Esclave…ou chômeur

 » Christophe, vous vouliez me voir. Entrez, entrez, je vous en prie. Asseyez-vous.

— Merci Monsieur de Bazan.

— Alors Christophe, de quoi vouliez-vous me parler ? Ah ! tant que j’y pense. Monsieur et Madame Legrand doivent passer ce soir pour signer leur contrat vers 19h-19h30. Je ne peux pas être là j’ai un rendez-vous très important avec Monsieur Dupipo. Pourrez-vous les recevoir à ma place ?

— Bien sûr Monsieur de Bazan ! répond Christophe sans être dupe.

« c’est ça oui un rendez-vous important avec Monsieur Dupipo, le directeur du Crédit Général. Prends moi pour un con ! On est mardi tu vas au squash ouais comme tous les mardis ! »

— Oui, alors, Christophe, vous vouliez… Ah ! Je voulais vous dire aussi, il faudra me préparer le dossier de Madame Delattre en urgence. Elle est de passage ce week-end. Elle repart pour Bâle dès lundi.

— Je ferai le nécessaire Monsieur de Bazan ! acquiesce l’employé en se mordant la lèvre supérieure pour ne pas ajouter :

« Je vous rappelle que depuis un an je fais le boulot de deux personnes, que je finis presque tous les soirs à 20h quand l’heure de débauche sur mon contrat de travail c’est 18h, mais oui, oui je vais m’occuper du dossier de la vieille grippe-sous, y’a pas de souci ! Un peu plus, un peu moins au point où j’en suis ! »

— Où en étions-nous déjà ? Oui, vous aviez quelque chose à me demander je crois. Je vous écoute Christophe.

— Eh bien voilà, Monsieur de Bazan. Cela fait maintenant 5 ans que je travaille ici. Je crois que vous êtes satisfait de moi. Vous m’avez d’ailleurs accordé votre confiance à plusieurs reprises en me laissant gérer seul des dossiers et des clients importants.

« oui, tu sais, tes VIP qui ont tellement de pognon qu’ils ne savent même plus quoi en faire et devant qui il faut se transformer en serpillière » enrage Christophe en silence.

— Oui, Christophe, bien sûr je n’ai rien à redire sur votre travail. C’est vrai. Mais… Je vois bien où vous voulez en venir. Ce n’est pas que je ne veux pas. C’est que je ne peux pas vous augmenter, Christophe. Vous savez bien qu’en ce moment les temps sont durs. C’est la crise tout de même. Nous résistons assez bien pour le moment, il est vrai. Mais j’ignore de quoi demain sera fait.

« Oui, toi c’est clair que tu résistes plutôt bien pense Christophe. D’ailleurs c’était sympa tes vacances en Polynésie le mois dernier ? » mais au lieu de cela :

— Je comprends bien Monsieur de Bazan. Mais alors, si vous ne pouvez pas m’augmenter, peut-être pourriez-vous déjà me payer mes heures supplémentaires… ose Christophe du bout des lèvres.

— Christophe, on est une équipe, presque une famille. On se serre les coudes. Je sais que c’est difficile. Mais c’est difficile pour tout le monde. On travaille tous très dur pour faire tourner la boutique. Vous devez comprendre que si je pouvais le faire, je le ferais c’est évident. Mais c’est la crise, Christophe. Si nous voulons maintenir notre position sur le marché, nous n’avons pas d’autre choix que de donner le meilleur de nous-mêmes.

— Mais… peut-être pourrais-je alors récupérer mes heures ? hésite Christophe.

« Si je peux pas payer des vacances à mes gosses, je pourrais au moins passer un peu de temps avec eux » se dit-il en silence.

— Christophe j’aimerais pouvoir vous dire oui. Mais en ce moment on a vraiment besoin de tout le monde. Il y a beaucoup de travail vous le savez.

— Si je puis me permettre Monsieur de Bazan, s’il y a beaucoup de travail, cela veut aussi dire que nous faisons un bon chiffre d’affaires alors… J’avoue que je ne comprends pas bien.

— Christophe… Christophe, vous vous doutez bien que les choses ne sont pas aussi simples que cela.

« Pourtant ça m’a semblé très simple quand t’as changé de bagnole pour t’offrir ton bolide qui représente à peu près trois ans de mon salaire ! » crève d’envie de lui répondre le salarié.

— Christophe, laissons passer l’orage, et nous en reparlerons quand la conjoncture sera plus favorable. Pour l’heure je ne peux rien faire.

— Bien, Monsieur de Bazan, lâche le salarié plein de dépit.

Alors Christophe se lève, se dirige vers la porte, pose la main sur la poignée, et avant de sortir, dans un dernier sursaut de dignité et de colère mêlées, il se retourne vers Monsieur de Bazan et déclare :

— Monsieur, une dernière chose. Compte tenu de la conjoncture, très défavorable comme vous avez pu le constater, je ne serai plus en mesure, à compter du mois prochain, de payer les 750 euros de loyer mensuel pour le clapier que vous nous louez à ma famille et moi. »

 

© Tous droits réservés – Reproduction commerciale interdite sans l’autorisation de l’auteur.

 

Publicités

A nous tromper d’ennemis, nous perdrons la guerre

L’inénarrable Laurent Wauquiez a encore fait parler de lui. Pourtant ce Laurent là n’est qu’une caricature de la classe politique française.

Laurent est jeune et brillant. Si, si, sachons lui reconnaître cela. Et puis, la politique n’est-elle pas le fait d’hommes et de femmes meilleurs que les autres ? Cette élite qui sort des plus grandes écoles, fils et filles d’une caste qui possédait les mines et non de celle qui y descendait –  Ah les Lula, les Chavez, en France, ça court pas l’hémicycle et encore moins les ministères ! –   Ces individus qui mieux que nous autre petits citoyens de la cour d’en bas, plus intelligents, plus rationnels, avec un sens de la réalité plus aigüe, des connaissances techniques dignes d’experts en tous domaines, un goût si particulier pour les affaires de la nation, ce don de soi dont ils nous font l’offrande (oui s’ils se sont engagés en politique c’est pour servir leur pays ! N’est-ce-pas Nicolas ?)… Ces individus donc, vous l’aurez bien compris, ne sont pas des « Monsieur et Madame tout le monde ».

Dans cette jungle politique médiatique qui redevient accueillante savane politique quand les micros et les lumières des journaleux s’éteignent, évolue un jeune lion, à l’œil vif et aux crocs acérés. Laurent, est de ces hommes politiques qui n’ont pas peur de choquer en se faisant le défenseur des oubliés. Il y a quelques jours encore, il nous en a donné une preuve éclatante lors d’un débat quelque peu houleux avec Dame Audrey Pulvar, que d’aucuns ont déjà accusé de partialité. En effet, la belle a le tort de partager ses nuits avec un certain Arnaud Montebourg, ce qui lui interdit, on s’en doute bien, tout sens critique à l’égard d’un politique aux idéologies si éloignées de celles de son cher et tendre. Mais là n’est pas mon propos.

Revenons donc à notre jeune fauve plein de fougue, et si prompt aux envolées lyriques.  Entre « l’assistanat, cancer de notre société française » et « l’attribution des logements sociaux aux gens qui travaillent par préférence aux chômeurs », il est vrai que le jeune Laurent aime y aller de ses formules choc. Après avoir montré du doigt les bénéficiaires du RSA – souvenons-nous que Monsieur Wauquiez nous expliquait il y a peu, qu’un couple qui ne travaille pas et touche le RSA, grâce au cumul des systèmes de minimas sociaux, gagne plus qu’un couple dont l’un des partenaires est au SMIC –  le voilà désormais qui s’en prend aux chômeurs bénéficiaires de logements sociaux qui piquent des places aux travailleurs pauvres qui se retrouvent contraints de se loger à prix d’or dans le parc locatif privé. Et cela, Madame, Mademoiselle, Monsieur… cela ne saurait durer ! Mais heureusement Wauquiez est arrivé pour sauver la classe moyenne, la grande oubliée, la grande délaissée, celle qu’on ne regarde plus assez depuis 2007 et qu’il faudrait songer à séduire de nouveau.

Car ne nous y trompons pas, si Sieur Nicolas n’est pas encore en campagne (étant entendu qu’il est tout de même plus confortable de faire supporter ses frais de campagne par l’Elysée, en les faisant passer pour des visites de courtoisie à la France qui se lève tôt et bosse dur !) ses lieutenants eux sont aux avant-postes pour tirer dans le tas ou ouvrir les lignes ennemis. Alors on nous ressort les recettes de grand-mère et les discours du passé. Parce qu’au cas où cela échapperait encore  à certains, le procédé qui consiste à opposer les Hommes entre eux est presque aussi vieux que le monde. Et à l’approche de chaque élection c’est la même rengaine qu’on nous chante encore. Les chômeurs et autres bénéficiaires des minimas sociaux volent le pain des honnêtes travailleurs, qui ont bien du mal à boucler leurs fins de mois. Mais le pire, ce n’est pas que les politiques nous assomment de ces discours aussi convenus que simplistes. Non, le pire c’est qu’un nombre considérable de nos concitoyens adhère à  ces propos délétères.

Quant va-t-on enfin comprendre que tous nous naviguons sur la même galère, que nous soyons bénéficiaires d’un RSA à 450 euros ou d’un salaire à 2 000 euros, que cette galère vogue en eaux troubles et qu’elle nous conduit tout droit dans le triangle des Bermudes ? Laurent Wauquiez, avec ses formules à l’emporte pièce, n’est qu’une caricature de la classe politique française dont le seul objectif reste encore et toujours : emporter l’élection, obtenir un mandat, avoir un ministère. Wauquiez n’est qu’un politique parmi tant d’autres qui a fait de la politique son métier, parce que politicien ça rapporte. Jugez par vous même. Un député peut compter sur une rémunération mensuelle brute de plus de 7 000 euros (auxquels il convient d’ajouter plus de 5 000 euros de frais de représentation). Un ministre lui gagne environ 14 000 euros brut mensuels, et cela sans compter les nombreux avantages en nature (logement de fonction, résidence secondaire, voitures et chauffeurs, et même Falcon 7X…). Souvenons-nous de cette anecdote révélée par la presse au sujet du premier d’entre eux, François Fillon, dont chaque retour dans son fief de la Sarthe le week-end coûte au contribuable la modique somme de 30 000 euros.

Bien évidemment, je n’oublie pas que les 14 000 euros d’un ministre font bien pâle figure à côté des millions d’euros gagnés chaque année par les grands dirigeants d’entreprises de ce monde, banquiers en tête. Mais voilà où elle est la fraude ! Voilà qui sont les voleurs tout à la fois du travailleur qui se lève tôt, comme du chômeur et autre bénéficiaire des minimas sociaux. Ce n’est pas le RSAiste qui mange dans l’assiette du père de famille de la classe moyenne. Non ! Ce sont le grand dirigeant d’entreprise, le banquier et le politicien qui dînent tous trois ensembles, à la même table, en riant bien fort devant ce triste spectacle que nous leur donnons d’en bas, en nous chamaillant les quelques miettes qu’ils nous jettent.

Droits d’auteur enregistrés, CopyrightDepot.com sous le numéro 00050762

http://www.copyrightdepot.com/cd30/00050762.htm