Sommet social ou anti-social ?

Il paraît qu’on frise les 10 % de chômeurs en France.  C’est justement pour en parler que toutes les têtes pensantes du pays se sont réunies aujourd’hui. La fine crème des mondes politique, économique et syndical, experts en tout genre et observateurs de tout poil se sont penchés sur le mal des maux, celui qui nous pourrit la vie depuis 30 ans : le chômage !

30 ans, ça paraît pas grand-chose 30 ans à l’échelle de l’histoire, mais à l’échelle d’une vie d’Homme… C’est un tiers de vie pour les plus résistants et une demi-vie pour les plus fragiles qui n’auront pas eu la perspicacité d’éviter un cancer ou une maladie neurodégénérative. Oui, il est fini le bon vieux temps de nos grands-mamans qui mourraient paisiblement dans leur lit un soir de plus grande lassitude. L’agrochimie et l’industrie agro-alimentaire sont passées par là, dispersant sur les champs, jardins et vergers de nos pays de Cocagne, et dans nos assiettes, toutes sortes de poisons plus efficaces les uns que les autres. Comme le dit très justement Pierre Rabhi, paysan philosophe, développeur de l’agro-écologie, quand vous passez à table désormais, souhaitez-vous « bonne chance » plutôt que « bon appétit ». Mais trêve de digression ! Quoique dans un monde globalisé tous les sujets sont interconnectés.

Le chômage donc. Nos dix plaies d’Egypte à nous, nos douze travaux d’Hercule à lui tout seul. Que s’apprête t-on à nous proposer pour enrayer le chômage ? Après la chasse à ces chômeurs paresseux qui ne veulent pas bosser, et autres récalcitrants qui font les difficiles et ont du mal à avaler la pilule du déclassement, et qu’on radiera sans l’ombre d’un remord, voilà qu’il faut songer à tous les autres. C’est que la radiation voyez-vous, c’est bien pratique, mais quand on radie trop, ça se voit, et il paraît même que ça se combat. Oui, quelques associations empêcheuses de tourner en rond osent prendre la défense de cette armée de réserve pourtant bien utile pour faire passer toutes les pastilles.

Et justement de quoi nous parle t-on depuis quelques jours à l’approche de ce fameux sommet ? De coût du travail, d’allègement de charges, de flexibilité et de TVA sociale. Il est assez fabuleux de constater combien l’oxymore est devenu la figure de style préférée de nos dirigeants. TVA : impôt le plus injuste qui soit puisque payé par tous qu’ils soient pauvres miséreux ou riches vaniteux. Sociale : dans la lettre et le contexte il s’agit là de la protection sociale, donc d’un des éléments de notre cohésion sociale.

Malheureusement, nombreux sont les observateurs qui trouvent le moment bien mal choisi pour mettre en place cette TVA dite sociale. Pourquoi ? Parce qu’à l’heure où le pouvoir d’achat fait grise mine, où les salaires sont en berne, où la précarité est de rigueur, où le chômage ne cesse d’augmenter, toute hausse des prix sera durement ressentie, notamment et évidemment par les classes les plus modestes, mais aussi par les classes dites moyennes. Quant à la création d’emplois escomptée par cette mesure, tout porte à croire qu’elle sera infime. Les estimations parlent de quelques milliers d’emplois, 20 000 peut-être. Rappelons qu’ils sont plus de 2,5 millions de chômeurs de catégorie A et près de 4 millions toutes catégories confondues.

Quant aux autres mesures, vraiment ça sent le réchauffé ! Nous prendrait-on pour des ouailles décérébrées ? Ce serait tout à la fois fâcheux et contrariant, mais malheureusement bien en phase avec l’air du temps. Ecoutez les nous expliquer que, vous comprenez le coût du travail pèse sur la compétitivité. Coût du travail. Compétitivité. Ca sonne comme une répétitivité !  Ca fait 30 ans qu’on nous bassine avec le coût du travail. 30 ans qu’on nous explique que notre économie n’est pas assez compétitive. C’est tout juste si on ne nous dit pas que les salariés français sont des bons à rien, qui passent leur journée à la machine à café en discutant de leurs vacances à venir ou passées. On oublie évidemment à cette occasion  de préciser que la productivité horaire française est l’une des meilleures au monde. Enfin, ça fait  30 ans que les mêmes recettes aboutissent aux mêmes échecs, et que les salariés et les chômeurs sont les dindons de cette triste farce.

Attention, mesdames et messieurs les libéraux, ça va vraiment finir par se voir comme le nez au milieu de la figure, que le chômage structurel c’est quand même une sacrée aubaine pour votre modèle, que quelques millions de chômeurs c’est bien pratique pour faire gober aux salariés, chômeurs et autres précaires une mise en esclavage réglée.  Définitivement vous semblez si confiants et assurés, qu’on n’imagine même plus comment il faudrait s’y prendre pour vous inviter à changer de logiciel. La colère, les manifestations, le désespoir même de vos concitoyens ne semblent que vaines protestations. Prenez garde tout de même que le peuple, excédé à l’extrême, ne finisse un de ces jours par vous dégager de vos trônes confortables avec autant de violence que celle que vous lui faites subir chaque jour, mais  l’ironie en moins.

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