Nuit mauve

Mirage et rêve
Endormis
Paupières brûlantes
Sous la lune s’achève
L’étreinte triomphante.


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Le baiser

Sur la fine cheville un mollet rebondi
Et la cuisse serpente vers une hanche large
Elle aimera la douceur d’une main voguant sur son rivage
Dans les flots mourant de ses arrondis.

Autour de la taille le bras déploiera sa puissance
Chaîne accrochée à son ancre marine
Et du bout des doigts la courbure divine
S’offrira à sa belle impatience.

Alors remontant le courant turbulent
Au milieu de ces coquettes aspérités
Qu’un jour les Dieux sur son dos ont posées
La main glissera dans le cou brûlant.

Mais déjà la rondeur de ses épaules suppliantes
Réclame le baiser de ses lèvres gourmandes
Et soudain c’est un murmure échappé qui quémande
La caresse ultime sauvage et insolente.

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le baiser de rodin
Le baiser d’Auguste Rodin

Au voyageur absent

Je t’écris ce soir mon amour
Au temps clair
Au temps lourd.
Sous le pont des plaisirs
J’écoute battre le désir,
Celui qu’hier glissait
Dans les torrents enfiévrés
De mes veines assoiffées.
Et ma chair se souvient
Et j’ai encore dans le creux de mes mains
Sur la peau le dos et les seins
Les cicatrices ardentes
De nos caresses impudentes
De nos diablesses luttes lentes.

Je t’écris ce soir mon amour
Au temps clair
Au temps lourd.
J’enrage de te savoir si loin
Quand j’ai tant besoin
De ta bouche et tes yeux et tes reins,
De ton sang criminel se mêlant au mien.
Alors je maudis la chaleur de la nuit
Et la fadeur du matin qui s’enfuit
Sans l’ivresse dernière qui apaise la faim.

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A l’orée des nuits

Allongée sur un lit de dentelles et d’épines
Sous la lune éphémère de nos joies libertines
L’onde lente bleu-grise de nos soirées légères
Glisse sur son corps qui se tort et se serre.
Mains furieuses avides et voyageuses sur ses collines
J’implore le baiser de la vénéneuse amante divine
Et me voilà esclave à genoux devant Messaline.

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charlotte wolter en messaline makart hans
Charlotte Wolter en Messaline, Hans Makart (1875)

Petite catin

Tu balances tes hanches sur des talons hauts,
On dirait que tu danses sur un air de mambo.
Tu avances et chaloupes en rythme cadencé,
Tu vas les rendre fous petite effrontée.

Mais tu te moques bien d’attiser les plus vils désirs,
De ces hommes lubriques, qui ne veulent que du plaisir.
Tu leur donnes à voir ta croupe en guise d’appât,
Amuse bouche scandaleux de leur maigre repas.

Ta peau fine d’enfant, par tes fards trop maquillée,
Est un crime à leurs yeux de vierges effarouchées.
Mais tu te moques bien de ces tristes épouses,
Et par un sourire tu réponds à leurs mines jalouses.

Tu balances et tu danses dans ta jupe fendue,
Tu déchires le silence de leurs mœurs entendues ;
Avec tes talons qui claquent sur le macadam,
Petite catin tu vaux bien toutes ces dames.

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nana de Manet

 Nana, par Edouard Manet (1877)

L’anniversaire (4)

Le grincement à peine audible de la porte me ramena à la réalité de ma situation. A demi nue sur ce lit dans une chambre d’hôtel somptueuse quelqu’un venait d’entrer et de refermer derrière lui. Un vent glacé me traversa le corps. Une sueur brûlante lui succéda. Je distinguais à peine le pas qui s’avançait vers moi. Un pas lent et feutré, presque sourd, qui glissait sur le parquet avec la légèreté d’un danseur étoile du Bolchoï. Tant et si bien qu’il m’était impossible de savoir s’il s’agissait ou non du pas de mon mari. L’hésitation me gagnait. Qui était là derrière le rideau sombre de ce morceau de tissu qui cachait ma vue ? Qui avançait vers mon corps offert sur ce lit ? La tension était à son comble, parsemant mon corps de raideurs aigües. Je n’entendais même pas le son d’une respiration tant la mienne était essoufflée. Il approchait. Il était là à une main de ma peau.

Quand il fut assez près, je concentrai tout mon odorat à attraper du bout des narines, les effluves mélangés d’embruns et de terre chaude qui s’échappaient de mon mystérieux visiteur. Mon sang se figea dans mes veines, juste un instant. Ce n’était pas le parfum de mon cher Benjamin. Les battements dans ma poitrine redoublèrent. Ma main se leva, se dirigea vers le morceau de toile sur mes yeux. Mais avant que j’ai pu l’atteindre je sentis une main grande, large et ferme bloquer mon poignet. Si les effluves n’étaient pas celles de mon adoré, cette main là avec sa force douce pouvait très bien être celle qui me caressait chaque nuit depuis des années. Je me sentais totalement impuissante, apeurée et fiévreuse, intriguée et désorientée. J’avais besoin d’un signe, d’une certitude.

Son souffle d’abord, puis ses lèvres sur ma joue, sur le bord de ma bouche et je le reconnus. Enfin ! Le doute n’était plus permis. Je laissais échapper son prénom dans un murmure languissant :

« Benjamin…

— Oui ma belle. »

Alors ses mains se mirent à divaguer sur mon corps, de mes épaules à mes cuisses, en revenant sur mon ventre et mes seins.

(retrouvez les épisodes 1, 2 et 3 dans la catégorie « Les billets roses »)

 

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La coupe d’Eros

Tes nuits coulent dans mes jours
Et je me perds dans tes abîmes,
Je ne suis plus qu’un trouble
Qu’une rumeur qui flotte sur ma vie.

Tes étreintes inondent tous les écrans de ma mémoire,
Et ton corps se dessine dans chaque ligne de ma main.

De ruelles désertes en faubourgs étouffés,
De chambres ordinaires en couches improvisées,
Mon ventre n’a de cesse de réclamer
La chaleur leste de tes ardeurs
Qui laissent aphones mes pudeurs.

Ô mon ivresse ! Goûte la main qui souffle sur tes braises
Et savoure la caresse lente qui te baise.
Ô ma fièvre ! Laisse la peau te dévorer jusqu’à tes chairs transpirées
Et bois jusqu’à la lie le plaisir de ces nuits dévergondées.

Le matin viendra bien assez tôt
Pour rendre nos amours fatiguées à la faveur du jour nouveau.

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