L’anniversaire (1)

Ce soir là j’étais d’humeur mutine. Et pour cause, j’avais été l’objet d’une cavale amoureuse et câline toute la journée.  Je salivais rien qu’à me souvenir de ses messages qu’il m’avait envoyés au bureau. Il s’était montré impitoyable, me pistant du matin au soir sur ma boîte mail, sur mon portable. Il avait même prémédité son savoureux délit en laissant quelques mots dans mon agenda à la date du jour. Au 9 août on pouvait lire : « Ma douce, comme tu étais belle ce matin dans ta robe légère. Si le temps ne nous avait été compté, j’aurai retroussé tes jupes comme un étudiant avide de sa première conquête, et je t’aurai prise, là, contre le buffet de la salle à manger, sans autre préambule qu’un baiser fougueux. » Et toute la journée ne fut que torrents tout aussi fiévreux !

A 15 h on me fit demander à l’accueil. Un coursier était là pour me remettre un petit colis. Il s’agissait d’une boîte plate et allongée. Je remontais un peu fébrile dans mon bureau. Depuis mon arrivée ce matin je ne comptais déjà plus les messages de mon cher époux, des messages tous plus endiablés les uns que les autres. Faisant l’apologie de ma peau. Vantant les courbes de mon corps. Louant la gourmandise de ma bouche.  Célébrant la générosité des mes attributs féminins. J’avais l’impression d’être transformée en icône du divin. Je déroulais lentement le ruban qui enserrait la boîte.  Je retirais le couvercle. Un morceau de mousseline noire me cachait le contenu du paquet. Sur cette mousseline, une rose rouge sang et une carte. Je levais le morceau d’étoffe et découvrais de la dentelle. C’était un ensemble tout aussi rouge que la fleur. Je crois qu’en voyant le contenu du paquet je piquais un fard aussi coloré que ces dessous. Je baissais les yeux et prenais la carte. Il avait écrit ceci : « Aujourd’hui il n’y a rien à fêter, ou alors il y a tout. Aujourd’hui je t’aime comme un fou depuis 5 ans, 2 mois et 12 jours.  Aujourd’hui je te veux plus que jamais femme et amante. Tu trouveras dans ce paquet, au milieu des dentelles et des satins, une carte magnétique. Elle t’ouvrira la porte de la chambre 28, 2ème étage, Relais des Oiseaux,  7 rue du Maréchal Leclerc à Saint-Amant-de-Boixe. Je t’y attendrai à 19 h. Je compte sur toi pour passer ce que contient ce colis sous ta robe avant de me rejoindre.  Benjamin. ».

Je caressais la dentelle rouge, délicatement, presque craintive. Je glissais la pulpe de l’index le long de la courbe des baleines du soutien-gorge pour en redessiner la rondeur. J’imaginais le satin pourpre recouvrant la blancheur laiteuse de ma peau, et la main large de mon mari épousant le galbe de mon sein. Cette image me fit frémir. C’est la sonnerie du téléphone qui m’arracha à ces sensuelles pensées. Un client, dont je n’avais que faire à cet instant précis, voulait s’entretenir avec moi. Je pris la communication, l’air absente, le regard perdu dans le délice de mes visions. Je répondais par « oui », « non », « vous avez raison », « bien, j’en prends note », « je ferai le nécessaire ». J’étais obsédée par la soirée qui m’attendait, et le rouge entêtant de ces dessous  me faisait tourner la tête. Comme les quelques heures qui me séparaient du moment fatidique allaient me sembler interminables !

(…à suivre)

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