Au nom du bien

Face à l’inquiétude que je lis chez certains de mes concitoyens qui attendent le 11 mai dans l’angoisse parce que « le peuple français ne serait pas un peuple assez obéissant et attentif »

Au contraire je nous trouve particulièrement obéissants. Voilà deux mois qu’on nous terrorise avec un nouveau virus (qu’autorités politiques, sanitaires et médiatiques ont d’abord traité avec la plus grande légèreté nous parlant même de grippette), virus dont je ne remets pas en cause la dangerosité. Du jour au lendemain on a enfermé chez eux 67 millions de français, tout en continuant à les faire bosser dans leurs usines, leurs entrepôts, leurs ateliers ou à la maison pour ceux qui peuvent télétravailler, car contrairement au message qu’on essaie de faire passer, 64% des salariés travaillent pendant cette période de confinement. On a réussi à contraindre les gens à ne sortir de chez eux que pour aller bosser, chercher à manger, se soigner ou faire une heure de marche à pied autour de leur pâté de maison, le tout muni d’un laissez-passer !  On les a engueulés, on les a verbalisés,  ici parce qu’ils se posaient sur un banc quelques minutes, là parce qu’elle revenait de la pharmacie avec un test de grossesse, ailleurs parce qu’elle se postait tous les jours quelques instants devant la fenêtre de son vieux mari accueilli en Ehpad pour lui faire un sourire de loin, là-bas parce qu’elle avait osé faire un détour par le front de mer en rentrant des courses pour respirer les embruns quelques minutes à travers la vitre entrouverte de sa voiture ;  on les a empêchés de rendre visite à leurs vieux parents même mourants, on les a empêchés d’enterrer dignement leurs morts (!!), on les a empêchés de flâner sur les plages immenses de l’atlantique ou du nord, d’aller en forêt (sans doute les endroits où on peut le plus se tenir à distance physique les uns des autres), on leur a interdit de se promener seuls à vélo par les chemins déserts de campagne (déserts même hors crise sanitaire), on les a infantilisés en leur disant que s’ils n’étaient pas assez sages ils n’auraient pas le droit de sortir le 11 mai, on les a pris pour des cons en leur disant que le masque ne servait à rien, puis qu’il était contre-productif voire dangereux, qu’ils ne sauraient pas s’en servir, puis qu’il était préférable de sortir masquer, qu’enfin il était obligatoire de porter un masque !

On les a soumis comme jamais depuis la fin de la seconde guerre mondiale et ils ont obéi ! Nous avons obéi ! Même les forces de l’ordre ont reconnu que dans leur grande majorité les français avaient  respecté le confinement. Environ un million de verbalisations ont été dressées pour 67 millions de français enfermés, soit 0,01 % de contraventions à l’interdit.

Ce qui m’effraie le plus, et pourtant comme beaucoup de français, moi aussi j’ai été terrorisée et je le suis encore à l’idée de me retrouver dans un service de réanimation (d’ailleurs je vous le dis en passant mes amis, je laisse mon intubation à un autre s’il m’arrive malheur. Je ne veux pas être intubée !), ce qui m’effraie donc ce n’est pas la désobéissance de mes concitoyens, ce qui m’effraie c’est notre extraordinaire aptitude à la soumission et la vitesse avec laquelle, nous, en tant que communauté humaine, avons intériorisé et respecté les ordres. Voilà ce qui m’effraie pour l’avenir, plus encore je crois, qu’une hypothétique deuxième vague.

Cela m’effraie d’autant plus que l’état d’urgence sanitaire vient d’être prolongé jusqu’au 24 juillet. Hier état d’urgence faisant suite aux attentats, état d’urgence devenu permanent pendant deux années, avant que le pouvoir ne décide d’introduire dans le droit commun une partie des dispositions extraordinaires de cet état d’urgence, maintenant état d’urgence sanitaire, demain fichage des malades testés positifs au covid-19, rémunération des médecins généralistes pour alimenter ce fichier de suivi des malades et de leurs contacts, des brigades d’anges gardiens pour (sur)veiller ces malades et leur entourage.

Que notre santé préoccupe autant le pouvoir, voilà qui me préoccupe. C’est toujours au nom du bien, c’est toujours pour notre bien, qu’on nous enferme, qu’on nous enlève nos libertés.

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Paroles d’exilé

Mes chers parents,

Je vous écris du fond des abimes de l’amer, où mes rêves d’ailleurs meilleur, de vie libre et prospère, loin du feu de la guerre, ont été engloutis par un coup fatal du sort. J’étais jeune et en pleine santé. Je voulais, comme tant d’autres de par le monde, avoir l’avenir devant moi, prendre ma part du festin, attraper un morceau de bonheur et le garder entre mes mains. Je voulais moi aussi une femme et des enfants, du travail et une maison, une vie semblable à mille autres, comme celles que j’ai vues sur les écrans. Mais surtout, plus que tout, je voulais la paix et le silence que font les armes quand elles ont regagné leurs armoires. Je voulais ne plus avoir peur de mourir demain et dormir du sommeil lourd de l’homme fatigué mais serein. Je voulais vivre, simplement vivre enfin !

Pardonnez-moi mes chers parents ! Pardonnez-moi d’avoir échoué dans mon projet et de n’avoir plus rien à vous donner, qu’un fils mort, qu’un noyé. Jamais l’embarcation de fortune de ces chiens exploiteurs de misère, élevés et nourris par des irresponsables, marchands d’armes, trafiquants de guerres et de vengeurs enragés, n’est arrivée sur les côtes de cette Europe rêvée en déesse Liberté. Nous étions cent…quatre cents…sept cents…nous sommes des milliers sur ces cercueils de la Méditerranée, ne cherchant rien d’autre qu’à atteindre un rivage où le pouls de la vie bat plus fort que celui de la mort. Nous étions des centaines, bien décidés, bien vivants. Et nous voilà désormais sous les ombres noires de la mer, vies saccagées, oubliées dans l’indifférence généralisée.

Pardon mes chers parents ! Pardon de ne vous laisser que l’absence et les larmes…pour un fils parti trop tôt parce qu’il a voulu sauver sa peau.


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Le radeau de la méduse
Le radeau de la Méduse, Géricault (1819)

La trêve

Ce soir vous parlerez de trêve,

Nous demanderez d’oublier

Qu’hier encore vous piétiniez nos rêves.

Ce soir vous parlerez d’amour,

De chant d’espoir et de liberté,

Quand hier les fusils barbouillaient la couleur du jour.

Ce soir vous exalterez l’esprit de Noël,

Nous vendrez de la paix,

Une nuit suspendue aux lèvres de l’éternel.

Ce soir vous rangerez vos haines et vos rancœurs,

Le temps d’une trêve

Ce soir…

Mais demain, quand les armes se déchaîneront de nouveau

Dans leur fureur

Oui demain ! Où sera t-elle votre chère trêve ?

 

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Que le jour t’apprenne…

Hier j’étais prince et je paradais en habits

Beaux.

Ce matin je suis mendiant et je vais

Dans mes oripeaux.

 

J’ai goûté les vins les plus divins

J’ai eu entre mes mains

Les femmes les plus belles

Les amantes les plus sensuelles.

J’étais prince et mes châteaux

Etaient d’Espagne,

J’étais prince et mes chevaux

Couraient la campagne.

 

Mais rien ne dure,

Jamais !

Dans la pierre, dans la vie, dans le marbre

Rien qui ne soit écrit,

Rien qui ne soit acquis,

Rien qui ne soit gravé !

 

Ce matin je suis mendiant

Dans vos rues sales

Trainant,

Les pieds en sang

Dans mes sandales.

 

Mais le ciel au dessus a la même clarté,

Le flux dans mes veines

La même vélocité.

 

Hier prince, mendiant ce matin

Le soleil se lèvera demain

Sur nos frêles existences qui ne tiennent à rien.

 

Hier prince, mendiant ce matin,

Je serai roi après-demain !

 

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