Le baiser

Sur la fine cheville un mollet rebondi
Et la cuisse serpente vers une hanche large
Qui aimera la douceur d’une main voguant sur son rivage
Dans les flots mourant de ses arrondis.

Autour de la taille le bras déploiera sa puissance
Chaîne accrochée à son ancre marine
Et du bout des doigts la courbure divine
S’offrira à sa belle impatience.

Alors remontant le courant turbulent
Au milieu de ces coquettes aspérités
Qu’un jour les Dieux sur son dos ont posées
La main glissera dans le cou brûlant.

Mais déjà la rondeur de ses épaules suppliantes
Réclame le baiser de ses lèvres gourmandes
Et soudain c’est un murmure échappé qui quémande
La caresse ultime sauvage insolente.

© Tous droits réservés

le baiser de rodin
Le baiser d’Auguste Rodin

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Telle une ombre

Se soustraire aux regards
N’être plus rien
Pas même je.

Passer à pas silencieux
Inconnu, anonyme
Et n’en frôler pas un cil.

Comme la feuille tombée de son arbre
Flotter au gré du courant
A la surface du canal.

Etre là à défaut d’être ailleurs
N’en éprouver ni regret
Ni quiétude.

Etre là
Lever la tête
Et regarder passer les oiseaux.

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Quand tu chantais

Il y a ces voix qui se mêlent,

Il y a ta voix surtout,

Ta voix qui résonne encore

Reprend les moulins de mon coeur.

Il y a tes bras aussi

Tes bras qui sont si loin déjà

Et il y a mon coeur

Qui tourne en rond

Qui réclame et s’affole.

Mon coeur comme un tournesol dans sa fleur

Et tu chantes, tu chantes encore

Comme tu chantais autrefois

Pour bercer mes soirées

Pour accompagner d’un filet de voix

Le sommeil qui ne viendrait pas.


 

 

 

Au voyageur absent

Je t’écris ce soir mon amour
Au temps clair
Au temps lourd.
Sous le pont des plaisirs
J’écoute battre le désir,
Celui qu’hier glissait
Dans les torrents enfiévrés
De mes veines assoiffées.
Et ma chair se souvient
Et j’ai encore dans le creux de mes mains
Sur la peau le dos et les seins
Les cicatrices ardentes
De nos caresses impudentes
De nos diablesses luttes lentes.

Je t’écris ce soir mon amour
Au temps clair
Au temps lourd.
J’enrage de te savoir si loin
Quand j’ai tant besoin
De ta bouche et tes yeux et tes reins,
De ton sang criminel se mêlant au mien.
Alors je maudis la chaleur de la nuit
Et la fadeur du matin qui s’enfuit
Sans l’ivresse dernière qui apaise la faim.

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Des jours et des nuits

Ne rien prendre pour acquis,
Jamais !
Savoir,
Toujours !
Que d’un instant à l’autre
Tout votre monde peut s’écrouler.
Ne compter sur rien ni personne.
N’être attaché à rien
Ou du moins,
S’entraîner chaque jour à vivre
Comme si tout pouvait disparaître
Demain.

Prendre le bien
En sachant clairement
Qu’il est passager clandestin.
A chaque coup se relever,
Comprendre que ce ne sera pas le dernier.
Regarder la flaque au sol
Et s’en moquer.
Tourner les talons
Faire un trait sur le passé.

Ne rien prendre pour conquis,
Jamais !
Savoir,
Toujours !
Que l’amour naît au hasard
Des printemps favorables.
Un hiver plus rude qu’à l’accoutumé
Et le voilà emporté
Dans la froidure du blizzard.

Prendre le temps comme il vient
S’attendre à tout mais n’espérer rien !
Imaginer le pire
Et se laisser surprendre par le meilleur.
Etre frivole et léger
A toute heure.
Savoir que la vie n’est que prêtée
Par un dieu malin,
Par un esprit farceur.

Ne rien prendre pour donné,
Jamais !
S’acclimater
Chaque jour
A celui qui sera le dernier.
Et comme Epicure à Mécénée
Se répéter que la mort n’est rien
Car, quand elle y sera
Nous s’y serons point.

Plus le temps passe

Des souvenirs par dizaines
Hantent mon esprit.
Des paysages de l’enfance,
Des champs de blé ou longues plaines,
Des rivages d’été aux tapis de garance
C’est là, au fond de la mémoire
Sur ces rives embrumées et lointaines,
Que naviguent les âmes noires
Qui se cognent et se plaignent.

Des souvenirs par dizaines
Et du passé la mélodie me revient
Comme un écho se fracasse de paroi en paroi.
Des éclats de miroirs par centaines
Petits morceaux de nous, de toi, de moi,
Instants volés à des fragments de mémoire,
Douceur passée de nos frêles corps endormis
Dans les hautes herbes du soir
Sous les cerisiers au soleil de minuit.

C’est là tu vois,
Au bord… tout au bord,
Au coin des yeux,
A la cime des cils qu’elle dort,
La nostalgie,
Cette vieille amie.

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A la naissance du néant

Mon siècle a fait faillite,
Et j’ai la maladresse des cœurs abimés,
La dureté des âmes cabossées,
Le désespoir des enfances violées,
La tristesse des jardins abandonnés.
J’ai le ventricule gauche contre le ventricule droit
Qui bat,
Et chaque jour j’ignore pourquoi.

J’ai laissé le passé
Au soleil lourd
Sous les bottes des armées.
J’ai le sang qui boue, grouille et clapote
Comme une lave trop chaude.
J’ai le sang mélangé des plages de l’Atlantique…
D’Oléron à Donostia.

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