Le modèle économique dominant aura t-il notre peau ?

La situation semble devenue inextricable tant les économies sont imbriquées les unes dans les autres, tant la complexité de l’appareil économique lui-même est telle qu’il est devenu incompréhensible et incontrôlable. C’est comme ces transactions financières réalisées à la nanoseconde sur ordinateur. C’est donc cela le progrès ? Des monstres technologiques que nous avons créés et qui aujourd’hui semblent nous échapper. Des monstres qui permettent de déplacer chaque jour, via les places financières, des milliards d’euros ou de dollars qui ne représentent rien puisque déconnectés de la réalité des richesses réellement produites. 98% des transactions boursières ne reposent sur rien. Elles ne sont que des lignes d’écriture comptable dans des ordinateurs.

D’ailleurs, ne nous a t-on pas expliqué en 2008 lors de la faillite de Lehman Brothers, symbole du début de la crise (symbole, car cette crise n’est que le énième soubresaut, peut-être le dernier, d’un modèle économique qui vient d’entrer au service des soins palliatifs), que ladite crise était financière, que l’économie réelle n’était pas touchée, et qu’elle ne le serait pas. C’était l’occasion  pour nous de découvrir qu’il y avait une économie virtuelle, c’est-à-dire une économie de science fiction qui ne correspond à aucune richesse tangible. Après la tertiarisation de l’économie nous sommes entrés dans l’ère de sa virtualisation. C’est dommage parce que jusqu’à preuve du contraire les Hommes se nourrissent de patates bien réelles !

Ne sommes-nous pas en train de fabriquer un monde métallique, technologique, déconnecté de la réalité de ce qu’est la vie terrestre qu’elle soit animale, végétale et bien entendu humaine ? Le progrès devait nous libérer, et il l’a fait. Du moins pour une partie des Hommes, puisqu’à l’heure où je vous écris depuis une machine électronique et électrique alimentée par une centrale nucléaire, des êtres humains n’ont pas accès ou difficilement au minimum vital que sont l’eau, la nourriture, les soins de santé ou un logement décent. Mais le progrès, comme toute substance est bénéfique,  se transforme en poison une fois un certain seuil dépassé. Et nous sommes en train d’asservir nos vies au progrès. Un progrès qui engendre de la complexité. Une complexité qui engendre une perte de lien avec le réel et l’intelligible. Alors à quand un monde de science fiction piloté par des androïdes où les êtres humains seront superfétatoires ?

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La révolution n’est pas pour demain

La crise actuelle ne désespère pas les français, parce qu’elle les réduit en esclavage, fait d’eux des êtres sans science ni conscience, totalement dépendants d’un système économique qui leur enlève toute forme d’autonomie, tout libre arbitre et les ruine aussi bien sur le plan matériel que spirituel.

D’ailleurs, merci à la télévision qui nous sert du « comment améliorer votre misère » présentée par Miss petits seins et lèvres siliconées (ou l’inverse, ça dépend) sur M6 ou je ne sais quelle autre chaine de la TNT (Ah la TNT ! Dernière invention de génie pour lobotomiser les populations !). Vous avez donc au choix toute une panoplie de programmes pour colorer un quotidien morose. Ceux qui font de vous une star le temps d’une émission comme dans « Hier je chantais dans le métro, aujourd’hui je passe sur TF1 » ou  « Ce soir on cuisine à la maison et on invite les voisins ». Vous avez aussi la télé-caniveau grâce à laquelle vous réalisez combien votre vie est douce en comparaison de celle des pauvres gens dont on vous parle dans : « J’ai violé ma belle-fille mais je ne ne recommencerai pas », « Mon mari est éjaculateur précoce : parcours d’un couple au bord de la déroute ». Et bien entendu vous avez désormais la télé-charité parce qu’on est tous solidaires, n’est-ce-pas ? On vit recroquevillé dans nos bunkers. On ne se parle plus. C’est à peine si on ose se regarder quand on se croise dans la rue. On voit dans chaque autre un agresseur potentiel. On méprise le chômeur. On envie le cadre. On jalouse le compte en banque du voisin autant qu’on déteste sa suffisance. Mais en revanche quand la télé sollicite des bras pour finir le chantier d’une maison abandonnée par un promoteur peu scrupuleux, alors là on répond « présent ».

Merci aussi à la presse écrite et autres magazines (souvent féminins, mais pas seulement) qui nous vendent des sujets aussi primordiaux que « pour ou contre les mocassins »,  « comment avoir bonne mine », « les 10 leçons anti-stress », « sexo : au lit quelle amoureuse êtes-vous ? » ou encore « La mode et les stars, tous leurs petits secrets ».

Non ! La crise désespère les français parce qu’ils veulent continuer à profiter de ce modèle que leur a offert la société de consommation depuis plusieurs décennies. Ils veulent pouvoir aller en vacances à pétaouchnock les bains parce qu’à la télé on leur a dit que c’était bien. Ils veulent pouvoir acheter le dernier écran plat pour regarder leurs émissions préférées. Ils veulent pouvoir se payer une nouvelle voiture parce que celle qu’ils traînent depuis 5 ans elle fait vraiment looser. Ils veulent les dernières fringues à la mode de la marque bidule-chose parce que ça fait celui qui en a (de l’argent) auprès des amis et des connaissances. Ils veulent le dernier modèle de téléphone portable parce que c’est mieux un téléphone qui prend des photos, des vidéos, qui fait agenda, télé et lecteur mp3. Un téléphone pour téléphoner ? Et pourquoi pas un four pour cuisiner ?!

Non ! La crise les désespère parce qu’ils veulent CON-SO-MMER,  encore et toujours consommer, et parce qu’ils sont frustrés à l’idée qu’ils ne pourront pas atteindre le niveau de vie de la classe supérieure. Cette classe qu’ils maudissent autant qu’ils l’envient !

Quand la pauvreté empêchait les classes populaires d’avoir une alimentation saine et suffisante, un logement décent, des soins de santé efficients, la classe moyenne ne s’en émouvait guère si ce n’est une ou deux fois l’an à l’appel des restos du cœur. Maintenant qu’une partie de la classe moyenne bascule de l’autre côté et s’en va rejoindre les rangs de la précarité, celle qui mène un peu plus loin à la misère, cette classe moyenne s’agace un peu, mais un peu seulement. Car elle a encore à manger dans l’assiette. Elle a du pain et des jeux. Elle a son fast-food, sa wii et sa télé. Ce n’est que le jour où elle aura faim, où elle devra choisir entre changer la télé ou bouffer, qu’elle se révoltera. Mais pour l’heure elle n’en est qu’à réduire sa qualité de vie, c’est-à-dire raccourcir ses vacances, ne plus offrir à Noël que pour 300 euros de cadeaux au lieu de 400, ne plus manger du rôti de boeuf que deux fois par mois !

Car malheureusement ainsi sont les Hommes. Ils ne se révoltent pas (ou plus en admettant qu’ils l’aient jamais fait) par conviction, par soif de justice. Ils se révoltent quand ils ont faim.

 

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Hier encore demain est mort

Je me suis endormie

Sous le pont des empires

A l’ombre des fantômes

En chemises brunes

En sourire noir.

Je me suis endormie

A l’ombre de l’Histoire

Sous nos rêves salis

Dans le fossé d’hier

Là où trainent nos espoirs.

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L’autre Hélène

A l’approche de Syntagma, ils avancent

La colère en bandoulière.

Les autres sont déjà là,

La misère au fond des poches.

Le parlement, tombeau de la démocratie

Se dresse là,

Devant les regards

Que la rage enflamme.

 

Tous place de la Constitution !

Mais quelle Constitution ?

Celle d’un peuple qu’on noie,

Qu’on jette par-dessus bord,

Pour nourrir des requins

Attirés par l’odeur de la mort ?

Celle d’un pouvoir pirate

Inconscient et vendu

Qui navigue à vue ?

Place de la Constitution

Le peuple est debout,

Pendant que derrière les murs du Parlement,

On prononce la mise à mort de l’autre Hélène.

 

Ils sont là sur Syntagma,

Le désespoir suant sur le pavé.

Le ventre ouvert et la faim sourde,

Le cœur chaud, saignant

Sous l’écorce gelée,

Ils restent là Place de la Constitution,

La fierté accablée au front,

Les poings fermés,

L’avenir éteint,

Le souvenir planté dans les étoiles.

 

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La lettre

J’ai faim.
Je n’ai pris qu’un grand bol de café
Trop clair et trop sucré ce matin.
Hier soir j’ai mangé mon dernier morceau de pain.
Je me suis levé dans la nuit
Car le froid a réveillé ma faim.
Et j’avais encore faim ce matin.
Et j’ai faim maintenant avec mon grand bol de café
Trop clair et trop sucré.
J’ai faim,
Mais dans le placard, il n’y a plus rien.

Je suis chômeur, monsieur le président.
Souffrez que je vous dispense de la majuscule,
Il me semble que vous ne la méritez plus,
Depuis longtemps déjà.
Je suis chômeur, monsieur le président.
Mais j’étais employé de bureau avant.
Oh ! Je n’étais pas bien riche,
Je n’allais jamais bien loin en vacances,
Chez ma sœur en été dans ses Landes si belles,
Chez mes cousins en hiver dans leur basque pays.
Je n’ai pas visité l’Amérique ou la Polynésie.
Toujours je suis resté dans ce pays,
Celui là qui vous a accueilli
Vous et vos aïeux il y a bien longtemps.

Je suis chômeur, monsieur le président,
Je suis chômeur,
Et je viens d’ailleurs
Comme vous, comme les vôtres,
Qui sont venus ici il y a longtemps.
Mon grand-père
A fait la grande guerre
Avec ses frères de France.
Je suis né ici même si ma peau n’est pas blanche.

Je suis chômeur, monsieur le président,
Et j’ai faim et froid maintenant.
J’ai lu vos déclarations ce matin,
En buvant mon grand bol de café trop sucré.
J’aurai aimé avoir encore du pain.
J’ai lu que j’étais un étranger, un assisté.
Dois-je mourir maintenant,
Monsieur le président ?

Je suis chômeur, monsieur le président.
Je suis chômeur et humilié
Tous les jours de ma vie,
De ce qu’il me reste de vie.
Je suis écrasé.
Je baisse la tête quand je vais chercher
Mon panier à l’épicerie sociale de mon quartier.
Je souris, je réponds toujours oui
Aux conseillers qui tiennent dans leurs mains,
Par leurs décisions,
Ce qu’il me reste de vie.
Je suis chômeur et français,
Monsieur le président,
Ne vous déplaise à vous et vos sales idées.

Je suis chômeur, monsieur le président,
Et voilà 2 ans que je n’ai pas travaillé maintenant.
Je suis trop vieux parfois avec mes 46 ans,
Je suis trop coloré pour d’autres recrutements,
Je suis trop qualifié ou pas assez.
Je suis géographiquement trop éloigné,

Je suis chômeur, monsieur le président,
Et tous les jours je suis humilié.

Mais avant que d’être ce chômeur
Que vous portez en horreur,
Je suis un homme,
Qui s’en va boire un grand bol de café
Trop clair et trop sucré
Pour oublier que ce matin encore
Il n’a pas de pain.

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Il faut bien mourir

Ils m’ont dit que tout était perdu,
Que la misère guettait partout, par toutes les rues,
Qu’elle attendait derrière chaque porte fermée,
Que nos conditions de vie allaient encore se dégrader
Jusqu’à l’assaut final,
Celui qui enlève tout moyen de subsister à celui qui se dresse
Contre l’ordre établi,
A celui qui conteste le saccage de sa vie,
A celui qui prie pour que son tour passe.

Un temps je me suis crue à l’abri,
A l’abri de ce qu’ils ont appelé précarité, pauvreté.
Je me suis trompée.
Personne n’est plus à l’abri.
Pas même toi, mon frère, mon  ami.
Toi qui ne me regardes plus parce que tu as peur.
Et comme je la comprends ta frayeur.
Tu me fuis car du fond des tripes et du cœur
Tu le sais,
Que demain dans ce caniveau, ce sera toi, tête baissée.

La misère est là,
Elle est  là qui guette,
Par les rues, les villes et les campagnes,
Derrière les portes, les fenêtres, les façades qui font bonne figure.
La misère est là,
Elle est là qui guette,
Et demain dans ses bras nous serons tous ses enfants.

Personne n’échappera plus jamais au monstre que nous avons nourri.
C’est juste une affaire de temps.
Ils ont fait tomber Athènes.
Ils ont mis à genoux le berceau de la civilisation européenne.
Demain notre tour viendra.
Inexorablement, inévitablement, demain sera un soir sombre.
Demain on ne comptera plus les femmes, les hommes et les enfants,
Que la misère aura réduit à l’état de bêtes sauvages,
Cherchant un morceau de pain, un bol de soupe.
Tous,  l’espoir éteint
Nous regarderons derrière ce que nous avons raté,
D’avenir il n’y aura plus, restera juste à crever,
Comme un chien, comme un rien, comme une bête blessée,
Qui se cache dans ses lambeaux, dans ses guenilles fermentées,
Pour tirer sa dernière révérence à un monde éventré.

 

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Plus jamais le temps

Dépêche-toi ! Tu vas être en retard à l’école !

Dès le plus jeune âge la vie devient une course contre la montre. Toujours soumis à la loi du temps, il faut aller vite, faire un maximum de gestes en un minimum de temps. Inévitablement la pensée elle aussi se trouve entraînée et écrasée par ce rouleau compresseur. Il faut penser vite et bien. Il faut penser utile et pertinent. Dès le début de sa scolarité l’enfant doit montrer ses aptitudes intellectuelles. Il devra aussi montrer ses capacités physiques, car dans cette société de l’homme parfait sans maux ni faiblesses, on se doit d’être solide, fort, robuste.  Il faut être un enfant qui marche de bonne heure, qui  parle de bonne heure, qui apprend vite, voire plus vite que les autres. Car si l’enfant peut être précoce alors quelle gloire !  Ca fait bien dans une famille un enfant précoce. Ca se montre, ça s’exhibe, ça flatte papa et maman, ça donne l’illusion que « chez nous c’est mieux que chez les autres ».

Et puis le temps passe. L’enfance file vite, trop vite. L’enfant devient adolescent, mais il poursuit inlassablement le maître du temps. Il le poursuit d’autant plus clairement, que le temps s’est fiancé officiellement avec dame compétition. Quand il était encore petit enfant, il devinait bien sa présence, mais elle restait encore en retrait. Maintenant il la sent. Elle est là, prégnante, inévitable. Et ce n’est que le début de sa funeste course après le temps, ce temps qui le mènera, quoiqu’il advienne, à cette mort certaine vers laquelle chacun se précipite, plus vite, à force de marathons effrénés.

La technologie libérera du temps pour l’homme.

La machine en accomplissant certaines tâches jusqu’alors faites de main d’Homme devait nous émanciper. Davantage de travail effectué grâce à l’aide de la technologie devait permettre des gains de productivité, qui pourraient alors se traduire en temps libéré pour l’Homme. Sans doute dans un monde idéal où la cupidité serait absente ceci eût été possible. Mais pas dans nos sociétés. Le temps est alors devenu, plus que jamais, de l’argent. Il s’agit désormais de faire toujours plus en toujours moins de temps. Il faut être performant, rentable, productif. Un ouvrier c’est 120 pièces/minute ! Une caissière de supermarché c’est 20 clients/heure ! Un télé-conseiller c’est 25 clients/jour !  Un administratif c’est 50 dossiers/mois !

L’Homme moderne, rejeté dans le décor froid et hostile de son poste de travail,  n’est plus qu’une machine travaillant sur la machine. Parfois, on lui interdit même de personnaliser son bureau, son atelier, son boxe. Rien ne doit pouvoir venir déconcentrer sa tâche. Courant alors après le temps, cherchant sans cesse à se mettre au diapason d’une machine qui accélère perpétuellement la cadence, par tous les messages qu’elle envoie, l’Homme entre dans une danse macabre. Il y perd le sommeil, la sérénité, la joie de vivre même. Il est obsédé par cette idée qu’il n’a pas le temps, qu’il doit se presser de finir sa tâche pour en démarrer une autre, se presser de déjeuner parce que son travail est là qui l’attend, se dépêcher à sortir du bureau pour ne pas rater le bus, le métro, le train qui le transporte jusqu’à sa maison, parce le travail se concentre désormais dans ces no man’s land aux abords des grandes agglomérations, là où on ne vit pas, là où seules les machines sans âmes vivent entre elles. Et cet Homme, et c’est bien là son drame, a encore une âme. Une âme qui se débat, qui hurle en silence, qui se cogne contre les parois d’un cerveau anesthésié par la souffrance mentale qu’infligent  cette nouvelle organisation du travail, ces nouvelles méthodes de management.

Plus jamais le temps.

L’Homme se retrouve broyé dans ce tourbillon qui l’entraîne toujours plus vite, et il n’a plus jamais le temps. Plus le temps de regarder grandir ses enfants. Plus le temps de voir que la femme (l’homme) qui vit à ses côtés est toujours belle (beau) même enveloppé(e) dans sa vie de marathonien(ne). Plus le temps de lire. Plus le temps de s’instruire. Plus jamais le temps de s’arrêter pour observer la vie.  Plus le temps d’aimer les mille et une beautés que l’univers qui l’entoure offre à tous ses sens ; un chant d’oiseau, une nuit noire d’encre sans nuage, le parfum de la terre mouillée après la pluie, la douceur d’une fraise des bois, la chaleur d’un animal qui vient se blottir. Plus jamais l’homme n’a le temps d’être en osmose avec son environnement. Plus jamais l’Homme n’a le temps d’être un Homme.

Et il court, il court toujours plus vite, vers l’inéluctable, vers la fin, vers sa mort. Il court, il court après le temps sans jamais rattraper celui qu’il a perdu à force de courses aussi vaines qu’effrénées. Il alimente ce circuit fermé qui le mène à sa chute. Et il meurt, l’Homme, cet animal si intelligent capable d’asservir, pense t-il, toutes les autres espèces vivantes de la nature, quand c’est lui-même qu’il asservi au métal froid de la machine, à l’acier glacé des hommes qui ne sont déjà plus des humains. Oui, il meurt, l’Homme, sans jamais avoir vécu.

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Je ne donnerai pas un enfant au monde

Je ne donnerai pas un enfant au monde. Ce n’est pas que je ne t’aime pas mon cher amour. Ce n’est pas que je ne veuille pas voir dans cet autre que nous un morceau de toi. Ce n’est pas que je fuie je ne sais quelle responsabilité. Ce n’est pas que je sois l’égoïste que disent certains. Non, ce n’est rien de tout cela, mon amour. Mais qu’irais-je donc donner un enfant à ce monde ? Lui donner un esclave de plus ? Une âme à avilir ? Une vie à asservir ? Un futur de plus à détruire ? Un animal juste bon à consommer du berceau au cercueil ? Une bête traquée à chaque heure, de la maternelle à l’hospice ?

Non, je ne donnerai pas un enfant au monde. Je lui garderai sa dignité à cet enfant qui ne viendra pas. Je le préserverai de la folie des Hommes, de la misère qu’ils versent sur les routes à chaque seconde. Je le bercerai du chant fier de la liberté. Je lui raconterai l’histoire de ses ancêtres, résistants à toute heure, combattant l’oppression sans répit, là-bas à l’autre bout de ce monde et ici. Je lui inventerai cette société pacifiée et juste dont on nous prive. Je le ferai libre et vivant.

Non, je ne donnerai pas un enfant au monde. Je n’ouvrirai pas ma chair, je ne verserai pas mon sang pour que cette bête immonde s’empiffre et tire profit de ma matrice féconde !

 

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A table !


—    Les enfants ! Le dîner est servi.

—    Maman, maman ! Qu’est ce qu’on mange ?

—    Alors au programme ce soir E621, E214, acide sorbique, E432, E541 et dioxyde de soufre.

—    Oh ! Encore ?! Mais on mange toujours la même chose ! se désole le petit garçon.

Et son frère de renchérir :

—    Il y a des pêches pour le dessert ?

—    Tu sais bien que le pêcher a péri depuis le passage des dernières pluies acides, lui répond sa mère.

 

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