Je suis au monde

Je suis au monde étrangère au monde.

Je suis au milieu des Hommes et des arbres. Je suis la musique à leurs voix qui se mêlent. Je suis endormie dans les herbes hautes à attendre le soleil. Je suis le rayon sur ma joue qui s’éveille. Je suis l’oubli au creux du sommeil. Je suis le rêve qui éclaire le réel. Je suis le vent qui se brise sur les vitres sales de mon âme livide. Je suis sur le lit de l’amour qui attend qu’on le serve.

Je suis au monde étrangère au monde.

Je suis un morceau de chair, un bout de matière arraché à l’univers. Je suis un composite, un copeau de bois, une larme de nuage, un amas de glaise et de poussière. Je suis le patient sans espoir, l’assoiffé qui refuse de boire. Je suis au bord de la vie, sur le quai des soupirs et j’attends des trains qui passent au loin. Je suis l’élan de la vie et le souffle de la mort. Je suis dans le lit de l’envie et je l’écoute qui dort.

Je suis au monde étrangère au monde.

 

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Sur le sentier fleuri

Je suis partie en exil

Et je vous ai laissé les bruits de la ville.

J’ai déserté les routes goudronnées

Je leur ai préféré les chemins de terre accidentés.

J’ai fui la course intrépide du citadin conditionné

Et j’ai retrouvé la lenteur du pays où je suis née.

 

J’ai été lâche peut-être

Je suis partie sans même vous laisser une lettre.

Comme un animal blessé

Je suis allée là-bas me cacher

Et dans les foins, sur l’herbe

Dans les près

Je me suis couchée

La tête au clair soleil de mars

L’esprit déjà tourné vers avril

J’ai plongé dans un rêve

Les yeux grands ouverts.

 

Et maintenant je guette

Heureuse, le chant de la fauvette

Et je souris au rayon chaud qui glisse sur ma fossette.

Le chat se prélasse sur la pierre

Et le lézard danse dans le lierre.

Le pêcher est rose à toutes ses extrémités

Et des fleurs virevolte le pollen

En poussière dorée.

 

Je suis partie en exil

Loin des bruits de la ville

A la campagne

Dans un pays de Cocagne.

 

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Aparté en terrasse

La lumière s’habille

d’autres couleurs

les jaunes éclatent

alors que les verts tendres s’offrent lentement

et les bruns se font tout à coup plus chauds.

 

Les jupes volent légères

sur les jambes encore trop blanches des filles,

les seins frémissent au souffle encore frais de la brise printanière

qui se glisse sous les chemisiers cotonnés,

les déhanchements hésitent encore sur des talons aiguille,

les visages sourient aux premiers rayons dorés,

les pieds sautillent

découvrent leurs ongles rouges vernis,

les mains s’abandonnent

dans les chevelures parfum miel

qui flottent sous le vent

et les oiseaux s’accrochent sur le bleu

du ciel.

 

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Ô soleil !

Il disait que la misère serait moins pénible au soleil. Je n’en doute pas à cet instant.

Trois rayons qui claquent. Un éclair qui frappe. J’habille ma mistoufle des lambeaux de l’astre Ra. Je maquille ma pauvrette figure des vapeurs chaudes qui flottent dans les courants d’air. Le fard de la lune est couché et mes lèvres rougissent de la brûlure de ce semblant d’été.

Le soleil frappe. La vie cogne.

Je croise des pêcheurs, observateurs silencieux des eaux brouillées. Je croise des marcheurs, funambules gracieux sur la terre collée. Je vois passer des cyclistes, flâneurs curieux au milieu des allées.

Pourtant les arbres ne sont que branches nues, morceaux éteints de vie et encore laids. Une sirène hurle au loin. Une ambulance. Une vie à sauver.  Ca grouille, là-bas, tout  près, à deux pas de mes doigts.

Un autre promeneur. Une nouvelle clameur. Un chien qui jappe. Une auto qui klaxonne. C’est comme une invitation à rejoindre le cœur de la ville.

Et le soleil. Ô soleil brûlant ! Et le murmure. Le murmure si lent et caressant d’un brin d’air, d’un souffle sur le front. Alors je reprends le chemin qui longe la rivière.

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