La révolution n’est pas pour demain

La crise actuelle ne désespère pas les français, parce qu’elle les réduit en esclavage, fait d’eux des êtres sans science ni conscience, totalement dépendants d’un système économique qui leur enlève toute forme d’autonomie, tout libre arbitre et les ruine aussi bien sur le plan matériel que spirituel.

D’ailleurs, merci à la télévision qui nous sert du « comment améliorer votre misère » présentée par Miss petits seins et lèvres siliconées (ou l’inverse, ça dépend) sur M6 ou je ne sais quelle autre chaine de la TNT (Ah la TNT ! Dernière invention de génie pour lobotomiser les populations !). Vous avez donc au choix toute une panoplie de programmes pour colorer un quotidien morose. Ceux qui font de vous une star le temps d’une émission comme dans « Hier je chantais dans le métro, aujourd’hui je passe sur TF1 » ou  « Ce soir on cuisine à la maison et on invite les voisins ». Vous avez aussi la télé-caniveau grâce à laquelle vous réalisez combien votre vie est douce en comparaison de celle des pauvres gens dont on vous parle dans : « J’ai violé ma belle-fille mais je ne ne recommencerai pas », « Mon mari est éjaculateur précoce : parcours d’un couple au bord de la déroute ». Et bien entendu vous avez désormais la télé-charité parce qu’on est tous solidaires, n’est-ce-pas ? On vit recroquevillé dans nos bunkers. On ne se parle plus. C’est à peine si on ose se regarder quand on se croise dans la rue. On voit dans chaque autre un agresseur potentiel. On méprise le chômeur. On envie le cadre. On jalouse le compte en banque du voisin autant qu’on déteste sa suffisance. Mais en revanche quand la télé sollicite des bras pour finir le chantier d’une maison abandonnée par un promoteur peu scrupuleux, alors là on répond « présent ».

Merci aussi à la presse écrite et autres magazines (souvent féminins, mais pas seulement) qui nous vendent des sujets aussi primordiaux que « pour ou contre les mocassins »,  « comment avoir bonne mine », « les 10 leçons anti-stress », « sexo : au lit quelle amoureuse êtes-vous ? » ou encore « La mode et les stars, tous leurs petits secrets ».

Non ! La crise désespère les français parce qu’ils veulent continuer à profiter de ce modèle que leur a offert la société de consommation depuis plusieurs décennies. Ils veulent pouvoir aller en vacances à pétaouchnock les bains parce qu’à la télé on leur a dit que c’était bien. Ils veulent pouvoir acheter le dernier écran plat pour regarder leurs émissions préférées. Ils veulent pouvoir se payer une nouvelle voiture parce que celle qu’ils traînent depuis 5 ans elle fait vraiment looser. Ils veulent les dernières fringues à la mode de la marque bidule-chose parce que ça fait celui qui en a (de l’argent) auprès des amis et des connaissances. Ils veulent le dernier modèle de téléphone portable parce que c’est mieux un téléphone qui prend des photos, des vidéos, qui fait agenda, télé et lecteur mp3. Un téléphone pour téléphoner ? Et pourquoi pas un four pour cuisiner ?!

Non ! La crise les désespère parce qu’ils veulent CON-SO-MMER,  encore et toujours consommer, et parce qu’ils sont frustrés à l’idée qu’ils ne pourront pas atteindre le niveau de vie de la classe supérieure. Cette classe qu’ils maudissent autant qu’ils l’envient !

Quand la pauvreté empêchait les classes populaires d’avoir une alimentation saine et suffisante, un logement décent, des soins de santé efficients, la classe moyenne ne s’en émouvait guère si ce n’est une ou deux fois l’an à l’appel des restos du cœur. Maintenant qu’une partie de la classe moyenne bascule de l’autre côté et s’en va rejoindre les rangs de la précarité, celle qui mène un peu plus loin à la misère, cette classe moyenne s’agace un peu, mais un peu seulement. Car elle a encore à manger dans l’assiette. Elle a du pain et des jeux. Elle a son fast-food, sa wii et sa télé. Ce n’est que le jour où elle aura faim, où elle devra choisir entre changer la télé ou bouffer, qu’elle se révoltera. Mais pour l’heure elle n’en est qu’à réduire sa qualité de vie, c’est-à-dire raccourcir ses vacances, ne plus offrir à Noël que pour 300 euros de cadeaux au lieu de 400, ne plus manger du rôti de boeuf que deux fois par mois !

Car malheureusement ainsi sont les Hommes. Ils ne se révoltent pas (ou plus en admettant qu’ils l’aient jamais fait) par conviction, par soif de justice. Ils se révoltent quand ils ont faim.

 

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Une réponse à “La révolution n’est pas pour demain

  1. Je me révolte par conviction jeune EMMA, détrompe toi.
    Je n’ai pratiquement jamais eu faim et comme dirait Rahbi, je pratique par obligation la « frugalité heureuse ».
    C’est la propagande qui part des USA et se répand dans le monde à un niveau jamais atteint qui endort et trompe le pauvre, et surtout le moins pauvre, qui lui lit, mais une presse néo-libérale à 90%.
    La révolte et plus encore la révolution ça s’apprend: mais plus personne n’apprend aux gens le mode de faire.

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