Tous en scène !

(Lettre à Madame la Directrice des Ressources Humaines)

Madame,

Je suis au regret de vous faire savoir que j’ai décidé de ne pas poursuivre notre collaboration et de mettre un terme au contrat de travail que nous avons signé le 12 juin dernier.

Il me semblait intéressant de vous faire connaître les raisons qui ont motivé ma décision, même si je suis parfaitement lucide sur le fait qu’elles resteront inaccessibles à votre logique. En réalité je n’ai jamais été convaincue par le poste que vous me proposiez. Mais je vous rassure, ni plus, ni moins convaincue que par n’importe quel autre emploi salarié. Car il faut que je vous dise. Je déteste le salariat tel qu’il s’exerce dans votre société capitaliste. J’exècre le monde de l’entreprise libérale du XXIème siècle, ses objectifs financiers et son organisation. Je ne supporte pas la segmentation des tâches qu’elle impose pour enlever au salarié toute prise sur son travail. Je vomis la concurrence qu’elle instaure entre ses employés, cherchant de cette manière une accélération du profit. Je pensais être capable de m’en foutre, de faire comme tout le monde et me dire que de toute façon je n’avais pas le choix. Il faut bien gagner sa vie. Mais que voulez-vous, je n’y parviens pas pour la simple et bonne raison que j’ai la conscience pleine et entière de ne pas gagner ma vie, mais de la perdre derrière vos murs gris et insipides qui reniflent l’odeur de cette société capitaliste que je rejette, que je conteste, que j’ai en horreur !

Vous êtes vous-même l’archétype à peine caricatural de cette société de la concurrence et du profit qui se prend tellement au sérieux. Vous croyez que votre vie vaut plus que celle des autres parce que vous avez l’illusion de posséder un pouvoir, celui de choisir qui aura le droit de perdre 5 jours par semaine dans les locaux de votre boîte – petite ou grande, mais sombre boîte – toutes les semaines de sa vie jusqu’à cette hypothétique et misérable retraite ! Mais vous ne valez pas plus que nous. Vous êtes comme nous tous, un peu de chair et de sang, avec peut-être un peu d’âme en moins. Votre suffisance et votre autorité surfaite confinent au ridicule ! Vous avez été parfaite dans le rôle de la DRH fraîchement émoulue et sortie de son master avec vos airs de pitbull.  Et pourtant vous avez été bien incapable de démasquer ma haine et mon mépris pour tout ce qui alimente de près ou de loin le système que vous servez. Je crois que vous vous êtes plantée dans votre recrutement. Vous avez sans doute oublié que jauger l’autre est une science tout à fait inexacte, que tous vos manuels de management et vos interrogatoires factices peuvent être déjoués par qui sait jouer. Car un entretien d’embauche n’est rien d’autre qu’un moment de théâtre parfois digne des plus hilarantes comédies.

Et voilà venue l’heure où le rideau tombe.

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7 réponses à “Tous en scène !

  1. C’est dit je t’embauche ….. tu choisiras toi même tes sujets de travail, et tu t’organiseras à ta guise (.com !); tu pourra même travailler où bon te semblera !
    En échange de ta collaboration, je te promets de ne te verser aucun salaire, pour respecter ta haine du salariat !…. Tu seras d’accord avec moi, j’en suis certain, pour ne rédiger aucun contrat : top là, ton talent te servira de caution !
    INDIGNE TOI !!!

  2. Bravo Emma pour cette superbe lettre de révolte ! Et maintenant… tout est à inventer. Autrement. Mais nous avons besoin les uns des autres pour cela, ne penses-tu pas. D’autres, révoltés aussi et de bonne volonté. D’autres rencontrés au hasard (mais y en a-t-il vraiment ?) d’une petite cour cachée au coin d’une rue de A…, la rue de B…, je m’appelle C…
    Petite devinette sans grand mystère mais qui correspond à mon humeur d’aquarelle grise…
    C’est bien ce que tu fais. Nous avons des choses à partager…

  3. C’est par l’union des révoltes et des indignations que nous changerons ce monde. Et je suis convaincue que des petites cours dans des petites villes où l’échange est créateur il y en a des tas ! Il nous reste à tous nous rencontrer et nous retrouver.

  4. Fraîche « émoulue » me semble plus académique à propos de la DRH. Cependant,je comprends que l’on veuille parfois voir ce genre de personne réduite en poudre.

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