Le cri du prolétaire qu’on assassine

Je l’ai pris son boulot de merde !
Le type m’a dit :
C’est ça ou alors plus d’alloc’.
Je l’ai pris oui son CDD à dix sous
Ses 20 heures par semaine
Sans compter les trajets
Les heures d’attente
Et puis celles à pleurer.

Je l’ai pris oui
Parce que le loyer à payer,
Le frigo à remplir
Et la gosse à finir d’élever.

Je suis comme les autres
Tous pareils !
Logée à la même enseigne
Faits comme des rats !
« T’as pas le choix ma fille »
Que je me dis le soir en me couchant.
Et les heures tournent
Et chaque minute de la journée défile.
Quand vient le sommeil enfin
Il est presque temps que je me lève
Et alors tout recommence.

Mais crois moi
Je leur en donne pour leur pognon
A ces cochons !
Ma misère
Elle finira par leur coûter chère.
Un jour de plus, un jour de trop,
C’est certain, je m’en fais la promesse
Je le saboterai leur boulot.
Je sais pas encore quand
Mais je sais déjà comment.

En attendant je m’autorise à rêver
De la révolution,
Et croyez bien que ce jour là
Ce ne sont pas quelques chemises qui voleront,
Ni quelques Porsche qui crameront.

La misère ça attend,
Silencieuse, tête baissée
Rentrée dans les épaules,
Ca se porte comme un fardeau
Ca vous fait le dos rond
Et l’âme docile.
Mais le jour où ça se réveille,
Le jour où ça se gorge de colère,
Où ça sent que foutu pour foutu
Y’a plus rien à perdre,
Alors ce jour là
La misère
Ca vous accroche par le bras
Ca vous traîne dans les ruelles,
Sur les avenues et les boulevards,
La rage en bandoulière
Et ça dévaste tout sur son passage.

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Les gens de peu

 

Ce sont des gens qu’on dit de peu,

Des gens de bien

Ils me sont si précieux,

Je vis là au milieu d’eux,

Douillettement installée dans un coin de solitude.

Je goûte leurs sourires, je me nourris de leurs « bonjour ».

Leur simplicité est affectueuse, sans malice,

Leur bienveillance est sans détour

Et leur générosité n’attend rien en retour

Qu’un regard complice pour toute gratitude.

 

Ce sont des gens qu’on dit de peu,

Des gens heureux

Ils me sont si précieux,

Je vis là au milieu d’eux,

Et dans leurs yeux je me sens moi je me sens bien.

Parfois ils ne disent rien,

On se regarde, on se croise,

On se fait juste un signe de la main,

Un geste de peu, un geste de rien.

On tisse, on cajole, on entretient

Nos amitiés, nos respects et nos liens.

 

Ce sont des gens qu’on dit de peu,

Des gens radieux

Ils me sont si précieux,

Je vis là au milieu d’eux.

Ils sont ma fortune, l’or du monde dans un regard.

Dans la tempête ils sont le phare

Qui me garde en vie, qui illumine ma nuit.

Ils sont ma chair, ils sont mon sang.

On les dit braves gens avec un air condescendant,

Leurs mains sont pleines de mille talents,

Leur âme plus belle qu’un diamant.

 

Ce sont des gens qu’on dit de peu,

Des gens de bien

Ils me sont si précieux,

Je vis là au milieu d’eux.

Ce sont des paysans, des ouvriers,

Ils ont 20 ans, ils sont retraités,

Ils travaillent la terre, ils battent le fer.

Ce sont des meuniers qui sont jardiniers.

Ils ont les mains calleuses

Et la figure brune des soleils de juillet,

Ils ont le cœur grand et la parole rieuse.

Ils sont ma ligne d’horizon

Ils sont mon refuge, ma maison.

 

Ce sont des gens qu’on dit de peu

Des gens de bien,

Des gens précieux.

Et auprès d’eux je réapprends,

J’ouvre mes mains, j’ouvre mes yeux ;

Je redécouvre la joie de vivre… encore un peu.

 

 

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