Les blancs et les bleus

Pour une chemise froissée, déboutonnée, arrachée,
Pour une cravate tirée, une offense lancée
Au milieu d’une foule en colère et désespérée ;
Voilà qu’ils sont venus me chercher alors que six heures venaient de sonner.
Mes enfants pleuraient, ma femme les a consolés,
Et c’est entouré d’uniformes qu’hors de ma maison d’ouvrier,
En ce froid matin d’octobre, comme un criminel, ils m’ont extrait.

Mon crime ? Tous les journaux, toutes les télés
Du soir au matin vous l’ont rabâché.
Nous étions là impatients et inquiets
Face à ces hommes proprets en costume bien repassé ;
En leurs mains nos vies nos avenirs nos maisons les études de nos enfants
Etaient là balançant dans le vide, accrochés
Tels les morceaux d’une carcasse de poulet
Au fil mince du chantage, attendant la sentence finale.

Alors oui ! A l’annonce fatale
Au funeste dessein à 2900 d’entre nous réservé
Le licenciement, le chômage et puis après…?
La descente lente aux enfers de la précarité.
Alors oui ! A l’annonce fatale
Chez certains l’exaspération a débordé
Et c’est ainsi que les hommes bien nés
Au profil impeccable au cursus parfait
Leurs cravates leurs chemises ont vu valser.

Tous ! Des politiques aux chiens de garde médiatiques
Tous nous ont cloué au pilori,
A coup de rhétoriques embourgeoisées :
Intolérable, inacceptable, injustifiable
Furent leurs seuls mots d’ordre toute la journée
Attaquant, condamnant, renvoyant à l’exil
Le désarroi de ceux qui n’ont que la force de leur travail pour exister
Qualifiant notre violence de crime contre la société.

Mais il est vrai que…

La violence des puissants, elle, prend des gants de dentelle
Pour étrangler quelques surnuméraires,
Quelques intérimaires du ciel.
La violence des puissants, elle, est bien polie
Quand elle vous licencie,
Et même si elle arbore son plus beau visage de mépris,
C’est toujours le verbe clair, la langue châtiée
Avec un sourire soigné qu’elle vous prie de prendre la porte des remerciés.

© Tous droits réservés – Reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur.

Publicités

Aylan

Avertissement : j’ai longuement hésité à publier ce billet. A force d’entendre les uns et les autres accuser toute expression d’être une récupération, on n’ose plus, aussi inconnu et anonyme qu’on soit, dire simplement son émoi, son effroi, sa peine, sa douleur ou sa colère devant la réalité du monde.

On aurait pu penser qu’une telle photo fasse l’unanimité, accorde tous les violons. Tout de même ! Habituellement le cadavre d’un enfant, d’un tout petit enfant, ça marque les esprits, ça cogne en plein coeur, comme un réflexe, comme les yeux qui clignent sans qu’on ait besoin d’y penser. Mais en réalité…non ! Le sujet divise encore. Oh bien sûr beaucoup sont émus. Beaucoup voient leur enfant dans cet enfant. Et c’est l’électrochoc.

Mais tant d’autres sont effarants, effrayants de froideur…

Il y a les adeptes de la « manipulation médiatique ». Cet enfant n’est donc pas réel ? C’est un mannequin ? Une doublure qui prend la pause ? Dans cinq minutes il va se lever, courir chercher son ourson en peluche et crier en riant « je vous ai bien eu ! » ?
Il y a les habitués du café du commerce qui comparent le sort des enfants pauvres des familles pauvres de France avec cet enfant échoué, mort. Parce que, faut-il le répéter encore et encore, et inlassablement, cet enfant est MORT, noyé. Cet enfant n’est pas un petit déshérité privé de vacances, qui mange plus souvent des pâtes et du riz qu’une pièce de boeuf en sauce et vit dans une maison mal chauffée. Ses parents ne venaient pas en Europe pour chercher un avenir économique plus enviable, un eldorado pour faire fortune. Cet enfant est un enfant de la guerre.
Il y a les âmes sèches qui trouvent que « c’est vrai c’est moche, mais c’est pas avec ça qu’on va nous apitoyer » . Ah ? le cadavre presque encore chaud d’un enfant de 3 ans, recraché par la mer, ça ne suffit pas à briser votre armure ? Votre humanité a du prendre un sale coup pour en arriver à ce degré d’insensibilité. Même Copé, l’auteur de l’affaire du pain au chocolat, s’est fendu d’un billet en faveur des réfugiés.
Il y a ceux qui font déjà une overdose parce que depuis 24 heures « on les matraque » avec ce cliché évidemment pris pour faire le buzz. Preuve en est, tous les journaux (sauf français) ont repris cette photo en Une de leur édition de ce jeudi. C’est vrai qu’on n’aime pas beaucoup qu’on nous mette la réalité sous le nez, et puis à l’heure des repas, c’est d’un mauvais goût évident ! Quant à celle qui a photographié Aylan, il ne fait aucun doute qu’elle avait des dollars plein les yeux en prenant cette image, que ceux qui l’ont publiées se frottaient déjà les mains en pensant à leurs ventes. C’est bien connu les journalistes ne sont jamais des Hommes comme les autres, et tout glisse sur eux comme l’eau sur les plumes d’un canard !
Et puis il y a ceux qui hurlent à l’hypocrisie et à la dictature de l’émotion car tous les jours des enfants meurent, dans le monde, de faim, de malnutrition, des conflits armés, des violences terroristes. Et donc ? Sous prétexte qu’on ne peut les sauver tous, que depuis des mois des réfugiés affluent sur les côtes de la Méditerranée, par la Grèce, l’Italie, dans l’indifférence générale, il faudrait n’en sauver aucun ?

Cette photo, c’est la goutte d’eau qui fait déborder l’océan !

Aylan était syrien. Il avait 3 ans et n’en aura jamais 4. Ghalib, 5 ans, son frère, est mort à ses côtés, ainsi que leur mère à tous deux.

Le Monde, mass media, abrutissement et décadence

Je me suis lancée, sans réel a priori, dans la lecture de cet article du journal Le Monde en date du 27 juin 2012 et intitulé « Le pouvoir d’achat va baisser fortement en 2012 » (http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/06/27/le-pouvoir-d-achat-va-baisser-fortement-en-2012_1725109_823448.html)

Les premières lignes se faisant le relais d’informations factuelles (point de croissance en 2012 puisque justement l’année en cours n’a pas accroché le point de croissance, celle-ci restant à + 0,1% au premier trimestre, + 0,2 % au second) et pronostics peu enthousiasmant pour les mois à venir qui verraient (mais qui en doutait encore ?) se poursuivre l’augmentation du chômage et la baisse du pouvoir d’achat. Tout en trouvant utile de nous rappeler le pourquoi du comment pour ceux qui reviendraient d’un long voyage sur Vénus ou Uranus : « La France souffrira de la contraction de la demande intérieure de ses partenaires de la zone euro, ce qui handicape les exportations, et son propre effort de consolidation des finances publiques ». En clair et sans ambages : nos partenaires européens sont dans la merde, notre tour arrive ! Avertissement pour ceux qui pensaient encore pouvoir échapper à l’effondrement du château de cartes, conséquence logique de notre modèle économique intégré qui crée une interdépendance suicidaire entre les pays, et sans la moindre précaution régulatrice, car telle est la religion ultra-libérale.

 Puis vient l’heure politique…

 « On s’achemine même vers la plus forte baisse (du pouvoir d’achat) depuis vingt-huit ans (…) Si cette prévision se vérifie, ce sera du jamais-vu depuis 1984, première année après le tournant de la rigueur pris par le gouvernement socialiste de Pierre Mauroy. »

Traduction : salauds de socialistes qui vont nous refaire le coup de la rigueur de 84 ! On vous l’avez pourtant bien dit.

Oui, enfin en même temps nous n’étions pas dupes non plus. Nous savions pertinemment que nous ne votions pas POUR Hollande le 6 mai dernier, mais CONTRE Sarkozy. Nous savons également que si le PS était un parti politique contestataire du modèle économique dominant, 1. Ça se saurait, et 2. Il n’aurait jamais vu son candidat présent au second tour de l’élection présidentielle. Enfin, si l’UMP et le PS étaient des antithèses l’un de l’autre, ça aussi ça se saurait. Ce qui se sait désormais, et en cela on peut remercier l’alternance hygiénique qui a cours depuis quelques décennies, c’est que ces deux formations politiques sont les deux faces d’une même pièce de monnaie qu’on pourrait symboliser par l’Euro en ces heures où le fiasco de la monnaie unique fait de moins en moins débat.

Mais aussi l’heure des révélations…

« A Bercy, on ne se précipite pas pour  commenter  officiellement ce nouvel indicateur à la baisse, et on prend son temps pour construire  un argumentaire d’ensemble. Toutefois, sous couvert d’anonymat, les responsables s’expriment. « La conjoncture est catastrophique. Tous les indicateurs sont dans le rouge : croissance, emploi, pouvoir d’achat, déficits, sans compter  les plans sociaux, qui ont été retardés et que les entreprises vont pouvoir ressortir, estime un membre d’un cabinet. Le pays est dans une situation vraiment difficile, il y a un réglage économique très délicat. »

Ah bon ? La situation est si désespérée ? Alors ça pour une nouvelle c’est une sacrée nouvelle !

Et tout l’article est de la même facture.

Le Monde n’est donc plus là pour analyser, fournir un argumentaire construit, ciselé, pertinent qui titille les neurones et l’esprit critique ? Eh bien non ! Désolés braves gens, mais ce journal est là désormais pour nous donner à manger de l’information en barquette et sous cellophane à l’image de la merde avec laquelle les supermarchés prétendent nourrir les corps ! Et dire qu’ils s’y sont mis à deux pour écrire ce papier qui ne dit rien !

© Tous droits réservés – Reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur.