Balade d’automne

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Des impasses sombres et mal entretenues. Des herbes hautes. Des friches. Des volets clos. J’avance lentement dans ce désert rural, où les maisons de paysans sont devenues résidences de citadins en mal de frais.

Je me souviens il y a 30 ans. Je me souviens alors, quand je me précipitais sur mon vélo rutilant reçu le noël précédent. Je filais tel un bolide en direction des eaux vertes et hautes du marais, au bout du chemin. Je passais devant toutes ces maisons qui sentaient bon la confiture de figue, le miel et la châtaigne. Les cheminées crachaient leurs volutes grises et le vieux Gabriel multipliaient les allers-retours entre le petit toit du jardin et le chai, pour rentrer des rondins de peuplier. Maria se pressait près de sa cuisinière à bois. Elle l’alimentait des plus petites bûches puis agitait son tisonnier pour exciter les braises. Tout était prêt pour la soupe.

A deux maisons de là, je trouvais Simon qui était encore aux écuries à soigner ses bêtes. Je posais le vélo contre la grande porte en bois et j’avançais dans la paille semée sur le plancher des vaches. Le grand-père me souriait et sans dire un mot il continuait sa tâche. Il savait que j’aimais être là dans les odeurs d’étable, à observer. Les animaux avaient un pouvoir hypnotisant sur moi. J’étais bien, calme et sereine. Mais l’heure de rentrer venait…toujours trop tôt. Alors j’enfourchais ma bicyclette pour refaire le chemin à l’envers. Et même si le soir tombait, froid et humide, elle était chaude et lumineuse ma campagne. Son pouls battait puissamment dans les entrailles de sa terre.

Mais aujourd’hui plus rien ne bouge. La bonne Maria est partie il y a bien longtemps déjà, et le pauvre Gabriel a eu tant de chagrin qu’il l’a rejointe moins d’un an plus tard. Simon, quant lui, ne va plus dans son écurie que pour se souvenir un peu, quand il trouve encore la force de quitter le fauteuil dans lequel il passe ses journées.  A 90 ans il attend la faucheuse avec sérénité.

Les maisons semblent mortes désormais… comme leurs propriétaires. Et les écuries ne sentent plus le foin… ni la terre.

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3 réponses à “Balade d’automne

  1. En direction (Les) eaux vertes et cheminé(e)s. Souvenirs d’un passé lointain où j’étais relecteur. »On ne se refait pas »,même si parfois ce serait utile. Texte simple et fluide qui me rappelle un peu Sagan, et où paradoxalement on vous sent apaisée,au moins provisoirement. Pour finir, votre balade pourrait être une balLade, au sens anglo-saxon du terme. Merci Emma,ces petits rendez-vous sont très agréables.

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