Lettre de campagne

Ma chère amie,

Je vous écris du fond de ma campagne. Du fond des âges pensez-vous. Car vous voyez dans ce choix de vie que j’ai fait, un enterrement avant le caveau, quand je trouve ici toute la joie du renouveau. Certes, c’est à la douce lumière de la bougie,  qu’à cette heure belle je vous écris. Mais point d’étranges délires de ma part, nul rejet systématique et arbitraire de notre modernité, contrairement à ce que déjà vous pensez. Non ! Juste le goût désuet de la cire qui coule, de la mèche qui brûle, et de la lueur jamais égalée de la flamme sur la pierre des murs. Juste l’élégance harmonieuse d’un silence à peine troublé par les notes d’un piano, qui vient rythmer de mes mots le tempo.

Je ne vous écris pas du fond de je ne sais quelle détresse qu’il vous rassurerait de supposer. Du fond de ma solitude, oui ! Mais de cette solitude apprivoisée qui vous rend l’âme si pleine, l’intériorité si vivante, la nostalgie si sublime et la mélancolie si émotive que chaque minute se trouve magnifiée, que chaque seconde tout à coup poétise.

Je ne vous écris pas du fond des âges. Je vous écris du fond d’un monde sans âge où mes heures coulent quand les vôtres se cognent, où  ma vie se goûte quand la vôtre s’avale. Je vous écris du fond de ma campagne.

La mélancolieuse.

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Lettre du soir à Sieur Espoir

Mon Cher et Tendre Espoir,

Bien sûr que je t’en veux. Evidemment que je maudis le jour où tu es venu troubler ce semblant de sérénité qui flottait sur mes jours. Le cœur alors était presque léger dans son inconsistance méprisable. Il ne battait que par instinct. Il n’attendait pas. Il n’espérait rien. Les heures se succédaient, corridor droit, chemin tracé. Il me suffisait de suivre la course du soleil, sans réflexion, sans même une émotion. J’étais vide oui. Un coquillage cassé, roulé dans le sable froid de janvier. Un vase ébréché, recollé à la hâte, et qui laisse voir ses cicatrices boursoufflées. J’étais laide oui. Une vieille étoffe râpée, par endroit déchirée. Un morceau de linge encore mouillé.

Qu’es-tu venu colorer mes jours gris ? Qu’as-tu fait à mes heures d’ennui ? Qu’as-tu versé dans mon sang l’élixir de l’envie ? Qu’as-tu fait à mon insignifiante vie ? Ô oui ! Comme je t’en veux d’avoir posé sur mes lèvres le goût sucré du miel ! Comme je te déteste d’avoir accroché dans mon ciel des étoiles imitant l’éternel ! Je te maudis mon cher et tendre espoir ! Je te maudis autant que je te chérie.

La mélancolieuse.

 

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