L’amant des Batignolles (5)

La nuit me sembla plus courte mais aussi vive qu’un éclair dans un ciel d’orage. Ivresse, ardeur, fureur même. Il n’y eut en moi aucune hésitation, aucune fausse pudeur, aucune pudeur tout simplement. Je m’étais livrée, le corps à l’abandon, à ses caresses savantes, à ses baisers indécents. Au petit matin, à l’heure où Paris n’est encore qu’une rumeur naissante, je m’éveillais nue contre sa peau, le visage enfoui dans son épaule. Je n’osais bouger de peur de le voir ouvrir les yeux et s’en aller. Je restai donc ainsi, un long moment, la respiration lente et silencieuse, pour le garder encore. Au bout de quelques minutes il finit par se réveiller avec un sourire heureux. Il baissa le regard vers ma bouche et s’en empara avec cette insolence qui me devenait presque coutumière maintenant.

« Quelle heure est-il ? demanda t-il

-A peine 7 h répondis-je en priant pour qu’il trouve l’heure si précoce qu’il décide de rester dans mes draps.

-Il faut que je me dépêche.

-Mais pourquoi ? Il est si tôt. Reste encore un peu. J’ai envie que tu restes. François. S’il te plait.

-Ce n’est pas que je ne veux pas Léa, c’est que je ne peux pas déclara t-il sur un ton ferme.

-C’est samedi. Tu m’as dit que tu ne travaillais pas le samedi.

-Léa… soupira t-il »

L’intonation avec laquelle il venait de prononcer mon prénom avait déjà des airs de confession. Je me mis tout à coup à être envahie par le sentiment désagréable qui passe dans l’épine dorsale quand on sent qu’on a été trompé. M’aurait-il donc menti ? Mais pourquoi ? Immédiatement, une seule idée colonisa tout mon esprit. Il était marié. Une femme, des enfants l’attendaient. Il m’avait menti. Il avait une femme !

« François ! m’exclamai-je. Explique-toi ! Pourquoi dois-tu partir comme ça, si vite ? Tu m’as menti, c’est ça hein ? Tu m’as menti ! Tu es marié ! Réponds ! ordonnai-je violemment.

-Oui, oui je t’ai menti. Je suis désolé. Léa, je t’en prie ne pleure pas dit-il en essuyant les larmes qui couvraient déjà mon visage.

-Je te déteste ! Et moi qui pensais que tu étais différent. Mais quelle idiote je suis !

-Je t’ai menti, c’est vrai. Mais…

-Mais quoi ? criai-je encore. Quoi ? Quelle excuse ridicule et pathétique vas-tu trouver ?

-Léa, en fait oui, je suis différent. Malheureusement je suis différent. Léa… je suis prêtre lâcha t-il, et je dois partir parce que tout à l’heure je dois célébrer un mariage »

L’aveu m’apparut si brutal, si incongru et si inconcevable que je redoublai de sanglots tout en le frappant à la poitrine. Comment ? Comment avait-il osé ? Comment avait-il pu me faire l’amour à deux reprises avec autant de fougue alors que tout ce qu’il était le lui interdisait ? Et comment allais-je faire maintenant ? Maintenant que je n’avais plus qu’une envie, qu’un seul désir, prêtre ou pas prêtre il n’était pour moi qu’un homme ; et j’avais le désir de l’avoir près de moi encore, et toutes les nuits.

FIN

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2 réponses à “L’amant des Batignolles (5)

    • Mais voyons Bernard, il n’y a pas que des vieux prêtres aujourd’hui 😉 Même si les églises sont de plus en plus désertées et si les vocations sont de plus en plus rares (et comme on les comprend ! « faire vœux de célibat » car c’est bien de cela qu’il s’agit histoire d’ajouter un peu à l’hypocrisie) il y a encore quelques jeunes prêtres dont la vigueur doit être intacte 😉

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