Vers et rimes de saison

Je ne suis pas calibrée.

Grosse ou petite,  courte ou allongée,

Je suis rouge, jaune ou orangée.

Parfois vert est l’habit qui me sied,

Il est noir quand je suis de Crimée.

Il paraît même qu’en Picardie c’est blanche qu’un jour on m’a trouvée.

 

Je ne suis pas standardisée.

Mes formes paraissent étranges à vos yeux étonnés

Qui ne connaissent plus jamais

Que mes sœurs rondes ou en grappes,

Au rouge trop vif pour être honnête,

A la peau trop lisse, certes coquette

Mais sans la saveur chaude de l’été

Seule saison pour me voir paraître.

 

Je suis la blanche de Picardie

La Green zebra ou la noire de Crimée

Je suis le téton de Vénus

Je suis celle que jamais vous ne verrez

Sur les étals de vos supermarchés.

Alors si vraiment vous voulez me goûter

Je vous confie là mon secret.

Et doucement la tomate se met à chuchoter :

Ce ne sont plus que des amoureux jardiniers,

Maraîchers convaincus, défenseurs du palais

Qui me cultivent encore pour vos plaisirs gourmets.

Alors dites-le, dites-le bien fort

A tous ceux qu’ici bas vous croisez.

 

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Il a neigé sur le jardin

Ce matin il a neigé des pétales

Sur le jardin.

Du grand cerisier la poudre blanche

S’est envolée.

Ce matin il a pleuré des corolles

L’amère liqueur

Du chagrin.

Et du grand cerisier aux paupières fermées

La pluie est tombée.

 

Je vous laisse hier sous les lilas fanés

Je vous rends demain

A l’ombre des figuiers.

La rose noire à mes pieds

Ce matin

Est venue s’écraser.

 

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