L’hiver et Clément

N’avez-vous pas remarqué combien cette année l’hiver est clément ? La douceur de certaines journées  ferait presque oublier que nous sommes en janvier. Clément lui n’a pas oublié, et tout le jour il erre dans la ville et le vent.

Clément a 56 ans. 8 ans qu’il vit dans la rue. D’abri de fortune en hébergement d’urgence, il dort où il peut, il dort quand il peut. Mais depuis quelques semaines c’est bien difficile de trouver un logis pour la nuit. Il compose le 115, et c’est toujours la même réponse : il n’y a plus de place.

Mais bon sang ! C’est l’hiver pourtant ! s’insurge Clément. Alors on nous laisse à la peine à la belle saison. Sans doute s’imagine t-on que la vie sans abri est plus rose parce que les fleurs sont écloses. Et voilà maintenant qu’on nous abandonne aussi à l’hiver venu. Parce que pas de neige, pas de gelées, pas de morts de froid dans les rues ?!

Mais quelle est donc cette absurdité ? Les centres d’hébergement sont là, le personnel répond à l’appel, mais les lits restent vides, les portes fermées. Et pourquoi donc s’il vous plait ? Parce que le thermomètre ne descend pas assez. Des hommes, des femmes, des familles sont privés de solutions d’hébergement parce que l’hiver est clément.  Et ce soir encore, il ira solitaire, au long des rues, l’ami Clément.

Eh oui !  Messieurs dames, quand la misère ne laisse pas ses cadavres sur le pavé, l’urgence semble tout à coup s’éloigner.

 

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3 réponses à “L’hiver et Clément

  1. Un hiver avec Baudelaire d’Harold Cobert ? Je ne connaissais pas avant que vous m’en parliez chère Plume masquée. Et maintenant voilà que j’ai très envie de découvrir ce roman. C’est malin ! J’ai déjà des tas de livres en retard 😉

  2. L’utilisation d’un jeu de mots en titre est la marque du journaliste averti !
    Ou comment faire entrer par l’humour, ou disons plutôt ici le cynisme, un peu d’air frais dans les salons bourgeois.
    Le plus terrible est peut-être ceci:
    après avoir lu votre article, ou j’ai appris l’existence de cette loi inique liée à la température, je ne sais ce qui me fait le plus honte.
    De ne rien entreprendre au fond de concret pour aider votre Clément, ou d’avoir osé rire avec vous d’un si beau jeu de mots.
    Sur ce point se situe surement la déontologie du beau métier de journaliste.
    Vous faut-il céder aux règles du marketing pour assurer une diffusion réussi de votre propos, ou y renoncer par conviction, et ne plus être lue ?
    S’engager pour un combat pétri d’humanité en utilisant les moyens de ceux qui assassinent .
    En tout cas, vous aurez réussi, avec cet article, à passer par dessus le misérabilisme, ce qui est efficace pour aider à une prise de conscience, merci.

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