Assez pour le dire

Penser à haute voix

A plume ouverte

A cœur qui sert d’encrier

C’est s’offrir nu, sans armure

Tout entier

Aux jugements, à la haine

Et aux quolibets.

 

Qu’importe !

Me voilà suffisamment saisie et animée

D’une saine colère,

(Accordez-moi le crédit de ma sincérité)

Assoiffée de justice,

(Voyez là ce que je crois être mon honnêteté)

Qu’il ne me semble plus l’heure

De craindre aucune peur.

 

Ou bien est-ce cette condition d’Homme

Retourné à l’état de nécessité

Après avoir atteint de la pyramide de Maslow le sommet ?

Cet Homme qui après avoir bu et mangé,

S’être abrité puis soigné,

Après avoir aimé et été aimé,

Après avoir vu dans vos yeux

La bienveillance et le respect,

S’en revient à ce que le sage

Nomme cette heureuse sobriété ?

 

De quoi ai-je besoin pour le bonheur

De mon cœur

De mon âme

De la Vie

Qui me sort par tous les pores ?

Que faut-il à mes jours, à mes nuits

Pour que le ciel sur mes rêves

Me fasse le plaisir épanoui

Le désir dompté ou l’envie assouvie ?

 

Qu’a-t-on fait de mon humanité

En la pressant de consommer ?

Suis-je donc moins Homme

Parce que mon placard n’abrite plus

Que deux paires de souliers ?

 

Qu’a-t-on fait de mon humanité

En m’inculquant chaque jour

Des bancs de la maternelle aux couloirs du lycée,

De mon open space à la machine à café,

Que la vie est un concours,

Une guerre sourde de tous contre tous

Pour le bonheur de tous.

Quelle étrange idée…

Le bonheur, pourtant, semble n’avoir jamais

De nous, été aussi éloigné.

 

Penser à haute voix

A plume ouverte

A cœur qui sert d’encrier

C’est avoir perdu assez

Pour n’avoir plus rien à gagner

Que ce qu’il nous reste d’humanité.

 

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Une vie mais cent chemins

Un jour, je me souviens

J’étais sur le même chemin.

Je suivais la route à vos côtés

J’avais chaussé les bottes de la normalité

Enfilé le même uniforme.

J’étais comme il convenait

Conforme, dans la norme

Je m’habillais à vos idées

J’avais cette vie bien rangée

Qu’il vous plaisait de constater.

 

Oh ! Il m’arrivait bien parfois

De m’égarer,

De ne pas marcher tout à fait droit.

La nature au fond de moi

Suait, cognait, se mettait à gueuler

Et par tous les pores de ma peau

Le venin sournoisement s’épanchait.

Ce qui sortait de mes mots

Sentait la charogne et le renfermé.

Je puais le mensonge, vous l’appeliez vérité !

 

A ce jeu là, j’ai failli perdre mon âme

Et j’ai perdu bien des années !

J’ai erré dans les couloirs putrides

De votre monde aseptisé,

Et doucement la flamme

Dans mon cœur s’éteignait.

J’avais chaud, j’avais froid

Mon corps tout entier

Se battait dans ce désert aride

Où pour moi plus rien ne poussait.

 

Un matin, je me souviens

Je me suis levée avec la nausée

Plus forte, plus grande que jamais

Et plus l’envie de rien

Juste celle de crever

De quitter enfin

Ce cirque désespéré.

Plus question d’aller dans vos pas

De suivre le chemin

Celui que vous pensez tout tracé.

Fini de se prosterner

De courber l’échine et de remercier

Pour quelques miettes abandonnées.

 

Alors j’ai pris ma vie par la main

Et ensemble nous sommes allées

Loin de vos routes trop droites

De vos pensées trop étroites.

Toutes les deux on s’est mis à rêver

A reconstruire, à inventer

Demain et puis après.

On a quitté le confort de l’immédiateté

Pour le bonheur de la durée.

Dans un fond de campagne

Entre vertes prairies et marais

On a posé nos valises fatiguées.

 

Le soir je me promène désormais

Dans le jardin qui fleure bon le seringat,

Le thym et l’herbe coupée.

Dans mon vieux pantalon rapiécé

Je passe sous les lilas

Et je vais jusqu’au poulailler

Je prends les œufs du jour

Je hume l’air frais et je savoure

Cette nouvelle liberté.

 

Je n’ai plus rien,

Plus rien à vos yeux de citadins

Intoxiqués par tous ces biens

Qui font de vous des prisonniers,

Marchands et receleurs

Accrochés à vos aigreurs.

Je n’ai plus rien,

Plus rien que mon humanité

Celle qui pousse au jardin

Avec mon ail et mes fraisiers

Celle qui se nourrit de la terre

Dans laquelle j’enfonce mes mains

Pour planter les tomates qui pousseront demain.

 

Je sais bien qu’elle vous déplait

Cette nouvelle vie sous les figuiers

A quelques pas des marronniers.

Je n’ai plus les ongles peints

Les ongles faits.

Mon pardessus est un peu râpé

Et quand je viens vous visiter

On n’a plus rien à se raconter.

Si vous saviez comme je me fous

Que les assiettes soient assorties

A la nappe ou au buffet en acajou !

Si vous saviez comme je n’envie rien

De cette vie bien propre

Que vous portez autour du cou !

Si vous saviez comme je suis bien

Dans ma vie de « sans le sou »

Quand la vôtre est endettée

…à perpétuité.

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La décroissance sera

La décroissance contrainte et forcée ! La Grèce est un petit laboratoire. On y teste le monde de demain. Ce monde qui va voir se niveler par le bas les niveaux de vie des populations.

On sait que sur une planète aux ressources finies, si 7 milliards d’êtres humains vivaient comme un européen ou un américain, il nous faudrait 4 à 6 planètes terre. Pour pallier cette réalité plusieurs solutions sont possibles : on élimine purement et simplement quelques milliards d’individus de la surface du globe (la guerre c’est bien pratique pour ça !) ou on abaisse le niveau de vie des populations riches occidentales  (oui, je sais, ça fait bizarre de lire ça. Et pourtant un smicard français avec son téléphone portable, sa télé, sa voiture et son ordinateur est riche en comparaison du paysan indien ou de l’ouvrier chinois) tout en préservant évidemment le niveau de vie de la caste supérieure qui ne représente que quelques centaines de milliers de personnes.

La décroissance vous y viendrez donc de gré ou de force. Le problème majeur de la décroissance contrainte c’est qu’elle s’accompagne d’une mise au pas des populations. On parle beaucoup de dictature économique. Rassurez-vous (ou inquiétez-vous plutôt !) cette dictature économique se couple toujours d’une dictature politique. Bien sûr la dictature a fait de grands progrès. On n’enferme plus (ou peu) les dissidents. D’ailleurs, les dissidents sont une poignée désormais puisqu’il suffit de prendre le contrôle des esprits pour annihiler toute fronde potentielle  (lire ou relire « 1984 » de George Orwell à ce sujet). Et aujourd’hui avec la boîte à conneries c’est d’une simplicité confondante ! Quant à ceux qui auraient encore quelques velléités contestataires, pour l’heure ils font la révolution depuis leur salon sur facebook et twitter !

Les dirigeants du monde peuvent donc continuer à le détruire (le monde) tranquillement. Il n’y a plus personne pour les inquiéter, si ce n’est quelques farfelus, hurluberlus, marginaux, post-soixante-huitards sur le retour et autres brebis galeuses qui ont décidé (outre d’élever des brebis) de prendre quelques chemins de traverse, et qui, de toute façon, sont mis au ban de la société pour leurs idées saugrenues. Parmi eux on trouve d’ailleurs les décroissants. La boucle est bouclée pensez-vous ? Pas tout à fait car la décroissance choisie et organisée (d’aucuns parlent aussi de sobriété heureuse… expression chère à Pierre Rabhi) ça a une autre saveur, une autre odeur, une autre couleur. Disons pour faire image que la décroissance forcée ça sent la merde, alors que la décroissance choisie ça sent la pomme et le lilas, le thym et la lavande, la framboise et la menthe…

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La révolution n’est pas pour demain

La crise actuelle ne désespère pas les français, parce qu’elle les réduit en esclavage, fait d’eux des êtres sans science ni conscience, totalement dépendants d’un système économique qui leur enlève toute forme d’autonomie, tout libre arbitre et les ruine aussi bien sur le plan matériel que spirituel.

D’ailleurs, merci à la télévision qui nous sert du « comment améliorer votre misère » présentée par Miss petits seins et lèvres siliconées (ou l’inverse, ça dépend) sur M6 ou je ne sais quelle autre chaine de la TNT (Ah la TNT ! Dernière invention de génie pour lobotomiser les populations !). Vous avez donc au choix toute une panoplie de programmes pour colorer un quotidien morose. Ceux qui font de vous une star le temps d’une émission comme dans « Hier je chantais dans le métro, aujourd’hui je passe sur TF1 » ou  « Ce soir on cuisine à la maison et on invite les voisins ». Vous avez aussi la télé-caniveau grâce à laquelle vous réalisez combien votre vie est douce en comparaison de celle des pauvres gens dont on vous parle dans : « J’ai violé ma belle-fille mais je ne ne recommencerai pas », « Mon mari est éjaculateur précoce : parcours d’un couple au bord de la déroute ». Et bien entendu vous avez désormais la télé-charité parce qu’on est tous solidaires, n’est-ce-pas ? On vit recroquevillé dans nos bunkers. On ne se parle plus. C’est à peine si on ose se regarder quand on se croise dans la rue. On voit dans chaque autre un agresseur potentiel. On méprise le chômeur. On envie le cadre. On jalouse le compte en banque du voisin autant qu’on déteste sa suffisance. Mais en revanche quand la télé sollicite des bras pour finir le chantier d’une maison abandonnée par un promoteur peu scrupuleux, alors là on répond « présent ».

Merci aussi à la presse écrite et autres magazines (souvent féminins, mais pas seulement) qui nous vendent des sujets aussi primordiaux que « pour ou contre les mocassins »,  « comment avoir bonne mine », « les 10 leçons anti-stress », « sexo : au lit quelle amoureuse êtes-vous ? » ou encore « La mode et les stars, tous leurs petits secrets ».

Non ! La crise désespère les français parce qu’ils veulent continuer à profiter de ce modèle que leur a offert la société de consommation depuis plusieurs décennies. Ils veulent pouvoir aller en vacances à pétaouchnock les bains parce qu’à la télé on leur a dit que c’était bien. Ils veulent pouvoir acheter le dernier écran plat pour regarder leurs émissions préférées. Ils veulent pouvoir se payer une nouvelle voiture parce que celle qu’ils traînent depuis 5 ans elle fait vraiment looser. Ils veulent les dernières fringues à la mode de la marque bidule-chose parce que ça fait celui qui en a (de l’argent) auprès des amis et des connaissances. Ils veulent le dernier modèle de téléphone portable parce que c’est mieux un téléphone qui prend des photos, des vidéos, qui fait agenda, télé et lecteur mp3. Un téléphone pour téléphoner ? Et pourquoi pas un four pour cuisiner ?!

Non ! La crise les désespère parce qu’ils veulent CON-SO-MMER,  encore et toujours consommer, et parce qu’ils sont frustrés à l’idée qu’ils ne pourront pas atteindre le niveau de vie de la classe supérieure. Cette classe qu’ils maudissent autant qu’ils l’envient !

Quand la pauvreté empêchait les classes populaires d’avoir une alimentation saine et suffisante, un logement décent, des soins de santé efficients, la classe moyenne ne s’en émouvait guère si ce n’est une ou deux fois l’an à l’appel des restos du cœur. Maintenant qu’une partie de la classe moyenne bascule de l’autre côté et s’en va rejoindre les rangs de la précarité, celle qui mène un peu plus loin à la misère, cette classe moyenne s’agace un peu, mais un peu seulement. Car elle a encore à manger dans l’assiette. Elle a du pain et des jeux. Elle a son fast-food, sa wii et sa télé. Ce n’est que le jour où elle aura faim, où elle devra choisir entre changer la télé ou bouffer, qu’elle se révoltera. Mais pour l’heure elle n’en est qu’à réduire sa qualité de vie, c’est-à-dire raccourcir ses vacances, ne plus offrir à Noël que pour 300 euros de cadeaux au lieu de 400, ne plus manger du rôti de boeuf que deux fois par mois !

Car malheureusement ainsi sont les Hommes. Ils ne se révoltent pas (ou plus en admettant qu’ils l’aient jamais fait) par conviction, par soif de justice. Ils se révoltent quand ils ont faim.

 

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Cette crise n’est pas la nôtre ?

Cette crise n’est pas la nôtre entend-on dire ça et là depuis plusieurs mois.  Indignés, occupants de Wall Street et autres révoltés ont désigné les coupables. C’est la bande des trois ! Banquiers, multinationales et politiques. Certes, ce trio nous fait danser la gigue sur un air de polka au gré de ses caprices. Et enfermés dans la salle de bal nous dansons sous l’œil amusé de nos maîtres. Mais il me semble, tout de même, que nous oublions un peu vite nos propres responsabilités. D’ici je vous vois déjà sursauter. Ne prenez pas cet air offusqué et offrez moi le bénéfice du doute, celui de mon honnêteté.

Le modèle économique qu’est le capitalisme nous a asservi (il nous a servi aussi) de toutes les manières possibles. Nous lui devons notre pain quotidien, nos abris, nos soins, nos haillons, nos distractions. Tout le jour nous travaillons pour des salaires qui nous permettent de moins en moins d’accéder à tous nos besoins. Mais quels sont donc ces besoins ? Un Homme, pour vivre, doit avoir un toit, de l’eau et de la nourriture. Il doit pouvoir se soigner et s’habiller. Une fois qu’il a répondu à ces besoins de première nécessité il cherchera à se cultiver, se divertir aussi, en somme il voudra s’épanouir.  Mais pour cela il a choisi une voie qui ne me semble pas être la bonne.

Aliéné par une société où la consommation règne à tous les frontons, où la liberté se nomme possession, l’Homme du XXIème siècle n’a que peu à envier à l’esclave de l’ère romaine, ou au serf de l’époque féodale, mais ce ne sont pas à ses pieds que se trouvent ses chaînes. L’Homme moderne a l’illusion de la liberté. Il la voit dans tous ces biens qui l’entourent ; dans sa voiture, son téléphone mobile, son iphone, son ipad, ses 12 costumes, ses 26 cravates, ses 15 robes, ses 20 paires de chaussures, ses 10 sacs à mains et ses mille et un gadgets qui sont là pour lui rendre la vie facile et pratique, parce qu’il lui faut sans cesse gagner du temps. Oui, l’Homme moderne passe tellement de temps à gagner sa vie, parfois fort misérablement, qu’il lui faut gagner du temps sur le temps pour gagner le temps de sa vie. Vous ne comprenez rien ? Voilà qui est rassurant !

La société toute entière est fondée sur l’appât du gain. L’argent est au cœur de toutes les transactions et même de toutes les relations. Mais cela n’est pas seulement vrai pour quelques privilégiés qui se partagent le monde et ses richesses. Chacun à son niveau, aussi petit soit-il, est à l’affut du profit. Pourquoi ? Parce que les Hommes ont perdu le goût de la vie ! Enchaînés à des emplois salariés dans lesquels ils ne trouvent bien souvent que peu d’intérêt, ils travaillent à alimenter un système qui fabrique les biens et services qui viennent répondre à la frustration née de leur aliénation. Ils sont pieds et poings liés. Pour consommer tous ces gadgets inutiles, il leur faut travailler, et plus ils travaillent à fabriquer du non-sens, plus ils sont frustrés, et plus il leur faut consommer pour calmer leur mal de vivre.  Voilà donc la spirale infernale qui rend l’Homme tout à la fois servile et malheureux.

Mais quel rapport avec la crise et notre éventuelle part de responsabilité vous dites-vous ? J’y viens.

La révolte gronde ou plutôt ronronne car pour l’heure elle ne semble pas fédérer les foules dans les rues de France. Mais pourquoi ce mécontentement ? Parce que le chômage, la précarité,  la misère gagnent du terrain. Parce que les salaires stagnent quand ils ne baissent pas alors que le coût de la vie lui augmente (énergie, loyers, produits de consommation courante). Parce que la frustration populaire grandit ! Marre de bosser comme un sourd pour bouffer des patates ou du riz quand d’autres font des indigestions de caviar ! Ras le bol de baver devant les dernières technologies à la mode et ne pas pouvoir se les offrir ! Plein le dos de voir ces vacanciers sur les pistes de ski à la télé et être coincé là dans le canapé devant cette foutue télé justement !

Le monde est en crise et nous sommes en crise parce que nous nous sustentons à notre propre frustration. Ce n’est pas un monde meilleur pour tous que nous voulons. Oh ! bien sûr on a un peu mal au cœur quand on voit tous ces petits enfants noirs qui crèvent de faim à la télévision. Encore elle ! Décidément ! On éprouve un brin de chagrin quand on entend qu’un pauvre bougre est mort de froid dans son carton. Quoique nous avons de la chance cette année, car pour le moment l’hiver est assez doux. Je suis cynique pensez-vous ? Si peu en vérité.  Cette crise qui nous met à genoux, après que notre civilisation occidentale et capitaliste ait elle-même mis à genoux le reste du monde, et je pense évidemment à tous ces pays du Sud dont nous pillons le sol et le sous-sol pour croître à l’infini… Croître indéfiniment dans un monde aux ressources finies… Quelle absurdité ! Alors oui ! Cette crise est aussi la nôtre. Nous sommes responsables nous aussi, responsables d’avoir fait les plus belles heures d’un modèle qui est à bout de souffle. Nous avons voulu consommer, et consommer encore, posséder toujours plus de biens, toujours plus à la mode, toujours plus technologiques. Nous nous sommes gavés jusqu’à l’overdose parce que nous avons mis l’essentiel dans le superficiel. Nous avons oublié le sens même de la vie. Et notre punition la voici ! Notre modèle de civilisation est en faillite, et nous nous réveillons avec la gueule de bois, frustrés encore et toujours de ne plus pouvoir accéder à tous ces biens que le marché, ce marché dont nous disons le plus grand mal, nous met sous le nez !

Nous n’avons certes pas tous les pouvoirs, loin s’en faut, et nos libertés d’action se restreignent à mesure que la bande des trois s’organise pour nous faire mordre la poussière. Mais il est un pouvoir qui est encore entre nos mains et dont nous sous-estimons la force, c’est notre pouvoir d’achat et plus encore notre pouvoir de non-achat.

L’économiste français Jean-Baptiste Say (1767-1832) a posé le principe suivant : « l’offre crée sa propre demande ». Et c’est bien tout notre drame aujourd’hui. Notre modèle de développement, qui ne développe en réalité que mal-être et frustration, crée nos besoins. Prenons l’exemple du téléphone portable. Hier nous vivions parfaitement sans cet objet. Nous avions un appareil téléphonique à domicile et cela nous allait très bien. Quand nous partions nous promener en forêt nous étions tout entier à la beauté de l’instant, sans qu’un téléphone se mette à sonner ou à vibrer en pleine balade dominicale. Et voilà qu’en quelques années nous sommes devenus totalement esclaves de cet objet. Nous ne sortons plus sans lui. Nous devenons joignables, disponibles à toute heure du jour ou de la nuit. Non seulement nous dépensons de l’argent (parfois des fortunes pour certains accros) que nous pourrions utiliser à bien d’autres choses, mais en plus nous abandonnons un morceau de notre liberté à la vulgarité d’un objet.

Nous avons le pouvoir de refuser la société de consommation. Nous avons le pouvoir de choisir la manière de dépenser ce que nous gagnons. Nous fustigeons le modèle économique capitaliste qui nous ruine et nous ne cessons de l’alimenter. Sommes-nous donc des fous ou des imbéciles ? Pour ma part j’opte pour les imbéciles, car les fous eux ont l’utopie de croire qu’ils peuvent changer le cours de leur vie.

Alors oui, je le répète une fois encore, au risque de vous déplaire. Oui cette crise est aussi la nôtre, celle d’enfants trop gâtés qui ont tout et qui malgré cela sont malheureux parce qu’ils ont perdu l’essentiel : le sens de la vie !

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Dialogue de sourds

 

–          Alors Seb, t’as trouvé du boulot ?

–          Ben tout dépend de c’que t’entends par « boulot ».

–          Comment ça c’que j’entends par boulot. Ben du taf quoi, un truc qui te ramène un salaire à la fin du mois pour payer le loyer, la bouffe, les factures, les loisirs. Un boulot quoi ! Y’a pas 15 000 définitions du mot « boulot ».

–          Alors là, tu vois Ludo, j’suis pas d’accord avec toi. Tu fais quoi toi déjà ?

–          Ben tu le sais bien,  je suis vendeur chez Butorama.

–          Et tu vends quoi déjà comme produits hyper utiles et indispensables ?

–          Télés,  lecteurs DVD,  caméscopes, lecteurs MP3… Mais enfin tu le sais bien que j’bosse au rayon «image et son ». Putain tu joues à quoi ? T’as décidé d’être chiant ce soir ?

–          Non, penses-tu ! Loin de moi cette idée. Bon, en fait, hier j’avais rendez-vous avec la directrice d’une maison de retraite. Je lui ai présenté mon spectacle de clown et ça lui a bien plu. Elle m’a proposé de revenir mardi prochain pour une animation avec les pensionnaires, et si tout se passe bien, il y aura sans doute d’autres interventions.

–          Mais c’est génial ça ! Bon, y faudrait qu’ tu trouves d’autres missions dans ce genre là parce que c’est pas avec ça qu’ tu vas gagner ta vie. Mais bon c’est déjà ça. Et d’ailleurs ils te payent combien ?

–          Hein ? euh… non non ils n’ont pas de budget pour ce genre d’intervention. C’est bénévole.

–          Tu déconnes ?

–          Ben non. Mais tu sais la vieillesse, l’éducation, la santé, la culture… enfin tous ces trucs c’est pas rentable, ça crée pas de richesses, c’est pas coté en bourses. Bref, ça rapporte pas, pire ça coute, alors c’est le service minimum qui est assuré et payé. Pour le reste ben on compte sur le bénévolat.

–          Oh les rats !  t’as refusé donc ?

–          Ben non pourquoi ?

–          Mais t’es vraiment con toi ! Si c’est pas payé… !

–          Oh tu sais j’ai pas de gros besoins moi, et avec mon RSA, ça va je m’en sors.

–          Ouais, enfin, moi ça m’fait mal au cul d’ payer des impôts pour que des mecs comme toi se la coulent douce au RSA.

–          Ben, c’est vrai qu’on a la chance avec les copains de pouvoir partager une grande maison au Hameau Fleuri. Pierre est en train de se pencher sur la question énergétique pour qu’on puisse fabriquer nous-mêmes notre électricité. Avec le bois qu’on a coupé, on a de quoi se chauffer tout l’hiver et même plus. La saison a été excellente. On a bien bossé cet été ; du coup on a des conserves de fruits, de légumes et de confitures pour un régiment. Magali a trouvé deux chèvres pour trois fois rien. Le paysan nous les a laissées et en contrepartie Simon va l’aider à réparer le toit de son écurie. Bref, on a tout c’qui faut.

–          Ah oui c’est vrai c’est Woodstock chez toi !

–          Ah ben tiens puisque tu parles de ça, t’es libre ce soir ? On  fait une soirée à la maison. Pierre a des potes musicos qui sont de passage. On va se faire une petite bouffe et puis après place à l’impro et au spectacle. Lisa nous présentera aussi ses contes.

–          Oh ! tu sais moi, vos trucs de babos, bof ! Non, et puis j’me suis acheté « Into the Wild » lundi. J’ai pas encore pris le temps de le regarder. J’ai bossé comme un con toute la semaine et depuis le temps que je voulais le voir ce film. Putain sur mon home cinema Blu Ray ça va déchirer ! Mais si tu veux dimanche j’passe te voir dans ta cambrousse histoire de prendre un peu l’air.

–          Ok, si tu veux. Mais dimanche on bosse sur le chantier de la maison en terre-paille qu’on est en train de construire au hameau pour Agathe, Luc et Mélanie qui nous ont rejoint y’a trois mois. Mais pas d’ soucis, viens ! Tu pourras nous aider. Ca peut être sympa.

–          Putain, je bosse toute la semaine, j’vais pas remettre ça le dimanche ! C’est quoi ces conneries aussi de bosser le dimanche ?! Vous pouvez pas vous poser comme tout le monde ?

–          Eh ouais Ludo,  on est peut-être des babos comme tu dis, mais on bosse pas comme des cons à vendre des conneries toute la semaine, pour gagner un salaire pour acheter les mêmes conneries le week-end. On bosse pour fabriquer notre vie et la vivre. On bosse pour essayer d’inventer un commun ensemble. Alors toi ça te fait peut-être chier de payer des impôts pour mon RSA. Mais en attendant, moi ça me fait chier de savoir qu’on exploite des gens, et notamment des enfants, pour que tu puisses vendre tes gadgets électroniques de merde qu’on ne sait même pas recycler et quand on le sait qu’on fait recycler par des gosses qui vivent  dans la misère ! Et puis,   je demande à voir lequel de nos deux modes de vie coûte le plus cher à la société, en temps, en atteinte à l’environnement, à la dignité humaine, et aussi en monnaie sonnante et trébuchante puisque c’est la seule valeur qui semble trouver grâce à tes yeux !

–          Euh…

–         Allez vieux ! Amuse-toi bien ! Tu vas voir « Into the Wild »… super beau film. J’suis pas certain que tu comprennes tout. Mais au moins ça t’permettra de voir de beaux paysages.

 

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