Le baiser

Sur la fine cheville un mollet rebondi
Et la cuisse serpente vers une hanche large
Elle aimera la douceur d’une main voguant sur son rivage
Dans les flots mourant de ses arrondis.

Autour de la taille le bras déploiera sa puissance
Chaîne accrochée à son ancre marine
Et du bout des doigts la courbure divine
S’offrira à sa belle impatience.

Alors remontant le courant turbulent
Au milieu de ces coquettes aspérités
Qu’un jour les Dieux sur son dos ont posées
La main glissera dans le cou brûlant.

Mais déjà la rondeur de ses épaules suppliantes
Réclame le baiser de ses lèvres gourmandes
Et soudain c’est un murmure échappé qui quémande
La caresse ultime sauvage et insolente.

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le baiser de rodin
Le baiser d’Auguste Rodin

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A l’orée des nuits

Allongée sur un lit de dentelles et d’épines
Sous la lune éphémère de nos joies libertines
L’onde lente bleu-grise de nos soirées légères
Glisse sur son corps qui se tort et se serre.
Mains furieuses avides et voyageuses sur ses collines
J’implore le baiser de la vénéneuse amante divine
Et me voilà esclave à genoux devant Messaline.

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charlotte wolter en messaline makart hans
Charlotte Wolter en Messaline, Hans Makart (1875)

L’amant des Batignolles (4)

J’avais toujours une bouteille de vin au cas où. Et bien sûr, il y avait du thé, du café, et même des infusions de tilleul et de menthe, de verveine et d’agrumes. Mais à tout avouer, je n’avais guère en tête l’idée de boissons apaisantes. Tout à l’inverse, c’est bien de breuvages enivrants dont je rêvais. C’est alors que je me perdais dans l’inventaire de mon appartement, que François me saisit par la main pour m’entraîner dans une ruelle perpendiculaire à la rue Legendre. Et là sans le moindre préavis, sans la plus petite demande d’autorisation il m’embrassa avec gourmandise. Sa bouche avait la saveur sucrée du pain d’épice. Quand il desserra enfin son étreinte, il me fixa droit dans les yeux et avec une assurance pleine d’insolence me dit :

« Voilà bien deux heures que je crevais d’envie de faire ça ! »

Je le regardais l’air hébété, les lèvres encore frémissantes. Pourtant mes yeux parvenaient enfin à plonger dans les siens sans s’y perdre. Je me saoulais dans ces vagues aux reflets d’or et de terre brune. Semblant décidé à ne me laisser aucun répit, il se pencha de nouveau vers moi pour m’embrasser encore, avant de laisser filer dans un soupir :

« On est loin de chez toi ?

-Non, laissais-je glisser en reprenant mon souffle ».

Nous étions en effet à 300 mètres à peine de ma rue. Nous pressâmes le pas. Finie la flânerie du soir d’été qui s’éternise. Nous voulions l’intimité d’une alcôve. La fièvre des amants qui se découvrent. L’excitation de la première fois, celle qu’on ne retrouve jamais plus. Une fois la porte de mon immeuble claquée derrière nous, il m’attira à lui comme il l’avait fait quelques minutes plus tôt dans la ruelle. Je trébuchai. Il me rattrapa en fléchissant les jambes et c’est finalement à genoux au pied de l’escalier que nous laissâmes nos bouches seules maîtresses de l’instant.

Le jasmin avait en effet laissé ses vapeurs odorantes dans le salon. Je proposai à François de s’asseoir, et obéissant aux règles les plus fades de la bienséance je lui demandai ce qu’il voulait boire. Thé, café, vin.

« Je n’ai pas soif. C’est toi que je veux, dit-il avec cette assurance qui le caractérisait. »

Je ne cherchai même pas à répliquer. J’attrapai la main qu’il me tendait et me réfugiai dans ses bras. D’ailleurs il était maintenant minuit. N’était-ce pas l’heure permise pour tous les crimes ?

à suivre…

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