Cerveau en panne

La médiocrité des attaques qui ont suivi l’élection de François Hollande à la présidence de la République française est à pleurer. Elle révèle un abêtissement paroxysmique de notre pitoyable époque.

D’abord c’est faire injure à ce que serait une véritable politique de gauche que de lui assimiler le programme de François Hollande ! Que les supporters déçus jusqu’à la hargne haineuse de Nicolas Sarkozy se rassurent, les deux bonshommes sont finalement bien plus ressemblants qu’il n’y parait, au moins d’un point de vue strictement économique. Hollande, ce n’est jamais que du capitalisme version light avec une volonté,  du moins affichée,  il restera à voir si elle se concrétise dans les faits,  de revenir à un peu plus de justice sociale. Est-il besoin de rappeler ici les nombreux cadeaux fiscaux que l’ancien locataire de l’Elysée a fait aux plus riches (les détenteurs du capital) tout en demandant toujours plus d’efforts et de sacrifices aux classes moyennes et populaires (celles qui n’ont que leur force de travail pour subsister) ? Mais Nicolas Sarkozy avait alors peut-être voulu rendre un hommage appuyé à ce regretté Coluche qui expliquait « qu’on avait bien raison de piquer l’argent des pauvres vu qu’ils sont plus nombreux »… Quant à voir dans l’élection de François Hollande le péril rouge, alors là on atteint un sommet de bêtise douloureux qui rappelle combien la culture politique et historique de certains de nos concitoyens flirte avec le néant.

Ensuite c’est avoir la même naïveté que celle reprochée aux militants du PS (les promesses n’engagent certes que ceux qui les croient, mais la foi est assez également partagée entre hollandistes et sarkozystes) que d’imaginer que le pouvoir politique a encore  du pouvoir justement. A croire que nos contemporains lavent décidemment trop leur cerveau à la lessive TF1 et autres medias dominants. Hollande n’est évidemment pas un sauveur (mais Sarkozy ne l’aurait pas été davantage).  Hollande est simplement un « colmateur ». Il est là pour mettre quelques rustines sur un modèle économique qui se fissure de tous les côtés en attendant le grand effondrement. Parce que la véritable question aujourd’hui c’est celle qui consiste à savoir si le capitalisme productiviste est la réponse aux crises économique, sociale et écologique. Et nous sommes quelques uns à penser que non seulement il n’est pas la solution, mais qu’il est le premier de tous nos maux. Evidemment, cette idée reste largement minoritaire dans la classe politique qu’elle soit française ou européenne. En parlant de l’Europe justement, il ne vous aura sans doute pas échappé que les décisions de nos dirigeants sont pour l’essentiel dictées par les orientations bruxelloises et que notre parlement n’est finalement qu’une chambre d’enregistrement de la législation européenne, législation qui prime le droit national. Il ne vous aura sans doute pas davantage échappé que l’Europe des Nations a laissé sa place à l’Europe des marchés et que ceux-ci s’accommodent (pléonasme) très bien du capitalisme productiviste.

Finalement la différence fondamentale entre un Sarkozy et un Hollande, à l’heure où l’impuissance publique est à la mesure de la puissance économique des intérêts privés, c’est sans doute la fin du mépris et de la stigmatisation institués comme valeurs normatives de la société. Jamais plus que sous le règne Sarkozy on aura autant humilié, montré du doigt, accusé, traîné dans la boue les plus fragiles. Car faut-il encore le répéter ? Les chômeurs, les bénéficiaires des minimas sociaux, les étrangers, les mal logés ne sont pas responsables de la crise, ils en sont les premières victimes ! Ils sont même les premières victimes, dans l’hémisphère Nord car au Sud ça fait bien longtemps déjà qu’on en crève, de la faillite d’un système. Mais rassurez-vous petites gens de la bonne petite bourgeoisie d’en bas (la grande bourgeoisie d’en haut est certes cynique mais elle a oublié de ranger ses neurones au vestiaire, elle !), votre tour viendra, tôt ou tard, mais il viendra car on n’arrête pas la faillite d’un modèle érigé au rang de civilisation avec quelques pansements, et cela peu importe qu’on s’appelle Hollande ou Sarkozy.

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