Quand tu chantais

Il y a ces voix qui se mêlent,

Il y a ta voix surtout,

Ta voix qui résonne encore

Reprend les moulins de mon coeur.

Il y a tes bras aussi

Tes bras qui sont si loin déjà

Et il y a mon coeur

Qui tourne en rond

Qui réclame et s’affole.

Mon coeur comme un tournesol dans sa fleur

Et tu chantes, tu chantes encore

Comme tu chantais autrefois

Pour bercer mes soirées

Pour accompagner d’un filet de voix

Le sommeil qui ne viendrait pas.


 

 

 

Au voyageur absent

Je t’écris ce soir mon amour
Au temps clair
Au temps lourd.
Sous le pont des plaisirs
J’écoute battre le désir,
Celui qu’hier glissait
Dans les torrents enfiévrés
De mes veines assoiffées.
Et ma chair se souvient
Et j’ai encore dans le creux de mes mains
Sur la peau le dos et les seins
Les cicatrices ardentes
De nos caresses impudentes
De nos diablesses luttes lentes.

Je t’écris ce soir mon amour
Au temps clair
Au temps lourd.
J’enrage de te savoir si loin
Quand j’ai tant besoin
De ta bouche et tes yeux et tes reins,
De ton sang criminel se mêlant au mien.
Alors je maudis la chaleur de la nuit
Et la fadeur du matin qui s’enfuit
Sans l’ivresse dernière qui apaise la faim.

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Aphorismes et autres sentences (10)

L’enfance c’est cet ailleurs qui ne ment pas,

Ce terreau où toutes les pousses, fleurs et mauvaises herbes,

ont pris racine un jour.

***

Il leur faut des tombes pour se recueillir.

Je n’ai qu’un cimetière : mes souvenirs.

***

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1788…2017

Ainsi va la République des droits de l’homme et du citoyen, de la nuit du 4 août, de Jaurès, du Conseil National de la Résistance et du Front populaire. Cette République à l’agonie où ministres et parlementaires se goinfrent d’argent public à coup d’emplois familiaux et fictifs, à coup de lois votées pour leur seul avantage ! Cette République où le smic est à 1153 € nets/mois, le seuil de pauvreté à 1008€ nets/mois. Cette République en faillite dixit Monsieur Fillon qui distribue les emplois et les millions de nos taxes et impôts à son épouse et ses enfants, se fait offrir par de riches amis des costumes à 13 000 € pièce (soit l’équivalent d’une année de salaire pour un smicard). Cette République où Monsieur Le Roux embauche ses filles mineures de 15 et 16 ans au poste d’attaché parlementaire en guise de « job d’été » et n’y trouve rien à redire. Cette République qui laisse ses enfants mourir dans les rues d’hiver en été. Cette République qui prend aux pauvres parce qu’elle ne réclame plus rien aux riches. Cette République qui fait la chasse aux allocataires de RSA ou d’APL qui vivotent avec quelques centaines d’euros pendant qu’elle laisse filer des milliards dans l’optimisation et la fraude fiscale. Cette République qui condamne à de la prison ferme un jeune SDF pour un paquet de pâtes volé et laisse en liberté des multirécidivistes en col blanc coupables de blanchiment de fraude fiscale ou de détournement de fonds publics.  Cette République si douce avec les puissants et sans pitié avec les faibles. Cette République où pour faire valoir ses droits, juste ses droits, il faut encore être suffisamment aisé pour s’offrir les services d’un avocat ou suffisamment indigent pour prétendre à l’aide juridictionnelle. Cette République qui ne mérite même plus de porter la majuscule. Cette république qui n’a pas grand chose à envier à la monarchie absolue de l’ancien régime. Cette république, voyez-vous… cette république n’est plus la mienne. Je ne le reconnais ni de près, ni de loin. Cette république je l’abhorre.

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la république

L’allégorie de la République du monument aux morts de Chabanais (Charente).

Une confidente singulière

Chaque soir elle revient comme une amie régulière, comme une confidente singulière. Elle revient mettre des couleurs et de la lumière sur la banalité des jours, sur l’ennui et le quotidien, sur la pâleur de l’ordinaire. Et tout à coup, de sa seule présence, elle sublime ce qui l’instant d’avant, n’avait ni saveur, ni odeur, ni plaisir, ni désir, ni rien qui fasse s’emballer le coeur.

Elle, c’est l’heure solitaire. L’heure solitaire du soir qui s’habille de silence et de noir. C’est l’heure qui tombe sur les toits avec la pénombre. C’est l’heure privée sur laquelle plus aucun autre n’a de droit. C’est l’heure insouciante qui s’autorise tout. C’est l’heure qui se prélasse  sans la moindre culpabilité. C’est l’heure lente qui prend, enfin, le temps. Le temps d’éloigner les heures intrépides du jour. Le temps d’écouter le grincement des volets de la grange. Le temps d’observer le chat en pleine toilette. Le temps hypnotique des flammes dans l’âtre. Le temps d’un verre de vin sur un air de jazz. Le temps d’un livre blotti dans un lit de coussins. Le temps de l’oubli. Le temps de tout. Le temps de rien. Cette heure, à nulle autre pareille, c’est l’heure de toutes les langueurs. Et pour elle, pour la vivre encore, ne serait-ce qu’une heure, je donnerais toutes les autres heures.

 

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Le Canal

J’étais devenue un animal sauvage. Je me cachais comme une bête traquée. Quand je sortais je rasais les murs, j’avançais d’un pas rapide, la tête baissée. Je ne voulais croiser aucun regard. Qu’ils fussent de mépris ou de pitié, tous me brûlaient la peau comme un condamné au bûcher le jour de son exécution. D’ailleurs j’avais pris l’habitude de sortir de ma mansarde aux premières heures du jour ou le soir, tard, bien après le dîner. Souvent j’allais déambuler le long du canal. Il était froid. Il était sale. Il était seul. Il était triste. Il serpentait par la ville en charriant tous les immondices de la journée. Comme moi.

Je me saoulais dans le reflet de ses eaux boueuses. J’y voyais défiler tout mon passé. Ce que j’avais été. Ce que je ne serai plus jamais. Ce que j’avais perdu. Ce en quoi j’avais cru. Toutes mes illusions et mes désillusions, toutes mes naïvetés, toutes mes tentatives et tous mes échecs étaient là. Tous mes souvenirs aussi. Oui, mes souvenirs flottaient, là, comme des cadavres qu’on a oubliés de ramasser, là, à la surface du canal. 60 ans d’une histoire qui n’intéresse personne gisait là dans les ondes noires. Et tous ces souvenirs emmêlés, enchevêtrés dans un désordre négligé, tous ces souvenirs n’avaient pas pris une ride, quand mon visage était outragé par des sillons aussi longs que laids. Tout était là, intact, devant mes yeux. Sa belle figure, un peu pâle, un peu mélancolique, si jeune, avec ce regard immense dégradé de brun et d’ocre. Tout était là dans la chaleur de ses mains qui m’aimaient alors. Tout était là, oui, dans un passé plus vivant que la rudesse répugnante du présent.

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