Lettre du soir à Sieur Espoir

Mon Cher et Tendre Espoir,

Bien sûr que je t’en veux. Evidemment que je maudis le jour où tu es venu troubler ce semblant de sérénité qui flottait sur mes jours. Le cœur alors était presque léger dans son inconsistance méprisable. Il ne battait que par instinct. Il n’attendait pas. Il n’espérait rien. Les heures se succédaient, corridor droit, chemin tracé. Il me suffisait de suivre la course du soleil, sans réflexion, sans même une émotion. J’étais vide oui. Un coquillage cassé, roulé dans le sable froid de janvier. Un vase ébréché, recollé à la hâte, et qui laisse voir ses cicatrices boursoufflées. J’étais laide oui. Une vieille étoffe râpée, par endroit déchirée. Un morceau de linge encore mouillé.

Qu’es-tu venu colorer mes jours gris ? Qu’as-tu fait à mes heures d’ennui ? Qu’as-tu versé dans mon sang l’élixir de l’envie ? Qu’as-tu fait à mon insignifiante vie ? Ô oui ! Comme je t’en veux d’avoir posé sur mes lèvres le goût sucré du miel ! Comme je te déteste d’avoir accroché dans mon ciel des étoiles imitant l’éternel ! Je te maudis mon cher et tendre espoir ! Je te maudis autant que je te chérie.

La mélancolieuse.

 

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