et au bout, rien ! Le vide. Le néant. C’est à vous rendre fou !

Alors pour échapper à la folie il faut faire sauter les verrous, défoncer les portes de secours et sortir. Sortir de ce tunnel où chacun est fait comme un rat. Un rat hypnotisé qui avance mécaniquement en écoutant le joueur de flûte de Hamelin. Ne plus écouter.  Car accepter d’écouter encore ceux qui ont échoué c’est les légitimer. Ne pas supplier. Ne rien demander. Surtout ne rien demander. Il n’est plus temps de demander des morceaux de rien à ceux qui ne sont rien, qui ne représentent rien. Il est temps de faire et de prendre, de choisir et de décider.

Il est temps de laisser le magma se déverser et s’exprimer. Parce que la colère exprimée c’est celle qui tient debout, droit et digne, celle qui guide les refus et les insoumissions. C’est la vie qui se lève au milieu des décombres.

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Le prisonnier, Aimé Le Lemud, 1844 (actuellement au Musée de la Cour d’Or à Metz)

Je me souviens (2)

A mesure que le champagne me brûlait en coulant dans la gorge, les souvenirs s’emmêlaient dans ce désordre qui les rend plus éloquents.

L’appartement était petit mais si joli. Toujours rangé. Un appartement de fille presque aussi rangée. Rien jamais qui dépassait. Souvent il sentait bon le jasmin ou le bois de cèdre. Dans la bibliothèque les livres étaient classés par genre. Les poètes et les dramaturges se partageaient les premières étagères. Puis les philosophes occupaient le rang en dessous. L’histoire, l’économie, la politique, l’écologie, la sociologie se mélangeaient dans une joyeuse harmonie un peu plus bas. Tandis que pêle-mêle, les romans en tous genre, les bons comme les mauvais, s’empilaient sur les derniers rayonnages. Il y en avait toujours deux ou trois, quatre ou cinq qui restaient là, posés sur la table du salon, près du lit sur le plancher. Je les caressais du regard à chaque passage. C’était le temps où tous les samedis je m’offrais ma bouffée d’oxygène dans les allées de la librairie Saint-Louis. Je n’en ressortais jamais les mains vides.

Il y avait eu ces vacances à Majorque. Quel été ! Les bleus de la mer et du ciel comme une aquarelle s’harmonisaient au gré des jeux de lumière. Les nuits et les jours s’inversaient. Les siestes sous le soleil. Les extases sous les pins parasols. Le goût sucré des melons. La chaleur écrasante. Tes bras ma prison. Ton corps pour seul horizon. Je crois que c’est là que j’ai compris le sens de cette expression qui m’avait toujours été étrangère jusqu’alors : je l’ai dans la peau. Ta peau était ma peau. Je ne pouvais m’en éloigner sans éprouver une suffocation. Je la réclamais à toute heure du jour et de la nuit. Tu me la prêtais volontiers me laissant voyager sur elle au gré de mes désirs. Tu y prenais du plaisir. Me voir ainsi, enchaînée à toi, prisonnière incapable de me soustraire à nos étreintes. Ton égo s’en délectait tandis que le mien se délayait.

Et puis la vie reprend son triste cour. Toujours ! La monotonie revient avec son lot d’incompréhension et de disputes, avec ses jours sombres et tes envies qui prenaient le large. Tes retours de plus en plus tardifs le soir, tes déjeuners de plus en plus fréquents. Tes baisers distraits et tes caresses froides. C’est ainsi que meurent les amours clinquantes qu’on n’a pas pris le temps de construire. Ces amours trop fougueuses pour être honnêtes. Ces amours qui vous font les nuits dantesques mais les séparations insipides.

Pourtant, pendant longtemps mon corps a manqué de ton corps. J’en éprouvais une douleur viscérale. Le jour je te voyais dans toutes les silhouettes hautes et fines que je croisais. Parfois c’était un parfum aux notes fraîches et acidulées qui réveillait ma mémoire au coin d’une place, au détour d’un arrêt de bus, dans les allées d’une boutique. Il m’arrivait de suivre l’effluve pendant quelques minutes avant de réaliser l’absurdité de ce que j’étais en train de faire. La nuit, je me réveillais ruisselante de sueur, avec la sensation d’avoir avalé des lames de rasoir qui me cisaillaient les entrailles. Quand ce n’était pas mon ventre qui criait c’était ma tête qui hurlait. Les souvenirs envahissaient tout mon univers. Mes mains, mes lèvres, ma peau, tout en moi étaient en manque de toi. Je tremblais comme une junkie qui n’a pas eu sa dose. Alors les sanglots m’enserraient la poitrine, violents, incontrôlables, inconsolables. Je finissais à bout, épuisée d’avoir tant pleuré, l’oreiller trempé et je m’endormais vidée. Les semaines et les mois ont passé et puis un jour les sanglots se sont arrêtés.

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2021… Ah ça ira ça ira ou ne sera pas

Après l’année que nous venons de passer, il y aurait une forme d’indécence à souhaiter une bonne nouvelle année, d’autant plus quand on n’y croit pas vraiment.

Tous les ans revient cette tradition des vœux. Tous les ans chacun s’y plie avec plus ou moins de conviction. Je vous avoue avec une certaine contrition que je m’y plie le plus souvent par mimétisme social. Alors évidemment il y a ceux qui comptent vraiment et qui savent qu’ils comptent, sans qu’on ait besoin de leur témoigner par moult effusions surjouées, que leur existence et leur présence nous sont précieuses. Et puis il y a tous les autres. Ceux qui nous indiffèrent parce qu’on ne les connaît finalement pas et ceux qui nous exaspèrent mais que l’ordre social a doté de pouvoirs nous condamnant à les traiter avec tous les égards. A ces derniers vous présenterez lundi vos meilleurs vœux sans en croire un traitre mot, et cela dans le meilleur des cas. Mais il est aussi possible qu’en prononçant la formule d’usage, vous vous mettiez à jubiler au fond de vous de quelques déconvenues savoureuses qui pourraient se dresser sur leur route en 2021.

2021…qu’a-t-on à espérer d’elle ? La seule chose qui pourrait rendre cette année nouvelle plus désirable que la précédente, plus digne d’intérêts, ce serait une belle révolte, des nuées de citoyens et de citoyennes battant le pavé, pancartes levées, drapeaux dressés et bonnets phrygiens vissés sur la tête pour exiger le retour des libertés ! Parce que reconnaissons que ce que 2020 nous a confisqué, avec notre consentement peu éclairé mais pas moins coupable, c’est notre amour de la liberté. Nous avons abdiqué avec une facilité déconcertante, guidée par la peur certes, mais déconcertante tout de même, notre condition d’homme et de femme libre. Si 2021 devait être l’année de la reconquête de la liberté et de la dignité, la seconde n’allant qu’avec la première, alors oui 2021 pourrait être une belle et heureuse année.

Ce que je nous souhaite donc collectivement,  pour les douze mois qui viennent, c’est de reprendre le pouvoir sur nos vies, c’est de retrouver cet amour de la liberté qui nous fait tant défaut depuis de trop nombreuses années.  

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La part du solitaire

Ce que cette crise sanitaire éprouve en nous c’est notre patience. Les rescapés seront peut-être celles et ceux qui auront été capables d’attendre un jour de plus, une semaine supplémentaire, un mois encore.

Avant cette crise d’un genre inédit vous étiez-vous jamais posé cette question : combien de temps suis-je capable de tenir sans presque plus de vie sociale ? Sans plus voir ni collègues de travail, ni amis, ni famille, ni passants ? Combien de temps puis-je tenir dans la solitude de mes murs ? Dans la solitude des jours et des nuits ?

Se retrouver seul avec soi-même, n’avoir pour toute compagnie que ses pensées, ses incertitudes et ses questions, voilà qui ne va pas de soi dans un monde de bruit où chacun court à toute heure pour attraper un train ou un bus, pour arriver à l’heure à un rendez-vous ou une réunion, pour s’offrir en représentation. Cette crise est faite pour les solitaires, les vrais. Pas les solitaires malgré eux, ces solitaires improvisés que cette improvisation rend tellement malheureux. Non ! Cette crise est faite pour les solitaires qui tutoient la retraite ou l’exil intérieur. Ceux qui parviennent à se sentir infiniment seul au milieu d’une foule turbulente. Ces solitaires qui aiment leur solitude, la chérissent, la préservent, lui bâtissent un cocon pour mieux la caresser. Ce n’est pas que ces solitaires là n’aiment pas leurs congénères. Encore que… Mais au fond, non. Même si par goût de la provocation, par souci de mythification, ils prennent souvent un malin plaisir à vous faire croire, avec un cynisme emprunté, qu’ils n’aiment personne, en réalité ils sont souvent capables de la plus sincère empathie envers leurs semblables. Non, en vérité ce qu’ils aiment par-dessus tout dans leur solitude organisée, c’est une atmosphère, une ambiance, une résonance, une vibration. Drapé dans la chaleur d’un feu qui brûle dans une cheminée ou un poêle à bois c’est le plus souvent au milieu des nuits noires et silencieuses, ou alors juste troublées par les pulsations d’un saxophone, que le solitaire jouit avec une délectation unique de cet isolement choisi.

Le solitaire est cette espèce d’homme ou de femme qu’une sensibilité exacerbée, qu’une émotivité à fleur de peau, disqualifie immanquablement pour les rudesses de la vie en société. Le solitaire peine à mentir. Faire semblant réclame de sa part des efforts colossaux qu’il ne peut renouveler qu’avec la plus grande parcimonie.  Il se fatigue très vite dans les exercices convenus que toute représentation sociale exige. Il rougit. Il se contient. Il bout. Il fulmine. Il prend le large quand la tension est trop grande et qu’il sent que l’implosion est proche.

Le solitaire c’est cet individu qui envoie valser les convenances avec une désinvolture qui n’appartient qu’à lui. Quand la coupe de la mascarade est pleine, qu’il ne parvient plus à jouer le rôle que la société policée attend de lui, c’est ce personnage déconcertant qui se lève de son siège très calmement et vous lance d’un ton glacial, les yeux dans les yeux, que vous l’emmerdez prodigieusement, que tout ce que vous représentez d’ailleurs l’emmerde au plus haut point et que l’heure est venue pour lui de se tirer. Le solitaire ne supporte la vie en société que par nécessité, parce qu’il faut bien bouffer, et par intermittence. Ses fuites répétées et régulières sont vitales au solitaire. Sans ces temps d’isolement, il se flétrit, se rabougrit, s’aigrit et risque alors de tomber dans une véritable misanthropie. C’est parce que le solitaire connaît ses limites, parce qu’il sait à quel moment il est temps pour lui de prendre la poudre d’escampette, qu’il continue à appartenir au monde des hommes. Quand il est avec vous, véritablement j’entends, vous pouvez considérer que c’est un choix délibéré de sa part, qu’il ne se force en rien et que votre compagnie lui est heureuse. Car ce qui le caractérise entre tout, c’est cette franchise qui lui fait avouer les vérités les plus dures, non par cruauté, mais parce qu’il est tout simplement dans l’impossibilité physique de les dissimuler.

Alors vous comprendrez que pour ce solitaire-là, l’isolement un jour de plus, une semaine supplémentaire ou un mois encore n’est rien. Bien au contraire il y trouve son compte. Ne plus voir les foules, ne plus presser le pas dans des rues, échapper, sans culpabilité aucune, aux traditionnelles cohues dans les boutiques bondées par les obligations consommatrices des fêtes de fin d’année,  ne plus avoir à supporter pour quelques temps bénis encore le petit tyran que l’entreprise a nommé chef de service ou simplement la présence parfois pesante de clients, tout cela pour le solitaire relève d’un vœu mille fois fait et enfin exhaussé. 

Le solitaire ne tire aucune gloire particulière de cette aptitude innée à supporter parfaitement ce qui relève de la torture mentale pour ses congénères qui rêvent de retrouver leur vie d’avant. Il n’en tire ni gloire, ni fierté. Il constate simplement que sa vie n’a guère changé, lui qui a coutume de fuir les mondanités, les invitations, les bars encombrés, les terrasses serrées, les files d’attente, les galeries commerciales et autres temples de la consommation. Ce n’est pas que le solitaire approuve la manière autoritaire et brutale avec laquelle les gouvernements gèrent la crise sanitaire. Au contraire, il s’élève contre toutes les atteintes aux libertés individuelles et collectives par principe, par idéal aussi. Il aime la solitude justement parce qu’il est attaché à la liberté. L’une et l’autre sont sœurs jumelles dans son univers. Il ne se réjouit aucunement de voir les restaurants, les bars, les discothèques – autant d’endroits où il ne met jamais les pieds – fermés. Il n’est pas dupe non plus et se rend bien compte de la manière honteuse avec laquelle la crise est instrumentalisée par le pouvoir politique. Simplement tout cela n’a que peu d’impact sur sa réalité, ce qui ne l’empêche pas d’être solidaire avec ceux dont la réalité est tout autre.

Le solitaire coule ainsi des jours et des nuits heureuses au cœur d’un hiver qui pourrait sembler sans fin à beaucoup, mais qui ressemble pour lui à un cocon douillet où il cultive ses rêves, ses fantaisies, où ses pensées vagabondent ailleurs, loin, très loin de ce qui se passe dehors et ça lui va bien.

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Room in Brooklyn, Edward Hooper, 1932

Libertés en danger !

On n’écrit jamais seul. On écrit parce que d’autres avant nous ont écrit et dit et raconté. On écrit pour se répondre, pour converser, et même controverser.  On écrit pour comprendre et pour dire. On écrit pour se rappeler et se prévenir. On écrit parce qu’on fait partie du monde.

En septembre 2019 sortait dans la collection Tracts de Gallimard un texte signé François Sureau, avocat et écrivain, intitulé « Sans la liberté » (1). Je pense qu’après 9 mois de restrictions sans précédent aux libertés individuelles et collectives, chacun prend la mesure de ces trois petits mots… Sans la liberté. En exergue de son court texte de 50 pages François Sureau rappelle cette formule de Chateaubriand : « Sans la liberté il n’y a rien au monde ». Nous en prenons chaque jour un peu plus la mesure incommensurable parce que justement depuis des mois nos vies ne ressemblent plus à rien avec cette avalanche d’interdictions toutes plus grotesques et illégitimes les unes que les autres : interdiction d’aller et venir sans cette autorisation dérogatoire de sortie que l’on se fait à soi-même, interdiction de voir qui l’on souhaite, interdiction de rendre visite à un ami, un amant, un parent sauf à déclarer qu’on se porte au secours d’une personne vulnérable, interdiction de courir, de marcher, de pédaler au-delà d’un kilomètre de son domicile et plus d’une heure, interdiction d’ouvrir son commerce quand on est libraire, marchand de chaussures ou de vaisselle ou quand on est restaurateur. Ce pouvoir en proie à toutes les dérives en vient même à prendre des décrets pour autoriser la vente de sapins mais pas les boules (2) !  Nul doute que dans les jours à venir et à l’approche des fêtes il va nous expliquer comment nous devrons organiser Noël et la Saint-Sylvestre (les blouses blanches à ce sujet ont déjà pris les devants), combien de convives nous aurons l’autorisation de réunir autour de la dinde, peut-être nous dira-t-on même si la dinde est préférable au chapon ou l’inverse (la technostructure française qui ressemble de plus en plus à celle de l’Union Soviétique de Staline n’est plus à un délire près).

Tout ceci serait risible s’il ne s’agissait que de ce que ce journal allemand, Die Zeit, a nommé « l’Absurdistan » pour qualifier la gestion française de la crise sanitaire.  Malheureusement il n’y a pas de quoi se marrer. Il y a au contraire tout lieu de pleurer et même à chaudes larmes. Car si nos libertés sont abolies une à une, temporairement nous dit-on, au nom de l’urgence sanitaire aujourd’hui,  souvenons-nous qu’hier c’est au nom de l’urgence sécuritaire que le législateur fraîchement élu en juin 2017, a fait entrer dans le droit commun (3) nombre de dispositions directement inspirées de cet état d’exception qu’est l’état d’urgence mis en œuvre au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, état d’urgence qui de prorogation en prorogation aura duré presque deux années !

Il y a aujourd’hui tout lieu de pleurer parce que le pouvoir est en train de profiter de la sidération d’une population toute entière, qui a été terrorisée en mars-avril par l’arrivée soudaine et brusque d’un virus qui, aux dires de Madame Buzyn, alors encore Ministre de la Santé avant de voler au secours de son collègue Benjamin Griveaux, pris la main dans le caleçon, ne devait pas arriver en France puisque cette dernière déclarait le 24 janvier 2020 « Le risque d’importation de cas depuis Wuhan est modéré, il est maintenant pratiquement nul parce que la ville est isolée» (4). Le pouvoir profite donc de cette sidération qu’il a entretenue avec grand soin, aidé en cela par les chaînes d’information en continu, qui se sont faites le relais de la peur savamment distillée par les autorités politiques et sanitaires. Souvenons-nous tout de même du spectacle macabre qui s’offrait à nous tous les soirs à la même heure quand Jérôme Salomon, Directeur Général de la Santé, venait annoncer face caméra le nombre de morts. Emmanuel Macron avait posé le décor peu avant en déclarant, tonitruant, « Nous sommes en guerre ! ». Peut-être fallait-il alors comprendre autrement cette déclaration de guerre… Car aujourd’hui le pouvoir est en guerre en effet, en guerre contre le peuple français ; la légitimité et l’autorité de ce pouvoir ne tenant plus qu’à la capacité de sa police à mater les manifestants hier, ceux qui seront ses opposants politiques demain. C’est pourquoi tous les coups sont permis.

La révolte des Gilets Jaunes a ouvert le bal de la contestation si l’on peut dire, même si avant elle les manifestations contre la loi travail, officiellement signée Myriam El Khomri alors Ministre du travail mais officieusement signée Emmanuel Macron, alors Ministre de l’économie, a essuyé les premiers tirs de LBD et a compté ses premiers mutilés. En 2018, en 2019, et aujourd’hui encore, cette révolte d’une France fatiguée de tirer le diable par la queue, fatiguée par la surdité d’un pouvoir enfermé dans sa tour d’ivoire, fatiguée de cette démocratie en carton où le peuple n’est bon qu’à glisser un bulletin dans une urne tous les 5 ans, a très fortement malmené ce pouvoir mais n’a obtenu pour toute réponse qu’arrestations préventives, gardes à vue, comparutions immédiates, LBD, GLI-F4, nasse et matraque ! (5)

François Sureau nous alertait, en septembre 2019, dans son texte « Sans la liberté » et dans les entretiens qu’il donnait alors, comme celui-ci, donné à France Culture le 30 septembre (6). Son propos dans son ensemble est si primordial que j’avais pris soin d’en retranscrire de larges extraits tous plus importants les uns que les autres, tant et si bien qu’en choisir un parmi tous est un exercice difficile. Ceci étant énoncé, je me résous à choisir celui-ci :

« ça serait une solution de gribouille que de dire que la seule manière – parce qu’il y a des risques d’affrontements violents – de préserver cette liberté de manifester consiste à confier au gouvernement le choix de choisir les manifestants, parce qu’aujourd’hui il choisit les black blocs et demain il choisira quelqu’un d’autre et la liberté est morte. Donc déjà il faut poser comme principe, même au prix d’affrontements, de choses difficiles et qui nous blessent, le fait que le gouvernement ne doit pas avoir la possibilité de choisir ses propres manifestants dans la rue. Ensuite il peut y avoir des débordements. S’il y a des débordements la justice pénal est là pour les réprimer et toute autre solution aboutit exactement au contraire de ce que nous avons voulu écrire dans la déclaration des droits (*), c’est-à-dire que la liberté était un principe et la restriction à la liberté une exception. Si vous sortez de ce domaine consistant à dire qu’avant l’acte violent il n’y a rien mais qu’après l’acte violent vous pouvez les retrouver et les punir, vous rentrez dans un domaine où on assure la pacification apparente de la société par un contrôle administratif presque total, ça s’appelle le totalitarisme. »

(*) François Sureau parle bien entendu ici de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.

Avec la révolte des Gilets Jaunes le pouvoir s’est donc octroyé le droit de choisir ses manifestants. Avec la loi « Sécurité Globale » – ces deux seuls mots ainsi joints devraient provoquer l’effroi chez tout citoyen épris de liberté – le pouvoir se met à choisir les journalistes qui pourront désormais rendre compte de l’action des forces de l’ordre dans les manifestations.

En septembre dernier le Ministre de l’intérieur a présenté son nouveau schéma du maintien de l’ordre qui, sous prétexte de faire face à l’action des « casseurs » (terme générique qui ne signifie rien), ordonne aux journalistes de quitter les lieux d’une manifestation à la première sommation, ce qui revient à interdire aux journalistes d’exercer leur métier ! Je rappelle ici que le droit d’informer n’a pas attendu ce nouveau schéma du maintien de l’ordre pour être attaqué. Je me souviens par exemple de cette affaire survenue fin décembre 2018. Lors d’une de leurs manifestations, des Gilets Jaunes avaient organisé un simulacre d’exécution où un mannequin à l’effigie d’Emmanuel Macron était décapité et brûlé (7). Personnellement j’y avais vu là, à l’époque, l’expression d’une catharsis nécessaire pour des « sans-grade » exaspérés par la politique du pouvoir ; ce qu’a d’ailleurs convenu le juge qui a relaxé les prévenus (8). Bien évidemment des journalistes étaient là pour couvrir cette manifestation et en rendre compte. Eh bien figurez-vous que ces derniers, trois journalistes de la presse locale, ont été convoqués au commissariat pour répondre de « provocation non suivie d’effet au crime ou délit par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique ». Et c’est ainsi que pas à pas nous en arrivons au nouveau schéma du maintien de l’ordre et à la loi « Sécurité Globale ».

C’est sur la base de ce nouveau schéma du maintien de l’ordre que Gérald Darmanin a déclaré il y a quelques jours, à la suite de l’arrestation de journalistes qui couvraient la manifestation du 17 novembre contre la loi « Sécurité Globale » que, et je cite : « si des journalistes couvrent des manifestations conformément au schéma du maintien de l’ordre que j’ai évoqué, ils doivent se rapprocher des autorités, en l’occurrence du préfet du département, pour se signaler, pour être protégés également par les forces de l’ordre… » (9). Notez que c’est toujours au nom de la « protection », de la « sécurité » que les atteintes aux libertés avancent d’un pas supplémentaire à chaque fois. C’est toujours au nom du bien qu’on met en place le pire !

C’est d’ailleurs toujours au nom de ce principe de protection et de sécurité, cette fois-ci des hommes en armes, je veux parler ici des forces de l’ordre, que l’article 24 de la loi « Sécurité Globale » prévoit de pénaliser d’un an de prison et 45 000 euros d’amende la diffusion de « l’image du visage ou tout autre élément d’identification » d’un policier ou d’un gendarme en intervention lorsque celle-ci a pour but de porter « atteinte à son intégrité physique ou psychique » (10). Bon courage au juge pour qualifier ce nouveau délit d’intention ! Entre le nouveau schéma du maintien de l’ordre et cette loi « Sécurité Globale » la possibilité pour les journalistes, qu’ils soient ou non détenteurs d’une carte de presse et nul besoin d’avoir cette carte de presse pour être journaliste, de continuer à informer et à rendre compte de ce qui se passe sur le terrain des manifestations, y compris des violences dont se rendent coupables certains éléments agités des forces de l’ordre, est gravement entamée. Sans ces images, l’affaire Benalla pourra-t-elle encore exister demain ? La justice pourra-t-elle se pencher sur une autre affaire Cédric Chouviat ? Les matraqués, les mutilés pourront-ils encore espérer qu’un juge étudie la légitimité de la violence exercée à leur endroit ?

Et tandis que tout un chacun risquera la prison quand il filmera les forces de l’ordre dans leurs œuvres, y compris les moins avouables – souvenons-nous de ce tabassage en règle de manifestants dans un Burger King le 1er décembre 2018 (11) –   en admettant que chacun puisse seulement encore le faire puisque aujourd’hui déjà des journalistes ou de simples citoyens sont menacés et parfois même victimes de violence parce qu’ils osent filmer ce qui se passe en manifestation (12) – David Dufresne a fait un travail de recension remarquable sur le sujet (13) – tandis donc que filmer les forces de l’ordre va devenir l’apanage des plus téméraires, les forces de l’ordre, elles, pourront surveiller en temps réels les manifestants grâce à des caméras piétons et des drones (14) qui ne manqueront pas, après-demain, n’en doutons pas, d’être équipés de la technologie de reconnaissance faciale. Le pouvoir connaîtra ainsi dans le détail, et pourra tout à loisir ficher, ses nouveaux opposants qui viendront grossir les rangs de ses opposants d’hier, car la crise économique et sociale qui vient et fera suite à la gestion catastrophique de la crise sanitaire, ne manquera pas de jeter dans la rue toute la misère fabriquée par les faillites d’entreprises, les fermetures de petits commerces, de restaurants, de bars ou d’hôtels et toute la colère bien légitime de ces nouveaux pauvres. Ces dispositifs répressifs et ces lois n’ont qu’un but : protéger le pouvoir en place contre la colère qui couve.

Et au-delà des articles 21, 22 ou 24 de la loi « Sécurité Globale » c’est plus largement un état d’esprit qui plane tel un corbeau sur les plaines de nos libertés en danger. Pas à pas, loi après loi, c’est un autre régime politique qui se met en place en France, un régime qui ne souffre aucune contestation, aucune opposition, un régime qui réprime ceux qui ne marchent pas dans le rang, un régime politique qui n’a plus grand-chose à voir avec la démocratie libérale telle qu’elle fut pensée par ses pères John Locke ou Montesquieu, pour ne nommer qu’eux.  Voilà pourquoi en ces temps de crise sanitaire surexploitée par le pouvoir jusqu’à la nausée pour faire passer n’importe quelle nouvelle disposition portant atteinte aux libertés fondamentales, je relis et je ré-écoute François Sureau, et je conclus avec ses mots « c’est la liberté qui nous rend vivant ».

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  1. http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Tracts/Sans-la-liberte
  2. https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/confinement/confinement-vous-pouvez-acheter-votre-sapin-de-noel-a-partir-du-20-novembre_4188753.html
  3. https://www.ldh-france.org/letat-durgence-imprime-marque-droit-commun/
  4. https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/coronavirus-agnes-buzyn-a-t-elle-sous-estime-le-risque-de-propagation-en-france_3851495.html
  5. https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/29/la-justice-face-aux-gilets-jaunes-un-nombre-colossal-de-gardes-a-vue-et-un-recours-massif-aux-comparutions-immediates_5442936_3224.html
  6. https://www.youtube.com/watch?v=VUgQAr4zPV4
  7. https://www.20minutes.fr/societe/2404919-20181228-gilets-jaunes-angouleme-plusieurs-personnes-convoquees-commissariat-apres-simulacre-execution-macron?fbclid=IwAR245zng0camQ1w3Bx39EubppLg00G2DG2JUJe4xzvpiDesaVFXMWLwsNHo
  8. https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/angouleme-non-lieu-total-apres-la-decapitation-d-un-pantin-a-l-effigie-d-emmanuel-macron-1578482159?fbclid=IwAR245zng0camQ1w3Bx39EubppLg00G2DG2JUJe4xzvpiDesaVFXMWLwsNHo
  9. https://www.youtube.com/watch?v=PJpn3ApRa_U
  10. https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/11/20/diffusion-des-images-des-forces-de-l-ordre-l-article-24-de-la-loi-securite-globale-adopte-a-l-assemblee-nationale_6060577_3224.html
  11. https://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/violences-policieres-dans-un-burger-king-quatre-crs-presentes-a-un-juge-d-instruction_2129093.html
  12. https://www.20minutes.fr/societe/2630587-20191028-violences-policieres-contre-journalistes-comment-arrive
  13. https://www.mediapart.fr/studio/panoramique/allo-place-beauvau-cest-pour-un-bilan
  14. https://www.france24.com/fr/france/20201121-loi-s%C3%A9curit%C3%A9-globale-des-ong-alertent-sur-les-cons%C3%A9quences-dangereuses-pour-les-libert%C3%A9s-individuelles

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Bienvenue en Absurdie !

Pour votre sécurité vous n’aurez plus de libertés. Pour rester en vie vous n’aurez plus le droit de vivre.

Voilà résumé en deux phrases l’avenir que le pouvoir nous réserve si nous persistons à le laisser dérouler ses décisions sans protester. Voilà le nouveau mantra des hommes qui commandent ce pays. La santé est devenue la nouvelle valeur cardinale, l’horizon ultime et indépassable de nos vies aseptisées sous le contrôle des blouses blanches d’un côté et des uniformes bleus de l’autre. Nous mourrons, assurément, car telle est la condition de l’homme, mortelle. Mais nous mourrons guéris ! Oubliez donc toute réflexion, abdiquez tout esprit critique et embrassez la nouvelle religion : celle d’une « vie nue », une vie biologique réduite à ses plus élémentaires fonctions vitales.

La France, ce fabuleux pays des lumières et des révolutions, de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est en train de devenir un gigantesque asile psychiatrique à ciel ouvert où l’on sort désormais muni de son masque et de son attestation que l’on se fait à soi-même, où la bureaucratie édicte des listes de produits essentiels et non essentiels, où des préfets prennent des arrêtés pour obliger leurs concitoyens à porter des masques en plein air, dans des parcs et jardins (1) et même en forêt (2) où des policiers verbalisent des personnes âgées qui se baignent dans la mer et cela en vertu de recommandations médicales (3), où des cyclistes, des joggeurs, des marcheurs ne peuvent plus s’adonner à leur plaisir quotidien, qui constitue aussi l’un des meilleurs moyens d’entretenir sa condition physique et sa santé, y compris mentale,  en période épidémique, plus d’une heure par jour et à plus d’un kilomètre de leur domicile, où l’on a interdit de fait pour quiconque ne vit pas à proximité tous les espaces naturels que sont les bois, les forêts, la montage ou les plages, où l’on enferme des vieux dans leur chambre d’ehpad les privant ainsi de tout lien social, de tout contact avec la vie, eux dont les mois, les années sont déjà comptés et sans jamais leur demander leur avis, où l’on nous confine à l’intérieur de nos maisons tout en nous disant que le virus adore les endroits clos et confinés ! Cherchez l’erreur !

La France, ce pays de mots et d’idées, le pays de Molière et Hugo, de Voltaire et Rimbaud, voit ses libraires contraints de fermer leur portes pour lutter contre une crise sanitaire, tandis que l’autorité administrative continue de fermer des lits d’hôpitaux (4).  La France lutte contre un virus en enfermant 67 millions de français chez eux (ou dehors pour ceux qui n’ont pas de chez eux), en fermant les petits commerces, en établissant des listes de produits autorisés à la vente, en interdisant les livraisons et la vente à emporter après 22h à Paris !

Si le ridicule ne tue pas, l’absurde poussé à son paroxysme peut rendre fou. Et c’est bien à cela qu’est soumise toute une population : le risque de folie individuelle et collective. En cause, des décisions plus absurdes les unes que les autres, dont les justifications scientifiques sont sujettes à controverse, des déclarations intempestives de ministres, de porte-parole du gouvernement, une stratégie du tout répressif. Mais a-t-on jamais enrayé une épidémie en verbalisant des promeneurs solitaires ?

Je refuse cette absurdie. Je refuse qu’on éteigne mon esprit critique. Je refuse qu’on détruise nos libertés fondamentales individuelles et collectives. Je refuse ce chantage sordide au nombre de morts. Je refuse que des blouses blanches ou des « costard-cravate » me parlent comme à une enfant de 5 ans. Je refuse qu’on nie mon intelligence pour ne s’adresser qu’à mon cerveau reptilien.  Je refuse qu’on piétine ma condition d’Homme libre et de citoyenne éclairée. Je refuse d’être gouvernée par la terreur et le chantage à l’émotion.

© Tous droits réservés

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(1) Vienne : le masque obligatoire dans les parcs et jardins

(2) Haute-Saône : le masque obligatoire même en forêt

(3)  Confinement : Betty, 91 ans, interdite de baignade à Biarritz malgré un avis médical

(4) Le gouvernement continue de supprimer des lits d’hospitalisation : la carte des hôpitaux concernés

Comme Diogène… je cherche un homme

« Monsieur le Président, nous avons besoin de pouvoir respirer et nous ressourcer dans la nature pour affronter cette période difficile. C’est pourquoi nous vous demandons d’autoriser un accès encadré aux espaces naturels de proximité, dans le strict respect des gestes barrières. Ces gestes sont d’ailleurs beaucoup plus faciles à appliquer dans la nature, où le virus n’est pas présent. »  extrait de la pétition « Pour un accès responsable à la nature en période de confinement » (*)

Voilà résumé en quelques lignes tout notre drame. Nous demandons, nous quémandons, nous requérons, nous sollicitons, nous implorons, nous mendions. Nous sommes devenus des esclaves, des bêtes apeurées, traquées, encagées, réduites à la supplique.

« Mon bon maître, mon bon seigneur, ayez pitié de nous, laissez-nous sortir ! Laissez-nous aller prendre l’air par les sentiers, dans les bois, les forêts, un simple bosquet fera bien l’affaire. Mais soyez charitables ! Autorisez-nous à aller prendre l’air, un peu plus loin, un peu plus longtemps. Nous vous promettons, nous vous le jurons ! Nous serons bien sages, bien obéissants et tellement reconnaissants. Tous les ordres, toutes les recommandations, nous respecterons. Nous serons plus soumis que jamais, plus rampant qu’à l’accoutumée. Mais par pitié, laissez-nous accéder à cette nature qui nous manque tant ! »

Voilà oui. Voilà tout notre drame. On nous encage avec une facilité sidérante parce que nous ne sommes déjà plus des hommes libres. Nous ne sommes plus qu’un troupeau de bestiaux qu’on conduit à coups de bâton. Les hommes libres ne réclament pas, les hommes libres ne supplient pas. Les hommes libres font ce qu’ils ont à faire, en responsabilité certes, mais ils font.

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(*) Pour un accès responsable à la nature en période de confinement