Au voyageur absent

Je t’écris ce soir mon amour
Au temps clair
Au temps lourd.
Sous le pont des plaisirs
J’écoute battre le désir,
Celui qu’hier glissait
Dans les torrents enfiévrés
De mes veines assoiffées.
Et ma chair se souvient
Et j’ai encore dans le creux de mes mains
Sur la peau le dos et les seins
Les cicatrices ardentes
De nos caresses impudentes
De nos diablesses luttes lentes.

Je t’écris ce soir mon amour
Au temps clair
Au temps lourd.
J’enrage de te savoir si loin
Quand j’ai tant besoin
De ta bouche et tes yeux et tes reins,
De ton sang criminel se mêlant au mien.
Alors je maudis la chaleur de la nuit
Et la fadeur du matin qui s’enfuit
Sans l’ivresse dernière qui apaise la faim.

© Tous droits réservés – Reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur.

Partir

Partir
Pour rejoindre un autre rivage,
Commencer un autre voyage.

Partir
Car j’étouffe et j’enrage,
Dans cette ville, cette cage.

Et je suffoque au milieu de ses ruines
Qui se prennent pour des palais.

Partir
S’envoler loin des sinistres présages,
Aller là où reste quelque courage.

Partir
Pour retrouver le pouls lent et vivant
De la Vie qui jubile.

Vois là mon cœur qui cherche un signe,
Vois là ma main qui le dessine.

Partir
S’arracher à la course intrépide
De ces îles d’acier à l’avenir vide.

Partir
Pour sauver les années…
Ces années qui restent à vivre.

 

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