Un lexomil et ça repart !

Quand j’ai lu cette information ce matin « augmentation de la consommation d’anxiolytiques de 18% depuis les attentats de Charlie Hebdo » j’ai cru que j’avais la berlue.

Je comprends que mes concitoyens aient été choqués par les événements récents. D’ailleurs n’est-ce pas un réflexe sain que d’éprouver de l’horreur face à un tel massacre ? N’est-ce pas une preuve d’humanité à l’heure où on s’interroge parfois sur ce qu’il nous reste d’humanité  ? Faut-il donc médicaliser, psychiatriser des réactions humaines ? Et puis j’ai entendu cette femme médecin s’exprimer sur une antenne radio. Ses patients, expliquait-elle, viennent la voir depuis une semaine parce que ce qui s’est passé ces derniers jours les a perturbés, stressés, a provoqué des troubles du sommeil. Or, ils n’ont pas le temps pour la peur, la peine, le trouble, l’effroi face à l’atrocité. Ils n’ont pas le temps de se reposer sur leurs lauriers, ou plutôt si, il faut qu’ils puissent se reposer justement, parce que le boulot, demain il y a le boulot. Alors demain il faut être en forme. Parce que le corps qui marchait dimanche dans les rues de France n’est finalement qu’une machine, qu’un outil de production, et qu’il coûte de l’argent quand il tombe en panne. Ce corps il faut le booster, le doper pour qu’il réponde présent et cela quelles que soient les circonstances.

Elle en est aussi là notre humanité. Elle s’est émue, elle s’est rassemblée, elle a pleuré ses morts le temps d’une journée. Mais saura t-elle aller au delà du choc émotionnel ? Saura t-elle user de sa raison pour remettre en question toutes ces petites choses qui la transforment un peu plus chaque jour en une mécanique froide et impersonnelle, que des événements d’une exceptionnelle gravité ramènent à la vie le temps de quelques heures ?

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Aujourd’hui j’ai acheté le Canard

Hier, quand il m’a dit : « Tu achètes Charlie demain ? », j’ai répondu que non. Non, parce que je ne me voyais pas être aux aurores devant les kiosques pour acheter un journal que j’ai rarement acheté. Ce n’est pas que je n’aime pas Charlie Hebdo (pour ne pas aimer encore faut-il bien connaître). C’est que je lis peu la presse satirique. Non, parce que je savais qu’à peine livré il n’y aurait plus un seul exemplaire, et que je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir en tête cette image de consommateurs compulsifs, faisant la queue le jour de sortie du dernier iPhone. Je n’avais pas envie de m’associer à cette ruée frénétique. Il me semblait plus juste, plus respectueux aussi, de laisser ces premiers exemplaires aux fidèles, aux lecteurs habituels.

Alors aujourd’hui quand je me suis présentée chez mon marchand de journaux, j’ai demandé le Canard enchaîné. Quelle heureuse nouvelle d’apprendre que lui aussi était épuisé ! Quelle déception en revanche quand le marchand de journaux m’a annoncé, que s’il allait être réapprovisionné demain ou après-demain en Charlie, ce ne serait sans doute pas le cas pour le Canard.

La question qui se pose à nous désormais, c’est : combien serons-nous dans un mois, dans six mois, dans un an, dans trois ans à acheter Charlie Hebdo chaque semaine, deux fois par mois, une fois par trimestre…? Si ce drame nous amène à être plus attentif à une presse papier en souffrance, qu’on peut légitimement critiquer (ça aussi, ça surtout c’est la Démocratie), si Charlie Hebdo vit toujours dans un an, dans cinq ans, dans dix ans, si la pluralité de la presse devient une de nos préoccupations, alors ceux qui sont morts le 7 janvier 2015 auront gagné sur l’obscurité !

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