L’anniversaire (2)

La voiture semblait conduire toute seule. J’étais absorbée par les images qui brouillaient ma vision. La silhouette haute de Benjamin. Ses yeux couleur d’ocre. Son visage brun marqué par le soleil de ses voyages, mais aussi mon plus beau paysage. Cet homme avait déjà usé de mille stratagèmes pour m’étonner et me séduire depuis le soir de notre rencontre. Son inventivité et sa générosité n’avaient pas faibli au fil des ans. Chaque année j’ignorais la date de mon anniversaire car chaque année il changeait cette date. Il était fou, imprévisible, capable de nous concocter les plus insolites week-end en tête à tête.

Mon GPS m’annonçait le Relais des Oiseaux à 200 mètres. Le cœur battant à tout rompre dans la légèreté du satin et de la dentelle rouge de mon soutien-gorge, la bouche sèche, les mains tremblantes sur le volant, le désir déjà palpitant au creux du ventre, j’avançais vers la destination plaisir. J’entrais dans une large cour bordée de cyprès. Au fond se dressait une bâtisse imposante. Je coupais le moteur de mon véhicule, les grondements redoublèrent d’intensité dans ma poitrine.  J’entrais dans cet hôtel avec pour tout bagage mon sac à main. Je passais devant la réception sans dire un mot, sans même un regard pour l’homme qui se dressait là derrière le comptoir. J’avais l’impression qu’il savait. Mes joues irradiaient du rose rouge de la confusion.  Je les sentais. Brûlantes. Ma démarche était hésitante, presque maladroite, comme celle d’une jeune lycéenne qui se présente à son premier oral le jour du bac. Et au milieu de ce tumulte d’émotions qui se bataillaient ma pauvre âme fébrile, je sentais que mon corps se consumait déjà d’un feu ardent. Sous mes bas accrochés à mes jambes telles des mains affamées, ma peau avait chaud. Je sentais la tiédeur moite du désir s’emparer de ce minuscule morceau de tissu qui couvrait mon bas ventre. J’approchais de la chambre et j’avais faim de lui.

Voilà. J’y étais. Chambre 28. J’introduisis la carte. La porte s’ouvrit. J’entrai. Les rideaux étaient tirés. Le lit s’offrait comme un amant ouvrant les bras à toutes mes envies. J’avançais dans cette atmosphère lourde. Lourde, de cette chaleur qui pèse sur les épaules, sur la nuque, de cette chaleur humide et étouffante qui assèche la gorge. Mais la chambre semblait vide. De la salle de bains dont la porte était entrouverte ne me parvenait aucun bruit, pas même le souffle d’une respiration. Mais où était-il ? Je fis quelques pas de plus vers le lit. J’aperçus une feuille de papier pliée en deux. Je la défroissais et découvris un énième message : « Mon ange, te voilà. Enfin ! Comme le temps m’a paru long ! Sur le fauteuil, oui, là, à ta droite, tu trouveras un paquet. Ouvre-le ! ». Décidément, il semblait vouloir me faire languir jusqu’à la déraison. Je n’en pouvais plus. Je ne rêvais plus que de le voir arriver, qu’il m’enlaçât, qu’il défît ma robe avec vigueur, qu’il réclamât mon corps avec ardeur, qu’il me fît sienne.  J’ouvrai le paquet qu’il avait laissé à mon intention. Il contenait un foulard et ces quelques mots « Retire ta robe, ôte tes chaussures. Enroule ce foulard autour de ta tête de sorte qu’il cache ta vue. Allonge toi sur le lit et attend. »

(à suivre…)

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