Je suis au monde

Je suis au monde étrangère au monde.

Je suis au milieu des Hommes et des arbres.
Je suis la musique à leurs voix qui se mêle.
Je suis endormie et j’attends le soleil.
Je suis le rayon sur ma joue qui s’éveille.
Je suis l’oubli au creux du sommeil.
Je suis le rêve qui éclaire le réel.
Je suis le vent qui se brise.
Je suis sur le lit de l’amour qui attend qu’on le serve.

Je suis au monde étrangère au monde.

Je suis un morceau de chair arraché à l’univers.
Un composite,
Un copeau de bois,
Une larme de nuage,
Un amas de glaise,
Rien qu’un peu de poussière.
Je suis le patient sans espoir,
L’assoiffé qui refuse de boire.
Je suis au bord de la vie, sur le quai des soupirs
Et j’attends des trains qui ne passeront pas.
Je suis l’élan de la vie et le souffle de la mort.
Je suis dans le lit de l’envie et je l’écoute qui dort.

Je suis au monde étrangère au monde.

 

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Le baiser

Sur la fine cheville un mollet rebondi
Et la cuisse serpente vers une hanche large
Elle aimera la douceur d’une main voguant sur son rivage
Dans les flots mourant de ses arrondis.

Autour de la taille le bras déploiera sa puissance
Chaîne accrochée à son ancre marine
Et du bout des doigts la courbure divine
S’offrira à sa belle impatience.

Alors remontant le courant turbulent
Au milieu de ces coquettes aspérités
Qu’un jour les Dieux sur son dos ont posées
La main glissera dans le cou brûlant.

Mais déjà la rondeur de ses épaules suppliantes
Réclame le baiser de ses lèvres gourmandes
Et soudain c’est un murmure échappé qui quémande
La caresse ultime sauvage et insolente.

© Tous droits réservés

le baiser de rodin
Le baiser d’Auguste Rodin

Telle une ombre

Se soustraire aux regards
N’être plus rien
Pas même je.

Passer à pas silencieux
Inconnu, anonyme
Et n’en frôler pas un cil.

Comme la feuille tombée de son arbre
Flotter au gré du courant
A la surface du canal.

Etre là à défaut d’être ailleurs
N’en éprouver ni regret
Ni quiétude.

Etre là
Lever la tête
Et regarder passer les oiseaux.

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Quand tu chantais

Il y a ces voix qui se mêlent,

Il y a ta voix surtout,

Ta voix qui résonne encore

Reprend les moulins de mon coeur.

Il y a tes bras aussi

Tes bras qui sont si loin déjà

Et il y a mon coeur

Qui tourne en rond

Qui réclame et s’affole.

Mon coeur comme un tournesol dans sa fleur

Et tu chantes, tu chantes encore

Comme tu chantais autrefois

Pour bercer mes soirées

Pour accompagner d’un filet de voix

Le sommeil qui ne viendrait pas.


 

 

 

Au voyageur absent

Je t’écris ce soir mon amour
Au temps clair
Au temps lourd.
Sous le pont des plaisirs
J’écoute battre le désir,
Celui qu’hier glissait
Dans les torrents enfiévrés
De mes veines assoiffées.
Et ma chair se souvient
Et j’ai encore dans le creux de mes mains
Sur la peau le dos et les seins
Les cicatrices ardentes
De nos caresses impudentes
De nos diablesses luttes lentes.

Je t’écris ce soir mon amour
Au temps clair
Au temps lourd.
J’enrage de te savoir si loin
Quand j’ai tant besoin
De ta bouche et tes yeux et tes reins,
De ton sang criminel se mêlant au mien.
Alors je maudis la chaleur de la nuit
Et la fadeur du matin qui s’enfuit
Sans l’ivresse dernière qui apaise la faim.

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Des jours et des nuits

Ne rien prendre pour acquis,
Jamais !
Savoir,
Toujours !
Que d’un instant à l’autre
Tout votre monde peut s’écrouler.
Ne compter sur rien ni personne.
N’être attaché à rien
Ou du moins,
S’entraîner chaque jour à vivre
Comme si tout pouvait disparaître
Demain.

Prendre le bien
En sachant clairement
Qu’il est passager clandestin.
A chaque coup se relever,
Comprendre que ce ne sera pas le dernier.
Regarder la flaque au sol
Et s’en moquer.
Tourner les talons
Faire un trait sur le passé.

Ne rien prendre pour conquis,
Jamais !
Savoir,
Toujours !
Que l’amour naît au hasard
Des printemps favorables.
Un hiver plus rude qu’à l’accoutumé
Et le voilà emporté
Dans la froidure du blizzard.

Prendre le temps comme il vient
S’attendre à tout mais n’espérer rien !
Imaginer le pire
Et se laisser surprendre par le meilleur.
Etre frivole et léger
A toute heure.
Savoir que la vie n’est que prêtée
Par un dieu malin,
Par un esprit farceur.

Ne rien prendre pour donné,
Jamais !
S’acclimater
Chaque jour
A celui qui sera le dernier.
Et comme Epicure à Mécénée
Se répéter que la mort n’est rien
Car, quand elle y sera
Nous s’y serons point.