Le vent n’est plus à vendre

Information de dernière minute,  14 h 30, vendredi 25 mai 2012.

La nouvelle vient de tomber. Le vent n’est plus à vendre. Il vient d’être acheté par le groupe V., et sera introduit en bourse dès la semaine prochaine.

Tous les voiliers sont priés de rejoindre leur port d’attache. Véliplanchistes, lucanistes, parapentistes et autres adeptes de kitesurfing, propriétaires d’éoliennes et moulins à vent devront s’enregistrer et s’acquitteront désormais d’une redevance annuelle dont le tarif n’a pas encore été dévoilé.

Mistral, Tramontane, Vent d’autan, Mousson, Sirocco et Harmattan ont été confiés à la filiale américaine du groupe, alors que bise, brise, bourrasque, tempête, ouragan, typhon et cyclone l’ont été à sa jeune filiale hollandaise en fort développement depuis 2 ans.

 

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Le modèle économique dominant aura t-il notre peau ?

La situation semble devenue inextricable tant les économies sont imbriquées les unes dans les autres, tant la complexité de l’appareil économique lui-même est telle qu’il est devenu incompréhensible et incontrôlable. C’est comme ces transactions financières réalisées à la nanoseconde sur ordinateur. C’est donc cela le progrès ? Des monstres technologiques que nous avons créés et qui aujourd’hui semblent nous échapper. Des monstres qui permettent de déplacer chaque jour, via les places financières, des milliards d’euros ou de dollars qui ne représentent rien puisque déconnectés de la réalité des richesses réellement produites. 98% des transactions boursières ne reposent sur rien. Elles ne sont que des lignes d’écriture comptable dans des ordinateurs.

D’ailleurs, ne nous a t-on pas expliqué en 2008 lors de la faillite de Lehman Brothers, symbole du début de la crise (symbole, car cette crise n’est que le énième soubresaut, peut-être le dernier, d’un modèle économique qui vient d’entrer au service des soins palliatifs), que ladite crise était financière, que l’économie réelle n’était pas touchée, et qu’elle ne le serait pas. C’était l’occasion  pour nous de découvrir qu’il y avait une économie virtuelle, c’est-à-dire une économie de science fiction qui ne correspond à aucune richesse tangible. Après la tertiarisation de l’économie nous sommes entrés dans l’ère de sa virtualisation. C’est dommage parce que jusqu’à preuve du contraire les Hommes se nourrissent de patates bien réelles !

Ne sommes-nous pas en train de fabriquer un monde métallique, technologique, déconnecté de la réalité de ce qu’est la vie terrestre qu’elle soit animale, végétale et bien entendu humaine ? Le progrès devait nous libérer, et il l’a fait. Du moins pour une partie des Hommes, puisqu’à l’heure où je vous écris depuis une machine électronique et électrique alimentée par une centrale nucléaire, des êtres humains n’ont pas accès ou difficilement au minimum vital que sont l’eau, la nourriture, les soins de santé ou un logement décent. Mais le progrès, comme toute substance est bénéfique,  se transforme en poison une fois un certain seuil dépassé. Et nous sommes en train d’asservir nos vies au progrès. Un progrès qui engendre de la complexité. Une complexité qui engendre une perte de lien avec le réel et l’intelligible. Alors à quand un monde de science fiction piloté par des androïdes où les êtres humains seront superfétatoires ?

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Cerveau en panne

La médiocrité des attaques qui ont suivi l’élection de François Hollande à la présidence de la République française est à pleurer. Elle révèle un abêtissement paroxysmique de notre pitoyable époque.

D’abord c’est faire injure à ce que serait une véritable politique de gauche que de lui assimiler le programme de François Hollande ! Que les supporters déçus jusqu’à la hargne haineuse de Nicolas Sarkozy se rassurent, les deux bonshommes sont finalement bien plus ressemblants qu’il n’y parait, au moins d’un point de vue strictement économique. Hollande, ce n’est jamais que du capitalisme version light avec une volonté,  du moins affichée,  il restera à voir si elle se concrétise dans les faits,  de revenir à un peu plus de justice sociale. Est-il besoin de rappeler ici les nombreux cadeaux fiscaux que l’ancien locataire de l’Elysée a fait aux plus riches (les détenteurs du capital) tout en demandant toujours plus d’efforts et de sacrifices aux classes moyennes et populaires (celles qui n’ont que leur force de travail pour subsister) ? Mais Nicolas Sarkozy avait alors peut-être voulu rendre un hommage appuyé à ce regretté Coluche qui expliquait « qu’on avait bien raison de piquer l’argent des pauvres vu qu’ils sont plus nombreux »… Quant à voir dans l’élection de François Hollande le péril rouge, alors là on atteint un sommet de bêtise douloureux qui rappelle combien la culture politique et historique de certains de nos concitoyens flirte avec le néant.

Ensuite c’est avoir la même naïveté que celle reprochée aux militants du PS (les promesses n’engagent certes que ceux qui les croient, mais la foi est assez également partagée entre hollandistes et sarkozystes) que d’imaginer que le pouvoir politique a encore  du pouvoir justement. A croire que nos contemporains lavent décidemment trop leur cerveau à la lessive TF1 et autres medias dominants. Hollande n’est évidemment pas un sauveur (mais Sarkozy ne l’aurait pas été davantage).  Hollande est simplement un « colmateur ». Il est là pour mettre quelques rustines sur un modèle économique qui se fissure de tous les côtés en attendant le grand effondrement. Parce que la véritable question aujourd’hui c’est celle qui consiste à savoir si le capitalisme productiviste est la réponse aux crises économique, sociale et écologique. Et nous sommes quelques uns à penser que non seulement il n’est pas la solution, mais qu’il est le premier de tous nos maux. Evidemment, cette idée reste largement minoritaire dans la classe politique qu’elle soit française ou européenne. En parlant de l’Europe justement, il ne vous aura sans doute pas échappé que les décisions de nos dirigeants sont pour l’essentiel dictées par les orientations bruxelloises et que notre parlement n’est finalement qu’une chambre d’enregistrement de la législation européenne, législation qui prime le droit national. Il ne vous aura sans doute pas davantage échappé que l’Europe des Nations a laissé sa place à l’Europe des marchés et que ceux-ci s’accommodent (pléonasme) très bien du capitalisme productiviste.

Finalement la différence fondamentale entre un Sarkozy et un Hollande, à l’heure où l’impuissance publique est à la mesure de la puissance économique des intérêts privés, c’est sans doute la fin du mépris et de la stigmatisation institués comme valeurs normatives de la société. Jamais plus que sous le règne Sarkozy on aura autant humilié, montré du doigt, accusé, traîné dans la boue les plus fragiles. Car faut-il encore le répéter ? Les chômeurs, les bénéficiaires des minimas sociaux, les étrangers, les mal logés ne sont pas responsables de la crise, ils en sont les premières victimes ! Ils sont même les premières victimes, dans l’hémisphère Nord car au Sud ça fait bien longtemps déjà qu’on en crève, de la faillite d’un système. Mais rassurez-vous petites gens de la bonne petite bourgeoisie d’en bas (la grande bourgeoisie d’en haut est certes cynique mais elle a oublié de ranger ses neurones au vestiaire, elle !), votre tour viendra, tôt ou tard, mais il viendra car on n’arrête pas la faillite d’un modèle érigé au rang de civilisation avec quelques pansements, et cela peu importe qu’on s’appelle Hollande ou Sarkozy.

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La décroissance sera

La décroissance contrainte et forcée ! La Grèce est un petit laboratoire. On y teste le monde de demain. Ce monde qui va voir se niveler par le bas les niveaux de vie des populations.

On sait que sur une planète aux ressources finies, si 7 milliards d’êtres humains vivaient comme un européen ou un américain, il nous faudrait 4 à 6 planètes terre. Pour pallier cette réalité plusieurs solutions sont possibles : on élimine purement et simplement quelques milliards d’individus de la surface du globe (la guerre c’est bien pratique pour ça !) ou on abaisse le niveau de vie des populations riches occidentales  (oui, je sais, ça fait bizarre de lire ça. Et pourtant un smicard français avec son téléphone portable, sa télé, sa voiture et son ordinateur est riche en comparaison du paysan indien ou de l’ouvrier chinois) tout en préservant évidemment le niveau de vie de la caste supérieure qui ne représente que quelques centaines de milliers de personnes.

La décroissance vous y viendrez donc de gré ou de force. Le problème majeur de la décroissance contrainte c’est qu’elle s’accompagne d’une mise au pas des populations. On parle beaucoup de dictature économique. Rassurez-vous (ou inquiétez-vous plutôt !) cette dictature économique se couple toujours d’une dictature politique. Bien sûr la dictature a fait de grands progrès. On n’enferme plus (ou peu) les dissidents. D’ailleurs, les dissidents sont une poignée désormais puisqu’il suffit de prendre le contrôle des esprits pour annihiler toute fronde potentielle  (lire ou relire « 1984 » de George Orwell à ce sujet). Et aujourd’hui avec la boîte à conneries c’est d’une simplicité confondante ! Quant à ceux qui auraient encore quelques velléités contestataires, pour l’heure ils font la révolution depuis leur salon sur facebook et twitter !

Les dirigeants du monde peuvent donc continuer à le détruire (le monde) tranquillement. Il n’y a plus personne pour les inquiéter, si ce n’est quelques farfelus, hurluberlus, marginaux, post-soixante-huitards sur le retour et autres brebis galeuses qui ont décidé (outre d’élever des brebis) de prendre quelques chemins de traverse, et qui, de toute façon, sont mis au ban de la société pour leurs idées saugrenues. Parmi eux on trouve d’ailleurs les décroissants. La boucle est bouclée pensez-vous ? Pas tout à fait car la décroissance choisie et organisée (d’aucuns parlent aussi de sobriété heureuse… expression chère à Pierre Rabhi) ça a une autre saveur, une autre odeur, une autre couleur. Disons pour faire image que la décroissance forcée ça sent la merde, alors que la décroissance choisie ça sent la pomme et le lilas, le thym et la lavande, la framboise et la menthe…

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La révolution n’est pas pour demain

La crise actuelle ne désespère pas les français, parce qu’elle les réduit en esclavage, fait d’eux des êtres sans science ni conscience, totalement dépendants d’un système économique qui leur enlève toute forme d’autonomie, tout libre arbitre et les ruine aussi bien sur le plan matériel que spirituel.

D’ailleurs, merci à la télévision qui nous sert du « comment améliorer votre misère » présentée par Miss petits seins et lèvres siliconées (ou l’inverse, ça dépend) sur M6 ou je ne sais quelle autre chaine de la TNT (Ah la TNT ! Dernière invention de génie pour lobotomiser les populations !). Vous avez donc au choix toute une panoplie de programmes pour colorer un quotidien morose. Ceux qui font de vous une star le temps d’une émission comme dans « Hier je chantais dans le métro, aujourd’hui je passe sur TF1 » ou  « Ce soir on cuisine à la maison et on invite les voisins ». Vous avez aussi la télé-caniveau grâce à laquelle vous réalisez combien votre vie est douce en comparaison de celle des pauvres gens dont on vous parle dans : « J’ai violé ma belle-fille mais je ne ne recommencerai pas », « Mon mari est éjaculateur précoce : parcours d’un couple au bord de la déroute ». Et bien entendu vous avez désormais la télé-charité parce qu’on est tous solidaires, n’est-ce-pas ? On vit recroquevillé dans nos bunkers. On ne se parle plus. C’est à peine si on ose se regarder quand on se croise dans la rue. On voit dans chaque autre un agresseur potentiel. On méprise le chômeur. On envie le cadre. On jalouse le compte en banque du voisin autant qu’on déteste sa suffisance. Mais en revanche quand la télé sollicite des bras pour finir le chantier d’une maison abandonnée par un promoteur peu scrupuleux, alors là on répond « présent ».

Merci aussi à la presse écrite et autres magazines (souvent féminins, mais pas seulement) qui nous vendent des sujets aussi primordiaux que « pour ou contre les mocassins »,  « comment avoir bonne mine », « les 10 leçons anti-stress », « sexo : au lit quelle amoureuse êtes-vous ? » ou encore « La mode et les stars, tous leurs petits secrets ».

Non ! La crise désespère les français parce qu’ils veulent continuer à profiter de ce modèle que leur a offert la société de consommation depuis plusieurs décennies. Ils veulent pouvoir aller en vacances à pétaouchnock les bains parce qu’à la télé on leur a dit que c’était bien. Ils veulent pouvoir acheter le dernier écran plat pour regarder leurs émissions préférées. Ils veulent pouvoir se payer une nouvelle voiture parce que celle qu’ils traînent depuis 5 ans elle fait vraiment looser. Ils veulent les dernières fringues à la mode de la marque bidule-chose parce que ça fait celui qui en a (de l’argent) auprès des amis et des connaissances. Ils veulent le dernier modèle de téléphone portable parce que c’est mieux un téléphone qui prend des photos, des vidéos, qui fait agenda, télé et lecteur mp3. Un téléphone pour téléphoner ? Et pourquoi pas un four pour cuisiner ?!

Non ! La crise les désespère parce qu’ils veulent CON-SO-MMER,  encore et toujours consommer, et parce qu’ils sont frustrés à l’idée qu’ils ne pourront pas atteindre le niveau de vie de la classe supérieure. Cette classe qu’ils maudissent autant qu’ils l’envient !

Quand la pauvreté empêchait les classes populaires d’avoir une alimentation saine et suffisante, un logement décent, des soins de santé efficients, la classe moyenne ne s’en émouvait guère si ce n’est une ou deux fois l’an à l’appel des restos du cœur. Maintenant qu’une partie de la classe moyenne bascule de l’autre côté et s’en va rejoindre les rangs de la précarité, celle qui mène un peu plus loin à la misère, cette classe moyenne s’agace un peu, mais un peu seulement. Car elle a encore à manger dans l’assiette. Elle a du pain et des jeux. Elle a son fast-food, sa wii et sa télé. Ce n’est que le jour où elle aura faim, où elle devra choisir entre changer la télé ou bouffer, qu’elle se révoltera. Mais pour l’heure elle n’en est qu’à réduire sa qualité de vie, c’est-à-dire raccourcir ses vacances, ne plus offrir à Noël que pour 300 euros de cadeaux au lieu de 400, ne plus manger du rôti de boeuf que deux fois par mois !

Car malheureusement ainsi sont les Hommes. Ils ne se révoltent pas (ou plus en admettant qu’ils l’aient jamais fait) par conviction, par soif de justice. Ils se révoltent quand ils ont faim.

 

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L’autre Hélène

A l’approche de Syntagma, ils avancent

La colère en bandoulière.

Les autres sont déjà là,

La misère au fond des poches.

Le parlement, tombeau de la démocratie

Se dresse là,

Devant les regards

Que la rage enflamme.

 

Tous place de la Constitution !

Mais quelle Constitution ?

Celle d’un peuple qu’on noie,

Qu’on jette par-dessus bord,

Pour nourrir des requins

Attirés par l’odeur de la mort ?

Celle d’un pouvoir pirate

Inconscient et vendu

Qui navigue à vue ?

Place de la Constitution

Le peuple est debout,

Pendant que derrière les murs du Parlement,

On prononce la mise à mort de l’autre Hélène.

 

Ils sont là sur Syntagma,

Le désespoir suant sur le pavé.

Le ventre ouvert et la faim sourde,

Le cœur chaud, saignant

Sous l’écorce gelée,

Ils restent là Place de la Constitution,

La fierté accablée au front,

Les poings fermés,

L’avenir éteint,

Le souvenir planté dans les étoiles.

 

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Sommet social ou anti-social ?

Il paraît qu’on frise les 10 % de chômeurs en France.  C’est justement pour en parler que toutes les têtes pensantes du pays se sont réunies aujourd’hui. La fine crème des mondes politique, économique et syndical, experts en tout genre et observateurs de tout poil se sont penchés sur le mal des maux, celui qui nous pourrit la vie depuis 30 ans : le chômage !

30 ans, ça paraît pas grand-chose 30 ans à l’échelle de l’histoire, mais à l’échelle d’une vie d’Homme… C’est un tiers de vie pour les plus résistants et une demi-vie pour les plus fragiles qui n’auront pas eu la perspicacité d’éviter un cancer ou une maladie neurodégénérative. Oui, il est fini le bon vieux temps de nos grands-mamans qui mourraient paisiblement dans leur lit un soir de plus grande lassitude. L’agrochimie et l’industrie agro-alimentaire sont passées par là, dispersant sur les champs, jardins et vergers de nos pays de Cocagne, et dans nos assiettes, toutes sortes de poisons plus efficaces les uns que les autres. Comme le dit très justement Pierre Rabhi, paysan philosophe, développeur de l’agro-écologie, quand vous passez à table désormais, souhaitez-vous « bonne chance » plutôt que « bon appétit ». Mais trêve de digression ! Quoique dans un monde globalisé tous les sujets sont interconnectés.

Le chômage donc. Nos dix plaies d’Egypte à nous, nos douze travaux d’Hercule à lui tout seul. Que s’apprête t-on à nous proposer pour enrayer le chômage ? Après la chasse à ces chômeurs paresseux qui ne veulent pas bosser, et autres récalcitrants qui font les difficiles et ont du mal à avaler la pilule du déclassement, et qu’on radiera sans l’ombre d’un remord, voilà qu’il faut songer à tous les autres. C’est que la radiation voyez-vous, c’est bien pratique, mais quand on radie trop, ça se voit, et il paraît même que ça se combat. Oui, quelques associations empêcheuses de tourner en rond osent prendre la défense de cette armée de réserve pourtant bien utile pour faire passer toutes les pastilles.

Et justement de quoi nous parle t-on depuis quelques jours à l’approche de ce fameux sommet ? De coût du travail, d’allègement de charges, de flexibilité et de TVA sociale. Il est assez fabuleux de constater combien l’oxymore est devenu la figure de style préférée de nos dirigeants. TVA : impôt le plus injuste qui soit puisque payé par tous qu’ils soient pauvres miséreux ou riches vaniteux. Sociale : dans la lettre et le contexte il s’agit là de la protection sociale, donc d’un des éléments de notre cohésion sociale.

Malheureusement, nombreux sont les observateurs qui trouvent le moment bien mal choisi pour mettre en place cette TVA dite sociale. Pourquoi ? Parce qu’à l’heure où le pouvoir d’achat fait grise mine, où les salaires sont en berne, où la précarité est de rigueur, où le chômage ne cesse d’augmenter, toute hausse des prix sera durement ressentie, notamment et évidemment par les classes les plus modestes, mais aussi par les classes dites moyennes. Quant à la création d’emplois escomptée par cette mesure, tout porte à croire qu’elle sera infime. Les estimations parlent de quelques milliers d’emplois, 20 000 peut-être. Rappelons qu’ils sont plus de 2,5 millions de chômeurs de catégorie A et près de 4 millions toutes catégories confondues.

Quant aux autres mesures, vraiment ça sent le réchauffé ! Nous prendrait-on pour des ouailles décérébrées ? Ce serait tout à la fois fâcheux et contrariant, mais malheureusement bien en phase avec l’air du temps. Ecoutez les nous expliquer que, vous comprenez le coût du travail pèse sur la compétitivité. Coût du travail. Compétitivité. Ca sonne comme une répétitivité !  Ca fait 30 ans qu’on nous bassine avec le coût du travail. 30 ans qu’on nous explique que notre économie n’est pas assez compétitive. C’est tout juste si on ne nous dit pas que les salariés français sont des bons à rien, qui passent leur journée à la machine à café en discutant de leurs vacances à venir ou passées. On oublie évidemment à cette occasion  de préciser que la productivité horaire française est l’une des meilleures au monde. Enfin, ça fait  30 ans que les mêmes recettes aboutissent aux mêmes échecs, et que les salariés et les chômeurs sont les dindons de cette triste farce.

Attention, mesdames et messieurs les libéraux, ça va vraiment finir par se voir comme le nez au milieu de la figure, que le chômage structurel c’est quand même une sacrée aubaine pour votre modèle, que quelques millions de chômeurs c’est bien pratique pour faire gober aux salariés, chômeurs et autres précaires une mise en esclavage réglée.  Définitivement vous semblez si confiants et assurés, qu’on n’imagine même plus comment il faudrait s’y prendre pour vous inviter à changer de logiciel. La colère, les manifestations, le désespoir même de vos concitoyens ne semblent que vaines protestations. Prenez garde tout de même que le peuple, excédé à l’extrême, ne finisse un de ces jours par vous dégager de vos trônes confortables avec autant de violence que celle que vous lui faites subir chaque jour, mais  l’ironie en moins.

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Cette crise n’est pas la nôtre ?

Cette crise n’est pas la nôtre entend-on dire ça et là depuis plusieurs mois.  Indignés, occupants de Wall Street et autres révoltés ont désigné les coupables. C’est la bande des trois ! Banquiers, multinationales et politiques. Certes, ce trio nous fait danser la gigue sur un air de polka au gré de ses caprices. Et enfermés dans la salle de bal nous dansons sous l’œil amusé de nos maîtres. Mais il me semble, tout de même, que nous oublions un peu vite nos propres responsabilités. D’ici je vous vois déjà sursauter. Ne prenez pas cet air offusqué et offrez moi le bénéfice du doute, celui de mon honnêteté.

Le modèle économique qu’est le capitalisme nous a asservi (il nous a servi aussi) de toutes les manières possibles. Nous lui devons notre pain quotidien, nos abris, nos soins, nos haillons, nos distractions. Tout le jour nous travaillons pour des salaires qui nous permettent de moins en moins d’accéder à tous nos besoins. Mais quels sont donc ces besoins ? Un Homme, pour vivre, doit avoir un toit, de l’eau et de la nourriture. Il doit pouvoir se soigner et s’habiller. Une fois qu’il a répondu à ces besoins de première nécessité il cherchera à se cultiver, se divertir aussi, en somme il voudra s’épanouir.  Mais pour cela il a choisi une voie qui ne me semble pas être la bonne.

Aliéné par une société où la consommation règne à tous les frontons, où la liberté se nomme possession, l’Homme du XXIème siècle n’a que peu à envier à l’esclave de l’ère romaine, ou au serf de l’époque féodale, mais ce ne sont pas à ses pieds que se trouvent ses chaînes. L’Homme moderne a l’illusion de la liberté. Il la voit dans tous ces biens qui l’entourent ; dans sa voiture, son téléphone mobile, son iphone, son ipad, ses 12 costumes, ses 26 cravates, ses 15 robes, ses 20 paires de chaussures, ses 10 sacs à mains et ses mille et un gadgets qui sont là pour lui rendre la vie facile et pratique, parce qu’il lui faut sans cesse gagner du temps. Oui, l’Homme moderne passe tellement de temps à gagner sa vie, parfois fort misérablement, qu’il lui faut gagner du temps sur le temps pour gagner le temps de sa vie. Vous ne comprenez rien ? Voilà qui est rassurant !

La société toute entière est fondée sur l’appât du gain. L’argent est au cœur de toutes les transactions et même de toutes les relations. Mais cela n’est pas seulement vrai pour quelques privilégiés qui se partagent le monde et ses richesses. Chacun à son niveau, aussi petit soit-il, est à l’affut du profit. Pourquoi ? Parce que les Hommes ont perdu le goût de la vie ! Enchaînés à des emplois salariés dans lesquels ils ne trouvent bien souvent que peu d’intérêt, ils travaillent à alimenter un système qui fabrique les biens et services qui viennent répondre à la frustration née de leur aliénation. Ils sont pieds et poings liés. Pour consommer tous ces gadgets inutiles, il leur faut travailler, et plus ils travaillent à fabriquer du non-sens, plus ils sont frustrés, et plus il leur faut consommer pour calmer leur mal de vivre.  Voilà donc la spirale infernale qui rend l’Homme tout à la fois servile et malheureux.

Mais quel rapport avec la crise et notre éventuelle part de responsabilité vous dites-vous ? J’y viens.

La révolte gronde ou plutôt ronronne car pour l’heure elle ne semble pas fédérer les foules dans les rues de France. Mais pourquoi ce mécontentement ? Parce que le chômage, la précarité,  la misère gagnent du terrain. Parce que les salaires stagnent quand ils ne baissent pas alors que le coût de la vie lui augmente (énergie, loyers, produits de consommation courante). Parce que la frustration populaire grandit ! Marre de bosser comme un sourd pour bouffer des patates ou du riz quand d’autres font des indigestions de caviar ! Ras le bol de baver devant les dernières technologies à la mode et ne pas pouvoir se les offrir ! Plein le dos de voir ces vacanciers sur les pistes de ski à la télé et être coincé là dans le canapé devant cette foutue télé justement !

Le monde est en crise et nous sommes en crise parce que nous nous sustentons à notre propre frustration. Ce n’est pas un monde meilleur pour tous que nous voulons. Oh ! bien sûr on a un peu mal au cœur quand on voit tous ces petits enfants noirs qui crèvent de faim à la télévision. Encore elle ! Décidément ! On éprouve un brin de chagrin quand on entend qu’un pauvre bougre est mort de froid dans son carton. Quoique nous avons de la chance cette année, car pour le moment l’hiver est assez doux. Je suis cynique pensez-vous ? Si peu en vérité.  Cette crise qui nous met à genoux, après que notre civilisation occidentale et capitaliste ait elle-même mis à genoux le reste du monde, et je pense évidemment à tous ces pays du Sud dont nous pillons le sol et le sous-sol pour croître à l’infini… Croître indéfiniment dans un monde aux ressources finies… Quelle absurdité ! Alors oui ! Cette crise est aussi la nôtre. Nous sommes responsables nous aussi, responsables d’avoir fait les plus belles heures d’un modèle qui est à bout de souffle. Nous avons voulu consommer, et consommer encore, posséder toujours plus de biens, toujours plus à la mode, toujours plus technologiques. Nous nous sommes gavés jusqu’à l’overdose parce que nous avons mis l’essentiel dans le superficiel. Nous avons oublié le sens même de la vie. Et notre punition la voici ! Notre modèle de civilisation est en faillite, et nous nous réveillons avec la gueule de bois, frustrés encore et toujours de ne plus pouvoir accéder à tous ces biens que le marché, ce marché dont nous disons le plus grand mal, nous met sous le nez !

Nous n’avons certes pas tous les pouvoirs, loin s’en faut, et nos libertés d’action se restreignent à mesure que la bande des trois s’organise pour nous faire mordre la poussière. Mais il est un pouvoir qui est encore entre nos mains et dont nous sous-estimons la force, c’est notre pouvoir d’achat et plus encore notre pouvoir de non-achat.

L’économiste français Jean-Baptiste Say (1767-1832) a posé le principe suivant : « l’offre crée sa propre demande ». Et c’est bien tout notre drame aujourd’hui. Notre modèle de développement, qui ne développe en réalité que mal-être et frustration, crée nos besoins. Prenons l’exemple du téléphone portable. Hier nous vivions parfaitement sans cet objet. Nous avions un appareil téléphonique à domicile et cela nous allait très bien. Quand nous partions nous promener en forêt nous étions tout entier à la beauté de l’instant, sans qu’un téléphone se mette à sonner ou à vibrer en pleine balade dominicale. Et voilà qu’en quelques années nous sommes devenus totalement esclaves de cet objet. Nous ne sortons plus sans lui. Nous devenons joignables, disponibles à toute heure du jour ou de la nuit. Non seulement nous dépensons de l’argent (parfois des fortunes pour certains accros) que nous pourrions utiliser à bien d’autres choses, mais en plus nous abandonnons un morceau de notre liberté à la vulgarité d’un objet.

Nous avons le pouvoir de refuser la société de consommation. Nous avons le pouvoir de choisir la manière de dépenser ce que nous gagnons. Nous fustigeons le modèle économique capitaliste qui nous ruine et nous ne cessons de l’alimenter. Sommes-nous donc des fous ou des imbéciles ? Pour ma part j’opte pour les imbéciles, car les fous eux ont l’utopie de croire qu’ils peuvent changer le cours de leur vie.

Alors oui, je le répète une fois encore, au risque de vous déplaire. Oui cette crise est aussi la nôtre, celle d’enfants trop gâtés qui ont tout et qui malgré cela sont malheureux parce qu’ils ont perdu l’essentiel : le sens de la vie !

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Le nouveau messie

Il est des entités comme ça qui se font icône, divinité proclamée, adulée. Il en va ainsi du triple A, veau d’or de nos nouvelles sociétés. On raille le catholique, le musulman, le juif, le protestant, et nous voilà, pauvres croyants de la modernité, adulant ce dieu nouveau, lui sacrifiant nos vies, nos espoirs, nos avenirs, nos enfants.

Il faut à tout prix conserver notre triple A entend-on ça ou là. C’est de lui dont notre salut dépend. Partout le même discours, le même appel à la raison. Et devant lui, chacun s’agenouille et porte l’offrande. Le salarié offre un jour de plus si la maladie le frappe. Car voyez-vous être malade à l’heure où la France a tant besoin de vous ce n’est pas très responsable,  ce n’est pas très charitable. L’assisté, ce parasite qui suce le sang des honnêtes gens de cette bonne société, devra montrer patte blanche car un nouveau délit vient d’être instauré, celui de fraudeur de la pauvreté. Le contribuable devra payer. Oh ! Certes, il est habitué. Mais il ne paiera plus pour financer sa santé, l’éducation de ses enfants, la retraite de ses parents. Non, désormais il paiera pour rassurer les marchés, pour que l’Etat, ce pantin désarticulé, affirme sa crédibilité à rembourser des dettes qu’il contracte auprès de ces mêmes marchés.

La loi n’est plus à l’assemblée. La loi n’est plus au sénat. La loi n’a jamais été aussi éloignée du citoyen qui devrait être tout, et qui aujourd’hui n’est plus rien. Non, la loi appartient désormais aux marchés. Ils décident. Ils contraignent. Ils invectivent. Ils renversent les gouvernements. Ils volent la voix du peuple. Ils sont devenus maîtres en ce monde. Et c’est au milieu des marchés que le triple A s’élève, flotte au-dessus de nos têtes, ouvre les eaux et guide le prophète.

Le siècle des lumières s’éteint à l’heure où les lumières de la bourse s’allument,  et c’est un nouvel obscurantisme qui voit le jour. Le nouveau messie porte un nom. On l’appelle AAA.

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Entretenir de bons rapports avec un banquier

Cher ami banquier,

J’ai bien reçu ta jolie carte me souhaitant la bienvenue chez moi.

Je suis tout de même surprise que tu m’écrives à ma nouvelle adresse car, autant que je m’en souvienne, nous ne nous sommes jamais croisés, ni chez des amis, au détour d’un dîner d’affaires, mondain ou de charité. Mais j’imagine que Dame la poste s’est empressée de te communiquer mes nouvelles coordonnées, afin que tu puisses me faire parvenir cette invitation à prendre rendez-vous avec l’un de tes conseillers.

J’imagine bien que tu as nombre de jolis produits financiers à me proposer pour m’endetter. Il est vrai que sans le crédit ta boutique ferait bien vite faillite. D’ailleurs, à ce propos, n’as-tu point en tes livres quelques obligations pourries ? Ne crois surtout pas que je mette en doute ta générosité à m’aider dans mon installation en nos douces contrées. Ne crois pas davantage que je sois suspicieuse quant à ta probité. Les banquiers sont des hommes sérieux dont on ne doit pas craindre quelque félonie intéressée.

Mais vois-tu mon ami, c’est que la crise qui dure, et dure encore, m’a mise sur la paille. Plus de travail, plus de salaire, plus de maison, me voilà manant en ton royaume. Crois bien que si quelque économie j’avais, si quelque placement hasardeux faire je devais, c’est à tes talents de prestidigitateur que je recourrais, toi qui, plus doué que Merlin, sait transformer en or le vent et le rien.

Reçois donc toutes mes amitiés, seule richesse en mes comptes vidés par les bons soins de tes amis financiers.

Dame poète va nu-pieds.

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