Laissez-moi la musique

Laissez-moi le souffle des feuilles qui glissent sur le pavé mouillé,

Le cliquetis des mâts et le froissement du vent sur les voiles bien rangées.

Laissez-moi le roulement pudique de l’eau qui vient mourir sur le rivage,

Le cri discret des oiseaux qui fuient vers d’autres paysages.

Laissez-moi la colère de la tempête sur mes fenêtres fermées,

Le gémissement hurlant du ciel les soirs brûlants d’été.

 

Laissez-moi ce vieux poste de radio qui gueule sur les infos,

Cette cassette abimée qui chante ce qu’il me reste des Beatles.

Laissez-moi Mozart, et puis Nougaro, Piaf et la chaleur de Billie Holiday,

Les ringardises aussi qui me disent combien hier il faisait beau.

Laissez-moi la musique bien forte du soir au matin,

Dans la chambre, la cuisine et la salle de bains.

Laissez-moi mes chansons, mes notes et tous mes refrains,

Ceux qui ont habillé mes larmes en toute saison.

Laissez-moi le grésillement réconfortant des hauts parleurs vieillissants,

Le battement tonitruant du cœur quand les notes emplissent tout l’espace.

Laissez-moi la musique qui fait mal et celle qui sourit,

Les mélodies qui viennent flirter avec ma mélancolie.

Laissez-moi les compositeurs, les solistes et les sopranos,

Laissez-moi les rockers, le jazz et le tango.

Laissez-moi tous les musiciens d’hier, aujourd’hui et demain,

Les magiciens qui tanguent sur mon âme, ma haine ou ma ferveur.

 

Prenez tout, tout ce que vous voudrez des jours qui crachent et toussent.

Prenez tout ce qu’il me reste de couleur,

Ce qui existe encore de morceaux dans mes cahiers déchirés.

Prenez tout, tout ce qui peut vous rapporter quelques sous,

Cherchez, fouillez au fond de mes armoires, sous le lit, dans les draps,

Regardez jusqu’au fond de mes mains.

Prenez tout ! Mais laissez-moi le vieux poste de radio,

Les cassettes usées et les CD qui résonnent encore haut et fort.

Laissez-moi l’électrophone et les vinyles aux pochettes déchirées.

Laissez-moi les chansons que je hurle à plein cœur,

Les accords et les notes qui dorment dans mes nuits.

Laissez-moi la musique !

Et puis sortez ! Sortez et fermez bien la porte !

 

© Tous droits réservés – Reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur.

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