Vivre 3 heures par jour

7 h le réveil retentit. Douche, petit déjeuner au pas de charge. S’habiller, se coiffer puis filer vers la voiture. 50 minutes sur les routes de campagne encore blanchies par les premières gelées de décembre, au son des infos, toutes plus futiles les unes que les autres. Un scoop ici, un buzz là et au milieu quelques actualités mal analysées de la situation économique d’un Etat, d’un continent… du monde.

9 h je suis devant l’ordinateur et je vais rester là dans cet espace clos, confiné, jusqu’à 18 h.

18 h… justement on en parlait il y a un instant. D’ailleurs, à force de course effrénée, voilà 9 heures qui semblent n’en faire qu’une. Mille et une tâches à penser et à réaliser en passant de l’une à l’autre, puis à la suivante avant de revenir vers la première pour s’attarder sur la quatrième, sans avoir terminé l’autre qui n’est déjà plus aussi urgente que l’une. Où en étais-je déjà ?

18 h donc et j’ai le cerveau qui bouillonne et tourbillonne. J’ai la bouche sèche et pâteuse d’avoir dit, et redit, rabâcher à chaque nouvel appel téléphonique, à chaque client se présentant avec les mêmes questions que le précédant, les mêmes choses, les mêmes arguments, les mêmes explications.

18 h et j’en ai marre ! J’ai envie de rentrer, de retrouver mon mari, ma maison, mon chat et le bois qui flambe dans la cheminée.

18 h 30 je reprends la voiture après avoir répondu à un dernier retardataire, celui qu’on maudit, celui qui arrive alors qu’on était déjà entrain d’éteindre l’écran de son ordinateur. 50 minutes de voiture. Encore. Mais dans l’autre sens, avec les mêmes flash info, avec les mêmes nouvelles inutiles qui tournent en boucle depuis ce matin.

19 h 30 j’aperçois la maison. Enfin ! Et pourtant… voici venue l’heure d’expédier les affaires courantes. Le courrier, le dîner, la lessive, la vaisselle… le repassage ? Je repasse de moins en moins, je dois bien l’avouer.

21 h… Voilà je commence à vivre ! Il est 21 h et je commence à goûter les minutes qui s’égrènent. Peu à peu, tout doucement, elles redeviennent plus lentes. Tout au long du jour elles n’ont été que secondes intrépides. Elles reprennent leur nature première et leurs 60 secondes par minute retrouvent le temps d’être ce qu’elles doivent être. Je sens de nouveau les particules de vie qui m’entourent, les émotions qui se réveillent, les désirs qui se lèvent à mesure que le jour décline. La bibliothèque me tend les bras et mon mari aussi. La musique finit d’apaiser une atmosphère familière et réconfortante… Mais déjà ma soif de vivre est rattrapée par l’horloge qui vient de sonner. Il est minuit. Dans 7 h tout recommence. Il faut aller se coucher.

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2 réponses à “Vivre 3 heures par jour

  1. Arrêtez les infos en voiture ( et lire le journal le week-end) et arretez le repassage complètement ( finalement à part deux trois matières récalcitrantes, ça se passe bien!), decidez de ne pas prendre le dernier client ( bientot ca se saura qu’ « ici apres l’heure c’est plus l’heure », non mais!), ne prenez le courrier qu’un jour sur deux ( ou sur trois,quatre…), simplifiez les repas… Tout cela grignotera un peu de temps et redonnera de l’énergie à votre vie car oui vous méritez de vivre le temps! 😉

    • Ce texte jeté sur le papier en quelques minutes, librement inspiré de ma vie, raconte celle de centaines de millions de terriens…

      J’ai relu deux fois votre commentaire chère Priscille. Deux fois parce que ce qui m’a immédiatement sauté aux yeux, c’est que, outre cette référence au dernier client, tous vos conseils s’appliquent à la vie en dehors du travail. Et c’est symptomatique de notre façon d’être au monde ; on demande à nos vies personnelles de s’adapter et de s’organiser en fonction des impératifs que l’extérieur (en l’espèce le travail) nous impose. C’est notre prison à nous, notre esclavage moderne. Le travail, ou plus précisément l’organisation du travail (ce qui implique aussi l’organisation du monde qui est devenu cet immense supermarché à ciel ouvert où chaque pays a son rayon… la fameuse division internationale du travail) impose à nos vies, et nos vies de se plier à ses injonctions, voire au besoin de se replier, de s’écarteler, de se contorsionner, de se dissoudre même jusqu’à parfois s’oublier, pour répondre à ces impératifs. Et c’est cette prise en otage, cette sommation, qui me sont insupportables.

      Bienvenue dans le monde des Blablas d’Emma chère Priscille !

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