Les ressources (in)humaines

Le déni des directions des ressources (in)humaines est désespérant. L’aveuglement qui les caractérise mériterait d’entrer en analyse, au sens psychanalytique, tant il est déroutant.

Ce qui me frappe de plus en plus ces derniers mois – je l’avais déjà noté mais il me semble que cela prend une ampleur significative désormais – ce sont ces phénomènes de retrait, d’abandon, de désertion. De désertion oui, le terme me semble approprié. Les bons petits soldats du Capital désertent. Beaucoup tombent sur le champs de bataille, épuisés. D’autres n’attendent pas de tomber, ils désertent. Dans tous les secteurs (privé, public), dans tous les métiers, on voit de plus en plus de travailleurs qui partent, certains sans même avoir de plan B.

Il y a ceux qui fuient d’abord en pensée. Leur corps est là à la peine, à la tâche, mais leur esprit est déjà ailleurs. Ils ont déposé leur intelligence au vestiaire, ils la reprendront ce soir en quittant les bureaux ou les ateliers. De toutes façons l’organisation du travail a déjà tout prévu, tout prescrit. Elle ne leur demande pas de penser mais d’exécuter des procédures, de remplir des fiches, des lignes, des cases, de suivre les instructions des machines ; car dans ce monde là ce n’est plus le travailleur qui pilote la machine, c’est la machine qui pilote le travailleur.

Et puis il y a ceux qui prennent la poudre d’escampette, physiquement. A bout, ils s’enfuient, ils disparaissent comme ces hommes et ces femmes qui par milliers chaque année se volatilisent ; ils disparaissent pour tout un secteur d’activité qui ne les retrouvera plus jamais. Ils sont définitivement perdus pour des pans entiers de l’économie privée ou publique. Ils jettent l’éponge, larguent les amarres, partent en rase campagne (et pas qu’au sens figuré), et surtout ils ne reviendront plus parce qu’ils partent totalement écœurés, de cet écœurement qui vient clore des années de résistance vaine. Voilà le bilan des ressources (in)humaines. Voilà l’oeuvre d’un des collaborateurs les plus zélés du Capital ; ce Capital qui se tire une balle dans le pied. Il épuise les ressources humaines comme il épuise les ressources naturelles et un jour les ressources viennent à manquer, à manquer réellement, à manquer pour de bon.

Les ressourcent (in)humaines fabriquent des déserteurs par centaines, par milliers. Demain ils seront des millions.

 

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