Au voyageur absent

Je t’écris ce soir mon amour
Au temps clair
Au temps lourd.
Sous le pont des plaisirs
J’écoute battre le désir,
Celui qu’hier glissait
Dans les torrents enfiévrés
De mes veines assoiffées.
Et ma chair se souvient
Et j’ai encore dans le creux de mes mains
Sur la peau le dos et les seins
Les cicatrices ardentes
De nos caresses impudentes
De nos diablesses luttes lentes.

Je t’écris ce soir mon amour
Au temps clair
Au temps lourd.
J’enrage de te savoir si loin
Quand j’ai tant besoin
De ta bouche et tes yeux et tes reins,
De ton sang criminel se mêlant au mien.
Alors je maudis la chaleur de la nuit
Et la fadeur du matin qui s’enfuit
Sans l’ivresse dernière qui apaise la faim.

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Aphorismes et autres sentences (10)

L’enfance c’est cet ailleurs qui ne ment pas,

Ce terreau où toutes les pousses, fleurs et mauvaises herbes,

ont pris racine un jour.

***

Il leur faut des tombes pour se recueillir.

Je n’ai qu’un cimetière : mes souvenirs.

***

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Nous avions rendez-vous

Je t’ai rencontré,

Enfin !

Dans cette maison où nos exils se sont rejoints.

 

J’ai dormi dans tes nuits de petit garçon,

J’ai rêvé dans ton passé,

J’ai habité pour quelques heures nos sangs mêlés retrouvés.

 

Tu as tant manqué !

D’enfance bancale en adolescence mutilée,

Ma vie c’est le radeau comme tu l’as conduit.

 

Je t’ai rencontré,

Enfin !

Dans cette maison où nos naissances sont familières.

 

J’ai posé mes pas dans la terre où tu as marché,

J’ai respiré l’air de tes jours vivants,

J’ai pris dans mon bagage la lumière sur tes heures claires.

 

Et pourtant,

Tu manques encore tant et tant !

Et tu manqueras autant que dans mes veines coulera ton sang.

 

Je t’ai rencontré,

Enfin !

Dans cette maison là-bas et je t’ai ramené avec moi.

 

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Eternelle est l’absence

Cet ilot de regrets où s’exile ma douleur

C’est ton souvenir qui envahit l’avenir.

Et ce désert de larmes où se noie mon malheur

C’est ton visage qui n’a pas eu le temps de vieillir.

Tu marches sur mes jours que jamais tu n’as visités

Et tu dors dans mes nuits qu’à l’heure de l’enfance

Tu n’as pas surveillées.

Comme un fantôme tu erres dans mes silences,

Tu es de ces morts plus vivants que les vivants,

De ces mis en terre qu’on n’a pas enterrés

De ceux qu’on aime sans jamais les avoir aimés

Tu es mon moulin à vent

Celui qui fait  ma vie sans destination.

 

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