Je ne donnerai pas un enfant au monde

Je ne donnerai pas un enfant au monde. Ce n’est pas que je ne t’aime pas mon cher amour. Ce n’est pas que je ne veuille pas voir dans cet autre que nous un morceau de toi. Ce n’est pas que je fuie je ne sais quelle responsabilité. Ce n’est pas que je sois l’égoïste que disent certains. Non, ce n’est rien de tout cela, mon amour. Mais qu’irais-je donc donner un enfant à ce monde ? Lui donner un esclave de plus ? Une âme à avilir ? Une vie à asservir ? Un futur de plus à détruire ? Un animal juste bon à consommer du berceau au cercueil ? Une bête traquée à chaque heure, de la maternelle à l’hospice ?

Non, je ne donnerai pas un enfant au monde. Je lui garderai sa dignité à cet enfant qui ne viendra pas. Je le préserverai de la folie des Hommes, de la misère qu’ils versent sur les routes à chaque seconde. Je le bercerai du chant fier de la liberté. Je lui raconterai l’histoire de ses ancêtres, résistants à toute heure, combattant l’oppression sans répit, là-bas à l’autre bout de ce monde et ici. Je lui inventerai cette société pacifiée et juste dont on nous prive. Je le ferai libre et vivant.

Non, je ne donnerai pas un enfant au monde. Je n’ouvrirai pas ma chair, je ne verserai pas mon sang pour que cette bête immonde s’empiffre et tire profit de ma matrice féconde !

 

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3 réponses à “Je ne donnerai pas un enfant au monde

  1. Eh bien, nous voilà définitivement sur le même bord ! C’est souvent dur à assumer, pour une femme, de ne pas en vouloir, et il faut toujours se justifier (ma liste d’arguments serait très très longue, mais la plus importante est celle que tu donnes : pas d’enfant dans ce monde-là !).

  2. Oh oui la liste d’arguments est souvent longue. Oh combien c’est difficile oui d’être femme et de dire « non, je ne veux pas d’enfant » et d’être alors assaillie de mille questions, de mille anathèmes aussi. Il est étonnant de constater que ceux qui ont décidé de faire des enfants n’ont que rarement d’autres arguments que le « désir d’enfant », le fameux désir d’enfant. Un désir somme toute humain. Quoique si on est adepte de Schopenhauer, on dira qu’il ne s’agit de rien de plus que ce besoin irrésistible qu’ont tous les animaux de se reproduire.
    Quand on prend la décision de ne pas faire venir un autre être humain dans ce monde, de ne pas avoir d’enfant donc, la chose est souvent mûrement réfléchie, régulièrement interrogée, jamais acquise, comme perpétuellement en débat, parce que nous aussi, malgré ce choix, nous restons des animaux comme les autres.
    Je terminerai sur cette phrase de Cioran dont le cynisme est savoureux, comme il l’est si souvent chez Cioran… « Ces enfants dont je n’ai pas voulu, s’ils savaient le bonheur qu’ils me doivent »

    • J’ai aussi remarqué qu’il n’y avait pas tellement d’arguments, et souvent des plaintes sur l’emploi du temps, les contraintes, etc. On m’a également dit plusieurs fois : « faut pas réfléchir et en faire »…
      Trop tard, moi j’y ai réfléchi, et je veux pas en faire. Et comme tu dis, j’y réfléchis toujours, mais je n’ai que des arguments contre.
      Ça fait peur, ce « faut pas réfléchir ». Tu te maries aussi sans réfléchir ? Tu démissionnes aussi sans réfléchir ? Pff.

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