Aphorismes et autres sentences (11)

Le réel est une sorte de regret permanent.

***

Parfois je voudrais mourir.
Pas par dégoût de la vie.
Non !
Juste pour arrêter de penser.

***

Les livres m’ont sauvée, au moins provisoirement.

 

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Mourir n’est rien quand vivre fut tout

Le ronron du quotidien m’exaspère, me rend folle. Folle de rage. J’ai envie de hurler, de pleurer, de courir, de m’enfuir, de sauter dans le vide, d’exploser en plein vol ou de m’enfoncer dans le gouffre de la Terre. J’ai envie d’entendre mon coeur tambouriner, se serrer dans un spasme violent, sentir tout mon corps vivre, vivre vraiment, pas à demi, pas mollement, pas doucettement. Je veux bien même avoir mal s’il le faut. La douleur qui cisaille l’âme plutôt que la tiédeur pâle et insipide qui fait la vie sans relief. Je veux bien plonger tout au fond, me laisser couler jusqu’à m’y perdre et dans les tréfonds de la mélancolie trouver la délivrance. Je veux bien mourir dans un an, dans un mois, une semaine ou un jour mais pas sans avoir vécu, pas sans avoir senti et ressenti dans la chair et par tous les pores de la peau le déchaînement des sens, la frénésie de la vie qui déferle dans les veines tel un courant de boue qui emporte tout sur son passage, déracine les arbres, envole les toits des maisons et couche chaque barrière, chaque pylône, chaque obstacle se dressant sur sa route. Je veux mourir d’avoir trop vécu, mourir d’avoir trop aimé, trop admiré et trop éprouvé toutes les secondes comme si chacune était unique, mourir jeune et en bonne santé, mourir foudroyée par la beauté !… Mourir vivante.


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Paroles d’exilé

Mes chers parents,

Je vous écris du fond des abimes de l’amer, où mes rêves d’ailleurs meilleur, de vie libre et prospère, loin du feu de la guerre, ont été engloutis par un coup fatal du sort. J’étais jeune et en pleine santé. Je voulais, comme tant d’autres de par le monde, avoir l’avenir devant moi, prendre ma part du festin, attraper un morceau de bonheur et le garder entre mes mains. Je voulais moi aussi une femme et des enfants, du travail et une maison, une vie semblable à mille autres, comme celles que j’ai vues sur les écrans. Mais surtout, plus que tout, je voulais la paix et le silence que font les armes quand elles ont regagné leurs armoires. Je voulais ne plus avoir peur de mourir demain et dormir du sommeil lourd de l’homme fatigué mais serein. Je voulais vivre, simplement vivre enfin !

Pardonnez-moi mes chers parents ! Pardonnez-moi d’avoir échoué dans mon projet et de n’avoir plus rien à vous donner, qu’un fils mort, qu’un noyé. Jamais l’embarcation de fortune de ces chiens exploiteurs de misère, élevés et nourris par des irresponsables, marchands d’armes, trafiquants de guerres et de vengeurs enragés, n’est arrivée sur les côtes de cette Europe rêvée en déesse Liberté. Nous étions cent…quatre cents…sept cents…nous sommes des milliers sur ces cercueils de la Méditerranée, ne cherchant rien d’autre qu’à atteindre un rivage où le pouls de la vie bat plus fort que celui de la mort. Nous étions des centaines, bien décidés, bien vivants. Et nous voilà désormais sous les ombres noires de la mer, vies saccagées, oubliées dans l’indifférence généralisée.

Pardon mes chers parents ! Pardon de ne vous laisser que l’absence et les larmes…pour un fils parti trop tôt parce qu’il a voulu sauver sa peau.


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Le radeau de la méduse
Le radeau de la Méduse, Géricault (1819)

Le flacon et l’ivresse

Je lève mon verre

A toutes les illusions déçues

A nos amours déchues

Et même à nos histoires de cul !

 

Je bois à la santé

Des cœurs trop froids

Des sacrifices comme seul désarroi

Des bras qui s’offrent sur la croix.

 

Je lève mon verre

A tous les imbéciles heureux mais désespérés

Aux femmes délaissées

Aux hommes désolés.

 

Je bois à la santé

Des nuits pécheresses

Au flacon, à la tristesse

A celle qui reste après l’ivresse.

 

Je lève mon verre

A toutes les colères

Celles qui font l’âme légère

Les belles, les étrangères.

 

Je bois à la santé

Des fantômes qui oublient

Des visages qui n’ont pas vieilli

De cette vie en sursis.

 

Je lève mon verre

Aux flots de larmes

Aux espoirs qui suivent les drames

A l’incertitude, ton charme.

 

Je bois à la santé

Des erreurs qu’on reproduira

Des douleurs qu’on cajolera

Des chaleurs qu’on recherchera.

 

Je lève mon verre

A tout ce que la vie

A de plus sale et de plus beau aussi.

A toutes nos histoires

De chair et de guerre

A nos amours éphémères

A nos débauches ordinaires

A nos rencontres singulières

A toutes nos chimères,

 

Je bois et je lève mon verre !

 

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