Le songe d’une nuit

Ce soir, me promenant dans le jardin,

J’ai aperçu, près du bosquet aux amarantes,

Tout de vert vêtu, un lutin.

Éclairé par la lune, dans ses mains élégantes

Brillait le flacon gardien des temps.

« Si tu reviens me voir dans la brume matinale,

« Près du doux parfum des fleurs poivrées,

« Je te livrerai le secret de l’épreuve fatale,

« Et au funeste destin tu pourras échapper. »

 

Dans le ballet des ombres de mon alcôve velours,

Je caresse la divine promesse de cette nuit.

Et dans la cruelle froideur de l’attente du jour,

J’imagine l’insolente tentation de l’éternelle vie.

 

Au creux de la vague douce de mes draps de satin,

Une langueur me tire des bras de Morphée.

Et dans un excès de mollesse je crois voir le matin,

La flamme fauve de l’aurore, limpide clarté.

 

Mais la lune est encore là, haute dans un ciel blanc,

Elle dessine son large disque d’opale irisée.

Elle navigue, bateau solitaire, dans ce bel océan,

Elle savoure la plainte impatiente de mon âme tourmentée.

 

Je m’abandonne un peu aux ténèbres de la nuit,

Je laisse mon corps céder à cette étrange volupté.

Car l’aube sera bientôt là, me tirant de mon rêve de vie,

Alors il faut goûter encore, avec délice, mon doux secret.

 

Soudain j’entends l’alouette, messagère du jour.

Elle apporte avec elle les lumières de l’été.

Elle m’enlève aux murmures d’un sommeil trop court,

Elle m’arrache aux rivages où la nuit m’a égarée.

 

Les pieds nus j’avance, hésitante, dans la verte rosée.

Le soleil maquille de rouge le vaste horizon.

Mais aucun lutin pour me donner les clés de l’éternité.

Il n’était qu’un songe échappé de mon imagination.

 

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Passion au clair été

Amour, le temps passe.

Amour, le temps lasse.

T’en souviens-tu du jour nouveau

Qui se levait chaque matin

Sur tes yeux d’enfant capricieux

Qui découvre l’amour

Qui jure d’aimer toujours ?

 

Amour, le temps passe.

Amour, le temps lasse.

T’en souviens-tu des nuits d’ivresse

Où chaque caresse était nouvelle promesse

Où le baiser ouvrait la porte de l’éternité

Où la peau gardait le souvenir

De nos soupirs ?

 

Amour, le temps passe.

Amour, le temps lasse.

T’en souviens-tu des mots soufflés

Des mots tant voulus

Tantôt criés, tantôt susurrés,

Des mots comme des bateaux

Qui voyagent de ton cœur

A mes larmes

De tes mains

A mes seins.

Tes mots contre les miens

Mes mots baisant les tiens ?

 

Amour, le temps passe.

Amour, le temps lasse.

T’en souviens-tu de la brûlure

De la passion

Qui dévaste la terre qu’elle conquiert

Qui affame la bouche qui l’accouche

Qui emprisonne la liberté d’aimer

Jusqu’à l’étouffer ?

 

Amour, le temps passe.

Amour, le temps lasse.

T’en souviens-tu

Mon bel amour

De cet amour

Qu’on a perdu ?

 

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