Le voyage (1)

C’était un beau jour de juin. J’étais en fuite. Depuis la fin de mon dernier contrat de travail, mon esprit prenait souvent la poudre d’escampette. La vie s’abime à force de réalité trop crue. Alors mes rêves prenaient la relève. D’ailleurs je ne vivais plus que par procuration. Dans les livres. Dans les films. Les photos. Dans les mélodies même. Ma vie s’étalait comme une longue nuit. Le cœur ébréché dans tous les coins et les recoins. L’âme désarticulée et juste bonne à servir de pâté aux chiens. J’étais un cargo en pleine mer qui prend l’eau de toutes parts. Je me laissais couler, et le pire c’est que cela ne m’était même pas désagréable.

Je suis arrivée dans cet hôtel. Il devait être 16 heures. Près d’une sortie d’autoroute, il était posé là dans ce décor de béton et de nature souillée mélangés. L’avantage de ce genre d’endroit c’est que vous êtes tout à fait seul au monde. Vous n’avez même pas à voir le gérant des lieux. Il suffit d’insérer votre carte bancaire dans l’appareil situé à l’entrée et une clé tombe dans un réceptacle. Et vous n’avez plus qu’à prendre possession de votre chambre.

J’ai récupéré le petit sac dans le coffre de ma voiture et je suis montée au premier étage de cette drôle de pension. Il doit y avoir à peu près tous les profils ici, ai-je pensé en poussant la porte de la chambre. Des VRP aux prostituées en passant par les couples illégitimes et les vacanciers fauchés. Et puis moi. J’ai ouvert mon sac de voyage. Il était à demi vide. Une trousse de toilette, un tee-shirt et un pantalon, quelques sous-vêtements,  Les fleurs du mal de Baudelaire, mon carnet de correspondance, mon lecteur mp3 et deux bouteilles de champagne.

J’avais en tête l’image de cette femme dans son bain froid, le regard éteint, un filet de brume au coin des lèvres. Je l’avais vue dans plusieurs films. Ca fait cliché. Mais pas de baignoire dans la salle de bains minuscule de cette chambre. Juste une cabine de douche.

J’ai sorti mon lecteur mp3 et une bouteille de champagne. Je suis allée récupérer le gobelet en plastique posé sur le rebord du lavabo dans la salle de bains. J’ai fait sauter le bouchon et je me suis servie un premier verre. Le champagne était trop chaud. Ca n’avait pas d’importance. Je cherchais juste l’ivresse. L’ivresse suffisante pour trouver la dernière audace. J’ai mis mes écouteurs dans mes oreilles et j’ai cherché La Traviata. Et j’ai bu. J’ai bu presque d’une traite ce premier verre.

…/…

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